31/10/2004

Beso de Barcelona

Donc, il a existé un blog anti-Whanna...

C'est à dire que W s'est fait un nom sur google, en allant commenter les effusions des malheureux blogueurs qui n'ont trouvé d'autres lieux pour s'épancher sans retenue, ni prudence. W est une personne publique, pas seulement connue de celui ou celle à qui il a cassé les couilles, ou les pieds... Ces derniers forment même une... communauté... Et sans le savoir, j'appartiens à un phénomène de foule, moi qui avait cru susciter l'hostilité personnelle de quelqu'un...

Non, je suis seulement pris dans une entreprise de marketting personnel. Autant nous écrivons ces blogs pour que des passant(e)s nous gratifient d'un regard, autant un autre, n'importe qui, à seules fins d'exister peut-il entreprendre de décourager les narcissiques blablateurs que nous sommes... C'est justice. La justice existentielle de ces lieux...

Considérant les mésaventures de mon cahier, où mon amour véritable pour une de ces généreuses passantes n'avait pu continuer de se développer, dans la maladroite obscénité de mes déclarations, à cause des accès de rage de W, j'en viens... Comment l'objet de mon amour réagira-t-elle si elle tombe sur cette terrible supposition? J'en frémis... Donc, pardons V, j'en viens à me demander si la passante n'était pas un des avatars de W... Et moi-même, alors, je serais Whanna, qui écrit... écris mon blog... à ma place... Oui, la Toile est un miroir, un tissage de reflets, et le chaos qui a chiffonné mon cahier en vient à me faire douter de qui est le reflet que j'observe sur mon écran...

Si W n'est pas V et V, alors Whanna est la marquise de Merteuil et V, Valmont, car V a basculé habilement du côté de son double V... Et moi, je n'ai malheureusement pas la gueule d'ange de Cécile... Aussi continuerai-je à assembler mes personnalités dans les lignes de mon cahier...

Et en plus, j'embrasse celle qui passe par ces pages, depuis Barcelona, surtout la Lady V dont j'avais cru entrevoir la salutaire douceur... Héautontimorouménos est à toi, 22é lettres...

 

 

30/10/2004

TISSAGE MAJUSCULE AQUATIQUE

 

Ici

 

ON TISSE DES FILS DE FICTION ET DE TEMOIGNAGES.

ON ENFILE DES MOTS COMME DES MOUCHES SUR UNE AIGUILLE RECOURBEE. NOS PAROLES BOUrDONNENT AU FIL DE L’EAU, CHERCHANT DES PRESAGES dans les entrailles des poissons-chats.

 

C’est éventrés que nous les rejetons à la mer... comme ça...

 

Parfois nous en repêchons un qui porte sur son ventre la fermeture éclaire d’un de nos vagues désirs. C’est d’eux-mêmes que les félins liquides reviennent rôder dans les eaux de cet étang que nous déployons en travers l’écran.

 

Nous avons fabriqué un ordinateur très archaïque.

 

Au lieu de restreindre notre engagement de téléscripteur au seul mouvement des doigts sur le clavier, ou de la main sur la tablette, nous avons programmé un kode qui permet au logiciel de limon en décomposition - vase et compost - de transcrire en lettres et en signes de ponctuation nos mouvements de bras sur le métier à tisser aquatique, qui mêle les courants de la rivière comme des écheveaux de soie.

 

Chacun de nos textes a donc sa traduction en tracés de courants, reproduits sur des tapis de fibres synthétiques colorées de vingt-six couleurs, plus une quinzaine d’autres désignant les ponctuations :

 

, . ; : ! ? ) ( - « »’¨^...

 

 

Les rouges, les verts, les bleus, les jaunes, les oranges, les marrons, les noirs, les blancs, sont déclinés, mélangés, cassés, nuancés en combinaisons et camaïeux illimités, comme des images abstraites grossièrement pixellisées… Ces tissus de pailles en plastique sont entreposés dans un estuaire, à l’entrée de la ville.

 

Il s’agissait pour nous que le corps s’engage dans l’écriture et que l’eau soit traversée de nos chants.

 

Déclaration du Ministère de l’Intérieur du Tissu et du Miroir.

29/10/2004

Bruit de pas

Après tout ce qui s'est passé sur ce cahier-miroir-cerveau je retraverse ces pages silencieuses et vidées de ceux qui leur donnaient vie... Je me demande comment ce cadavre pourra se remettre en route... Il faut parfois savoir laisser mourir. Et c'est mon visage que me renvoient chacune des glaces que constituent ces écrans... Celui que notre nuit dans les couliors de la maison m'a révélé...

J'ai un souvenir d'enfance très angoissant. Une femme marche dans des couloirs souterrains, sur une île où les meurtres se succèdent. L'Ile aux trente cercueils... La qualité de silence que les pas faisaient résonner dans l'aquarium du petit écran noir et blanc s'est inscrit en moi, comme figure sonore de l'angoisse.

28/10/2004

La Flûte Enchantée

J'ai rêvé de La flûte Enchantée.

"Au secours! Au secours!

Sinon je suis perdu

Un serpent vénimeux

Veut me dévorer"

C'était le dragon de carton-pâte qui piétine sur scène au début du film de Bergman. Et avec l'ouverture qui fend le coeur, la symphonie des visages attentifs du public. Les visages qu'il filme, la patience du spectateur ressemble à celle de l'amour. Le corps de ces hommes et de ces femmes s'est retiré dans le théâtre mental de la pensée.

"Je sens cette divine image remplir mon coeur d'une passion nouvelle"

Les paroles et surtout la musique préparent le corps à l'engagement le plus actif dans le feu de la vie. Il faut avoir suivi le chemin de l'initiation...

Comment a-t-on pu oublier que, comme dans le Fight Club", la première et seule règle était celle du silence ?

27/10/2004

Concours d'écriture

Ecrivez un synopsis, une nouvelle, une pièce, ce que vous voulez sur : Iago veut mettre en garde Desdémone contre la folie possessive d'Othello... "Prends garde Desdémone" Bien sûr, il ne s'agit surtout pas de dire "Iago est gentil", il reste la duplicité et l'envie incarnées, mais il veut sauver Desdémone pour la posséder. Peut-être la pure Desdémone est-elle elle-aussi très méchante...

On n'est pas obligé d'employer des termes aussi enfantins que "gentil" ou "méchant", mais on a le droit...

Qu'est-ce qu'on gagne ?

 Un post obscène écrit par mes soins, et dédié à votre nom... Que le cadeau ne vous empêche pas de répondre : c'est sans obligation d'accepter

26/10/2004

V m'a murmuré quatre vers de Keats à l'oreille

 

"I will arise and go now, for always night and day
I hear lake water lapping with low sounds by the shore
While I stand on the roadway, or on the pavements gray
I hear it in my deep heart's core. "

J'ai senti à lire ces vers que vous citiez, V, les larmes monter à mes yeux, au coeur d'une guerre, le souvenir des temps de paix, des précieux moments pour lesquels nous savons que nous sommes prêts à prendre les armes

Ne vous enchantez pas trop vite, V, et sachez à la vitesse grand V, que mon coeur est dur et mon esprit uniquement préoccupé de vous imaginer nue, avec moi, pour la chevauchée vitale et mortelle de vous faire jouir dans ma jouissance

je vous rends grâce pour cet instant de répit par lequel ce poème a failli me faire baisser la garde

Ce fut comme une main posée sur mes couilles en plein pendant une conversation abstraite - de quoi me faire perdre la tête, et la suite de mes idées

Couple

 

-         Tu trouves que je fais un métier de pute

-         Dis pas ça

-         C’est ce que tu penses

-         Arrête tes conneries

-         Et toi tu gagnes combien au fait

-         Ca dépend des missions

-         Et puis tu as des primes de précarité c’est super cool

-         De quoi tu te plains

-         Et moi je squatte avec toi Et ma thune t’es bien content de pouvoir sortir en boîte avec T’as jamais honte quand c’est moi qui paye les coups à boire hein hein Alors

-         C’est bon c’est moi qui paye l’appart’

-         Dis pas appart’ ça m’énerve C’est appartement

-         Putain tu vois on a pas le même langage En tous cas t’es une belle garce de remuer le couteau dans la plaie

-         C’est ça je vais te plaindre Je me demande ce que je fous avec une bite comme toi En plus tu prends du bide Tu t’es vu à trente piges Y’a des nazes plus jeunes que toi qui ont du succès, une carte bleue et qui entretiennent leur corps Et quand je dis ça à un clochard comme toi c’est pas que j’ai des goûts de luxe Je parle juste d’un mec un peu rassurant quoi T’as raison Regarde ta gueule dans le miroir Si tu l’as jamais vue  

- T'es vraiment super conne

- Qu'est-ce qu etu me disais l'autre jour? Vas-y répète-le un peu pour voir Comment ça sonne quand y a un problème Vas-y Je Quoi ? Je te Quoi ?

- Je t'aime connasse

- C'est ça casse toi Et reviens quand tu auras du fric, sale con

 

Elle pleure. Il se casse.

25/10/2004

And the rest

  Aujourd'hui, n'est pas une bonne journée.

 

Ces trucs, là, sur l'écran, c'est comme le rêve : ça n'a pas de réalité physique, pourtant, ça prend un poids qui dure même en-dehors de l'écran. Comme un regard. Ou un regard qui se détourne. Bon. Ca veut dire qu'un rêve est un véritable événement, et que nous ne sommes pas fait de matière, mais de pensée... Bon, c'est aussi dans Shakespeare, l'étoffe dont nous sommes faits...

                                Et le sexe n'est pas que de notre viande

              

19/10/2004

PERSONNE NE VEUT ME DIRE CE QUE JE VEUX SAVOIR MAIS LAURA EST PASSEE

Laura est sortie du tombeau. Toujours aussi imputresciblement belle, un bois à la chair lisse et délicieuse, sa bouche pourtant est restée glacée sous ma langue, et entre ses jambes, sa fleur s’était transformée en racine, en filaments blanchâtres qui s’effilochaient pour marquer l’extrémité de la fleur qui avait poussée sur la tombe… Une pensée noire, et odorante, qui m’avait enivrée de désir des nuits durant passées sur le marbre usé de sa tombe, l’épitaphe imprimée à la longue dans ma joue…

 

« J’existe »

 

L’autre jour effectivement, Laura est passée et m’a repris au mot. J’avais dit à V : « Tu me lis donc j’existe », ou quelque chose d’approchant. Laura me faisait donc cruellement remarquer qu’il y avait là un raccourci exprimant pleinement l’effet blog… L’amertume de la bouche de Laura ne manque pas d’exciter mon désir pour elle, car ses seins ont la douceur des mousses contre la planche de sapin et mon érection se glisse dans le nœud tendre des racines entrelacées autour de mon membre pendant que j’essaie de lui expliquer que, avant qu’elle n’arrive, V seule semblait me lire - parfois, un spectre doublant V, l'affreux W, encore plus amer, (et beaucoup moins bandant que Laura), venait mêler sa voix à celles de la nuit pour m’effrayer - mais en gros, je suis très seul dans le tombeau de mon cahier. Alors que la douce disparue recueillait le sperme que j’avais répandu trop précocement en elle, (à cause de la longue abstinence, croyez-en moi, je vous supplie, les filles) - elle allait en faire je ne sais quelle friandise de trépassée - je continuais de m’épancher verbalement :

 

« Le sentiment d’existence que V procure à lire celui qui s’exhibe son zob de mots, en écrivant ces trucs, là, est d’une douceur qu’il n’avait jamais connue, et qui se compare un peu, mais pas complètement bien sûr, à celle qu’on éprouve à être touché… Tu comprends Laura, la puissance d'une caresse?»

 

Laura soupesa mes couilles de sa main douce pour constater ce qui pouvait rester de liqueur.

 

« Oui, tu me touches, j’existe, et c’est à cela que ressemble, je crois cet effet blog, bien plus en fait qu’au seul « tu me regardes, j’existe » des existentialistes du lycée... »

 

Laura m’a pris dans sa bouche pour me réveiller. Il lui semble pouvoir tirer encore quelques gouttes de moi. Ses dents ont été remplacées par des petits cailloux, mais ce n’est pas gênant parce qu’elle suce avec talent, même les asticots du fond de sa gorge accompagnent savamment sa langue qui asticote le frein de mon prépuce, pendant que le velum de son palais moule mon gland comme une nouvelle matrice, inventant des voyelles inconnues de la phonétique historique… Ah ! Ah !

 

« Ecoute-moi, Laura, non, le degré de solitude est effrayant auquel donne accès ce truc, le blog, lorsque autrui y pénètre, un auriculaire égaré dans un anus ne fait pas d'autre effet, Laura, journal intime placardé dans le ciel par projection laser, correspondances d’anonymes livrées en pâture aux esseulés du monde qui cause la même langue, liaisons dangereuses des neurones connectés aux papilles et aux muqueuses… Mais... Laura... Que recèle votre anus ? C'est le lit douillet d'un mulot... Laura, il m'a modu le salaud»

 

Avant de se retirer sous sa dalle, Laura me murmure, la gorge embarrassée du sperme qu’elle ramène pour nourrir je ne sais quels oisillons décomposés :

 

« Quel type d’amitié ce truc, le blog, pourra-t-il produire, dites-moi, mon bon ami ? Pétrarque aurait-il passé tout ce temps à écrire sur le dos de mon essence s’il ne m’avait point vue en chair et en os, avant que la peste ne me ronge… »

 

Terrorisé par sa disparition, je hurle dans le vide du caveau :

 

« Laura, vous n’étiez pas obligée de commenter le narcissisme des échanges de mes visiteurs… En tous cas, si vous vouliez vous libérez de votre ego, vous vous êtes plantée, connasse : vous venez d’en refermer une fenêtre sur vous… Vous avez écrit dans le blog, et je vous ai lue Laura...»

 

A genoux et en larmes, je me branle pour arracher ce qui me reste de semences. Il ne sort de moi que des larmes et des spasmes, et des sanglots, et une dernière goutte de sperme, mousseuse comme de la bière :

 

« Je vous ai lue Laura : Comment vous sentez vous exister, Laura ? Ne me faites pas de peine, ne répondez pas que vous vous en foutez. Que vous ne vouliez que ces quelques gouttes poisseuses… J’en ai encore beaucoup pour vous… Revenez Laura… Le foutre de mes paroles est à vous… Permettez-moi d’encore un instant exister aux yeux de votre pensée noire, car "tout ce qui semble plaire ici bas n'est que songes" disait votre adorateur… »

18/10/2004

Ce que je veux savoir

 Le cahier s'écarte pour te laisser entrer

Avant de t'engager plus loin

Réponds à sa question :

Je la posais déjà il y a quelques jours

Mais personne n'y répond :

Qui cherches-tu à faire jouir

Quand tu baises

Toi ou qui tu baises ?

C'est à dire qu'est-ce qui te fait jouir

En définitive

De jouir organiquement ou de sentir que l'autre jouit ?

En fait, raconte moi comment ça se passe.

C'est ça que je veux savoir.

(Tu gagneras peut-être la main lactique de V dans tes cheveux... Et ses lèvres sous l'angle de la machoire.)

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