23/03/2005

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L’art est sans dessein/design

Et si l’enjeu du design était : comment libérer l’objet industriel de sa dimension d’objet transitionnel ; comment faire s’échapper les produits de la société de consommation du règne des joujous trompe-la-mort ? Il faudrait mettre en cause la fonction première du design actuellement, qui réside souvent dans l’efficacité commerciale de l’objet...

Ce qui distingue une œuvre d’art d’un objet de design me semble résider dans le fait qu’on peut être heureux de l’existence d’une oeuvre d’art, sans même imaginer qu’on puisse la posséder… Comme un corps, le corps d’un être humain… C’est là où l’art touche à l’amour. L’objet de design qu’on ne possède pas, nous rendra au pire un peu triste, et au mieux assez indifférent à son existence ou à son inexistence, à moins d’être un spécialiste intéressé à la question de l’évolution de ce domaine. Mais le commun des mortels n’oubliera pas l’émotion ou les interrogations dans lesquelles une œuvre l’aura plongé…

En fait, il ne s’agit pas de poser la question de savoir si le design est de l’art ou non. L’art ne répond pas aux mêmes contraintes que le design, tout le monde le sait, et si les domaines peuvent se recouper ils sont bien distincts. En revanche, il n’est pas inutile de se demander dans quelle mesure le design échappe à la simple décoration et peut toucher à des zones sensibles de la psyché…

Ce n’est pas un hasard si c’est précisément la jeune fille qui écrit ses rêves dans un cahier pour s’en libérer, qui a été fascinée par le matelas, qu’on pouvait ouvrir et fermer, déplier et agencer comme une cabane… Elle n’a regretté qu’une chose : qu’il fût interdit de jouer avec, d’essayer l’objet… Le designer avait communiqué à l’objet industriel la puissance d’un lieu symbolique, le transformant en enceinte protectrice, appel au sommeil et à la paix d’un repos protégé des songes effrayants ; ou bien peut-être au contraire, ce qui a attiré la jeune fille, c’était la possibilité de découvrir la clé de ses cauchemars cachée dans le fonctionnement de cet objet insolite et magique…

En tous cas, voici un objet qui ne fut pas innocent, et dont l’efficacité ne résidait ni dans la beauté, ni dans l’usage, mais dans la justesse avec laquelle sa métamorphose répondait aux ambiguïtés du phénomène du sommeil, qu’on considère habituellement comme un état passif du corps, et que la mobilité ludique du matelas révélait dans toute sa vitalité tellurique…

Egaré entre des stands étranges, présentant des jardins intérieurs, installés autour de plaques de gazon découpées à même la pelouse, j’assiste à la manière précautionneuse dont un vieil homme viendra s’asseoir, comme on s’échoue, sur une très belle chaise dessinée par un designer célèbre…

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