24/03/2005
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La Beauté et la main humaine
Les visiteurs ne manquent pas de s’exclamer tantôt sur la beauté de tel ou tel objet. A quelle constatation cette exclamation répond-elle ? Est-ce pour affirmer la possibilité effective que la Beauté soit descendue dans ces objets produits par l’industrie et non par la main de l’homme ? L’industrie, c'est-à-dire diront certains, la matérialisation la plus parfaite de l’usine mentale de l’homme… La Beauté, la grande Beauté, qui sauve le monde, et l’homme, et même les dieux, peut-elle aujourd’hui se passer de la main de chair et d’os de l’homme, et se communiquer directement de son cerveau à la matière ?
D.H. Lawrence, l’auteur censuré, qui interrogeait le scandale du corps dans la société occidentale, écrivait dans les années vingt, dans Femmes amoureuses :
« Il avait son plan d’existence, maintenant : développer sur la terre un système immense et parfait où la volonté de l’homme courrait continûment et sans entraves, sans connaître le Temps, comme une divinité en marche. Il lui fallait commencer par les mines. Les termes du problème étaient posés : d’abord la Matière résistante du sous-sol, puis les instruments de sa soumission, instruments humains et métalliques, et enfin, sa propre volonté, son propre cerveau.
Il faudrait accorder merveilleusement des myriades d’instruments, humains, animaux, métalliques, cinétiques, dynamiques ; fondre des myriades de petites individualités en un tout immense et parfait. Alors, en ce cas, la perfection serait atteinte, la volonté du Très-Haut serait parfaitement réalisée, car l’humanité n’était-elle pas opposée d’une façon mystique à la Matière inanimée, l’histoire de l’humanité n’était-elle pas, tout juste, l’histoire de la conquête de la seconde par la première ? »
Et nous sommes peut-être passés au-delà de ce « plan d’existence »…
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