28/03/2005

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Le logo humain…

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On peut parfois penser qu’une expo de design c’est l’avant-garde ou l’antichambre du supermarché, comme un grand Ikea sorti en avant première… On pourrait d’ailleurs imaginer la visite d’un hypermarché comme celle d’un musée, où il s’agirait d’apprécier des paquets et des emballages, et élaborer les prolégomènes d’une véritable esthétique du conditionnement.L’exposition de cette biennale refait le coup de la caverne, dans ce hangar utérin : la caverne à l’ère post-industriel… Coupés du jour et éclairés au gaz néon, nous déambulons parmi les objets nés de la tête de l’homme. Nés du cerveau humain mais réalisés par des machines, car la main humaine est aujourd’hui assistée par les organes du robot. Les êtres que nous croisons sont faits d’une chair qui semble n’être que l’ombre diffuse des tire-bouchons à visage de logo humain…Les visiteurs que je croise entre les allées, et dans les yeux desquels je me vois passer, comme une ombre émerveillée parmi les ombres émerveillées, me semblent être d’étranges combinés, des pantins cousus à partir de vêtements qui portent des visages… Et nos visages tournent dans la lumière comme agis par un logiciel d’exposition, déployant leur volume et l’insignifiance de leurs traits. Les modules corporels se croisent, objets entre les objets, et à travers les vêtements, est-ce que je perçois la chaleur animale des corps ? J’imagine un instant que Saint Etienne fût une station de nudisme, (si la ville avait été déplacée sous d’autres climats, ou si les conséquences du réchauffement de la planète avaient fait monter la méditerranée jusqu’aux pieds du mont Pilat…) Les visiteurs à poil constitueraient-ils une masse humaine plus réfractaire que les visiteurs habillés à leur confusion avec des matériaux artificiels et des traitements virtuels ? En me découvrant au détour d’un miroir, et en imaginant cette foule de nudistes constituée d’objets humains designé comme je le suis, je chasse cette idée qui restera sans réponse et je poursuis ma visite, en constatant qu’une vague de naturisme parmi mes semblables, au milieu de ce temple de l’artificialité, ne serait pas nécessairement un événement souhaitable…Je croise entre des objets dont on ne devine pas la fonction, un homme qui semble se promener pour faire une démonstration de son étrange fauteuil roulant, aux roues inclinées d’une façon redoutable : vers l’extérieur, à 90 degrés… C’est lui-aussi un visiteur, mais son corps est prolongé par un outil de déplacement, au service duquel il s’est mis, corps et âme…


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