30/05/2005

Entre ceci et cela



Il n'y a pas de victoire du NON il y a déclaration de guerre. Et ce qui arrive n'est pas rassurant, et ce qui arrive promet de ne pas être du repos. Entre les mensonges et les détournements de ceux qui ont la parole, pour ne pas dire l'aveuglement, car un handicap les excuserait, et entre les tensions sociales qui couvent plus ou moins sourdement (ceux qui ne voudront pas considérer les "événements" de Perpignan comme des annonciations de ce qui surgira dans le sillage de tous mouvements social s'en mordront les doigts : des conflits inter-ethniques, que ne manqueront pas d'atiser ou d'instrumentaliser ceux qui ont besoin du désordre pour instaurer leur ordre...), bref, entre ceci et cela, le travail commence.

Tout d'abord il s'agit de contrer la propagande des médias et de prendre le contrôle du sens de cet acte de vote. Auprès des français, et auprès des européens : nous avons des contacts à l'étranger, il faut que ça circule. Il faut dès à présent s'exprimer en Anglais, même un Anglais de batard, puisque l'Europe en est là.

Et puis il faut convaincre les partisans du OUI de ce que le NON n'est pas ce qu'il veulent faire croire.

En vertu du principe que le sens des actes est déterminé par les paroles qui traduisent, ou élaborent les pensées, et non par une vérité cahée derrière la surface des choses. Le sens est à faire.

Je crois que le 16 et 17 juin, une commission européenne se réunira à Bruxelles. Il serait sage d'y être. Et de dire là-bas que ce n'est pas NON à l'Europe. Et que ce n'est pas "une autre Europe est possible", mais que celle-là est une autre.

Et enfin, chez nous, dans le cadre des frontières géographiques et culturelles et historiques, il y a quelque chose de la nation à réinterroger, pour en sortir, certes, c'est le camp que je choisis, mais pas pour en être sortis par des forces centrifuges réactionnaires, nationalistes ou communautaires. Il me semble que nous avons une longue histoire à interroger avant de nous fondre dans une unité plus vaste : invention du nationalimse au lendemain de la révolution française, avec l'impérialisme et la bourgeoisie pour corolaire; la colonisation, fille de la gauche, hypocrite civilisatrice, et salope mère du racialisme et, par conséquent, du nazisme; l'antisémitisme; Vichy; la guerre d'Algérie et la décolonisation en général, avec l'abandon de nos responsabilités envers les anciennes colonies quand ce n'est pas le pillage néocolonial caractérisé; regroupement familial et politique africaine... J'en oublie et sûrement je schématise, je veux bien qu'on me complète ou qu'on me corrige, puisque c'est de ça qu'il faudra parler. Ce que nous sommes aujourd'hui, voudrons-nous le savoir, ou allons-nous abandonner le principe socratique du "connais-toi toi-même" qui fonde notre civilisation à sa racine ?

Il serait temps de devenir vertueux, à la manière que l'humanité pourra inventer aujourd'hui...

Texte de Serge Rivron dans la rubrique "E-RopA"

Et après ???

The Day after, Serge Rivron n'est pas endormi sur ses lauriers, il poursuit.

Serge Rivron, qui n'a pas ménagé ses efforts pour prêcher le NON, et qui m'a convaincu sur plusieurs plans, autant sur le plan de l'analyse de la Constitution, dont certains lui reprocheront ceci ou cela de très techniques, que sur le plan de la rigueur de sa ferveur, si je puis dire, c'est à dire, d'une manière d'être fervent sans s'adosser au mot d'ordre d'aucun parti, associant des mots de Bernanos à des critères que ne renieraient pas les gauchistes, bref une pensée libre, parce qu'elle s'affronte à la complexité de ce qui est pensable, ainsi que je définirai le réel. Bref, voilà ce que ce matin il écrivait parce que chacun d'entre nous sait que tout commence maintenant.

"Aujourd'hui 29 mai 2005, la grande majorité des Français a dit NON. Des voix se sont élevées qu'on présumait depuis si longtemps confinées à la soumission ou à la démission. Un PEUPLE existait qu'on imaginait tellement avachi, qu'on décrivait depuis tellement de temps comme tellement abruti qu'il avait fini lui-même par ne plus se savoir Histoire. Malgré les mensonges dont on pensait l'avoir éparpillé, malgré le gouffre du doute ouvert devant celui à qui l'on répète qu'il a tort, et qui s'avance quand même au châtiment promis, le peuple de France a rejoint son destin. Il attendait seulement que l'Histoire à nouveau le sollicite.

Ce soir je ne peux m'empêcher de penser à Georges Bernanos, à ses imprécations contre les imbéciles, à sa "France contre les robots” : "Les réalistes, mêmes catholiques, m’objecteront que, puisque le mal est fait, mieux vaut ne pas laisser se déchaîner la colère des masses dupées et trahies. Pourquoi ? Nous préférons ce risque pour le monde. Ce risque est selon l’histoire, selon l’homme, selon la nature des choses. Il est selon l’ordre du monde, selon la volonté de Dieu, que les peuples se vengent."

Enlevez, si vous voulez, le "même catholique", et écoutez tonner cette phrase à l'heure de la victoire du non à l'abominable texte qu'on voulait nous faire boire. "Nous préférons ce risque pour le monde". Le peuple français, contre ses édiles, contre toute sa médiature unie dans le mépris, le trucage et le mensonge, le peuple de France a choisi sa voie, ce risque. Le peuple français s'est vengé, et qui plus est il s’est vengé à bon escient, refusant un texte abject et vomissant les mensonges et les menaces par lesquels on voulait le bâillonner. J'en suis heureux, et pour la première fois de mon existence je suis fier, bêtement, d’être de France.

Et après ? Le texte rejeté cumulait les chausse-trappe, à l’espoir, à l’éthique, à l’histoire, à l’économie, à la solidarité, à la simple possibilité pour les hommes en société de vivre et d’aimer en préférant l’être à l’avoir, et d’être respectés comme êtres humains avant de l’être pour leur pouvoir de produire ou de consommer. Un peuple a majoritairement refusé l’institutionnalisation de ce qu’il pressentait comme une émanation de la morbidité. J’entends au gré de mes zappings pérorer les perdants, et les “vainqueurs” tenter, devant la morgue de leurs adversaires, des arguments pour reconstruire enfin l’Europe que les peuples attendent, et j’ai peur que la vengeance de mon peuple n’en soit qu’à son premier acte.

Barozo ne croit pas à la possibilité d’une renégociation, et Chirac nous parle de porter le verdict des Français devant les instances européennes tout en menaçant les Français de sa propre définition de” l’intérêt national”. Personne n’a relevé cette ultime argutie. Sarkozy plante ses banderilles pour son élection certaine à la Présidence. Mammère et Ségolène s’enlisent dans la mauvaise foi, ils finiront par rendre Marine Le Pen sympathique à l’imbécile bernanosien lambda. On ose encore dire que le NON tourne le dos à l’Europe. Une souriante blaodasse et quelques ministres fatigués nous parlent de gâchis comme si le gâchis n’était pas de leur fait. Arlette est persuadée que les 15 millions de Français qui ont dit non veulent avant tout qu’on les protègent, et Dominique Voynet saisit cette planche moisie pour encore une fois remettre le terrible verdict sur l’angoisse et la paupérisation des Français.

Ils n’ont rien entendu, ou si peu.

Il faudra pourtant qu’on en sorte avant que la prochaine manoeuvre des pantins ne provoque un carnage. On me rétorquera que loin s’en faut. Il y a six mois à peine, la ratification par les Français du Traité constitutionnel était vendue comme une formalité dans les salons de la “gouvernance”."

28/05/2005

Les bobos brésiliens


Et le Spountik Dog est heureux de mettre en ligne cet article sur un film au titre oublié, de notre Observateur Partiel à Rio, Pedro Ramonet, le fils caché d'Ignacio...

"Je viens de voir un très beau moyen métrage, d'une réalisatrice brésilienne Naruna Kaplan de Moreira, beau scénario sur les gestes acculturés de la bourgeoisie occidentale, et les rapports de pouvoir via les rapports ancillaires.

Un couple de jeunes bobos brésiliens qui vit à Paris depuis dix ans part à Rio enterrer la grand-mère
dont la famille ne s'occupait plus depuis longtemps. Arrivée à Rio grisante, sur fond de Samba, images de la plage.

Pendant que les parents font les formalités pour l'enterrement et en attendant l'ouverture du testament, les 2 jeunes sont chargés d'aller vider la maison de la "Vôvô" qui vivait à la campagne. Dans une villa de rêve, ils sont accueillis par Marcio, le gardien, un très beau mulâtre mélancolique, dont on comprend au fur et à mesure qu'il était la seule personne à s'occuper de la grand-mère fâchée avec ses enfants : euphorie. La jeune fille tombe sous son charme, son copain Pedro est jaloux. Suit un huis clos de moyen métrage, entre bons sentiments progressistes où on le fait manger à la même table que les Maîtres, amusement méprisant pour la servilité du domestique, et attraction charnelle entre Marcio et la JF un soir dans un bar, sous les yeux de Pedro.

Puis on passe à la vitesse supérieure : ça devient Théorème; il suffit qu'un instant où ils sont tous les deux, Marcio se rapproche et frôle un peu trop Pedro pour qu'à son tour il soit séduit, et retrouve le sourire qui l'avait quitté depuis le manège entre elle et Marcio. Maintenant tout le monde sourit à Marcio. Un soir que le couple déconne, le téléphone sonne; c'est le père, Marcio répond qu'ils ne sont pas là comme elle lui a demandé, le père continue de parler, on entend Marcio répondre que ce n'est pas sa faute. La fête continue, tout le monde a bu, mange le repas préparé par Marcio, puis Pedro va se coucher. La JF provoque Marcio dans la cuisine, elle le méprise en français - jeu malsain. Ils s'emballent. Pedro écoeuré est sorti dans le jardin. Il suit Marcio chez lui, et arrive ce qu'il désirait : tremblant, il tombe dans les bras de Marcio qui l'apaise en lui disant doucement "tu as honte d'être pédé ? pourtant c'est pas grave, y a pire, tu pourrais être noir. et pauvre." Ils se font.

Bref, le lendemain matin au petit déj c'est pas la super ambiance, chacun est en train de digérer ses frasques de la veille et sa gueule de bois. Re-téléphone, encore papa, et là les tourtereaux apprennent la terrible nouvelle. Tête d'enterrement. Fusillé du regard, Marcio essaie de se défendre : "Avouez quand même que je la méritais plus que vous, cette maison, non ?". Dans la matinée les cartons sont pliés, la voiture chargée, plus un mot à Marcio, traité comme un chien, sauf pour lui donner des ordres que, maintenant qu'il est le maître il hésite encore à refuser.

Retour à Rio sans musique, Copacabana sous le soleil est étouffante, vivement le retour.

Ce qui m'a touché, c'est de voir un film qui parle de ces curieux rapports avec ces gens étranges, qui sont toujours là pour t'ouvrir la porte, te faire à manger, te proposer un café (car le personnel de maison ne coûte rien). Assorti à l'absence de tact de ce couple de jeunes progressistes forts de 10 années passées à Paris, envers un garçon du même âge qu'eux, mais qui leur est inférieur. Le pouvoir comme forteresse du désir, la différence extrême qui rend possible/désiré dans un contexte exotique ce qui ne serait pas autrement, l'indifférence que l'on peut voir comme de la servilité... Et que finalement ces serviteurs ne sont que ce que l'on projette en eux, le reste on ne s'en pose même pas la question. Ils sont peut-être d'abord payés pour ça, pour faire un "support de projection". Ainsi il ne reste plus rien lorsque il n'y a plus le pouvoir . ou pire, quand le rapport de pouvoir est inversé. de l'aigreur et de la rancoeur chez ceux qui ont tout eu et qui se croyaient dû ce qui n'était pas encore leur bien, voilà l'objet de leur reproche... finalement chacun continue de se comporter normalement après, les 2 jeunes bobos continuent de mépriser Marcio, et Marcio continue de les observer, et de les servir : il les a baisés en connaissance de cause puisqu'il a appris la nouvelle la veille, sans la transmettre. Il était déjà Maître, et les autres ne le savaient pas. Il y a du Marivaux dans ce scénario.

Dans la maison où j'étais à Rio, il y avait 3 domestiques à temps plein. Betti, Nelma (qui m'a amené à l'école de Samba) et Pedro, tous trois noirs comme du charbon, plus une le lundi pour le repassage. Un côté Faulknérien ; gentils, toujours souriants, on les surprenait rarement en train de faire quelque chose, plus souvent au téléphone ou assis en train de discuter. Quand on ne les voyait pas, elles faisaient le ménage, le jardin, la cuisine, le petit déj, lui les réparations; Pedro était le plus étonnant , une espèce de masse très grand et très très musclé, très gentil mais extrêmement timide avec les 'blancs', toujours souriant.

Quand la proprio faisait des barbecues, ils terminaient à 23h00 pour faire la cuisine, assurer l'approvisionnement des buffets etc... J'ai même vu Pedro dormir sur le canapé pourri dans l'atelier à côté pour pas rentrer la nuit. Dans mon appartement juste en dessous il y avait une chambre inutilisée.

Nelma s'est fait renvoyer en décembre, elle était la plus compétente, la plus zen, mais une amie de la proprio qui a fait un séjour de quelques semaines (d'origine très modeste mais mariée à un français) entre deux déménagements a perdu une bague. Elle a accusé Nelma sans preuves (revanche sociale). Nelma a nié mais n'a pas été écoutée, il fallait surtout rassurer la bonne copine par un geste fort. Virée, sans indemnités. Vu le peu que je connais d'elle, c'est le genre de fille trop intelligente pour voler, en plus elle était appelée à devenir gouvernante de la maison, elle gérait le planning, les mails, etc... La dernière fois que je l'ai vue elle allait porter plainte aux prud'hommes. Mais sa protectrice, une avocate qui la mettait en contact avec les employeurs, ne lui avait pas encore trouvé d'autre plan.

Voilà comment ça se passe.

Autre exemple :

Mazé, la femme de ménage de Daniele à Sao Paulo. Analphabète, souriante, accent super populaire, quadrille S P tous les jours de 7 h à 22h pour gagner 700 reais (= 2 smic de là bas, soit en équivalent-Paris moins de 600 euros). Elle peut même pas me montrer sur la carte où elle travaille, elle sait pas lire. Un jour, un avocat l'apelle. Elle vient de Alagoas, une ville du Nord. Elle y a travaillé dans les hopitaux, où elle était payée moins que le salaire minimum, 200 reais par mois. L'avocat : "Je me suis occupé de cette affaire avec tous vos anciens collègues (env 50), le procès est dans trois jours, si vous voulez percevoir vos indemnités vous devez être là. Vous n'aurez pas de frais d'avocat, tout sera pour vous." Prix d'un Aller-Retour S P - Alagoas : 700 reais pour 3 jours de bus. Daniele lui prête la somme, qu'elle remboursera en heures de ménage, nous allons à la gare des bus avec elle, elle a la larme à l'oeil dans le métro "- ce que tu as fait aucun patron ne le ferait - mais je suis pas ta patronne", Daniele est une belle personne.

Résultat : elle a gagné au procès environ 5000 reais, une somme énorme, surtout pour elle. un salaire confortable c'est 2000 reais. (600 euros). L'avocat a finalement pris une commission, elle lui a donné 2000 reais (on peut multiplier par le nombre de plaignants...). Elle a vu sa famille, les uns, les autres, tous dans la misère : "- pourquoi tu reviens pas vivre ici ? ça fait des années qu'on t'avais pas vue ? - parce que là-bas je gagne ma vie, si je reviens je gagnerai plus rien." et que je donne à Pierre et que je donne à Paul. 300 par-ci, 500 par-là. Au retour, une ou deux dettes à éponger... Un mois plus tard elle n'avait plus rien.

Daniele s'est déjà fait voler des affaires par une fille de ménage, mais c'est une autre histoire..."

Pedro Ramonet

26/05/2005

Les arguments du OUI...

Il y en a qui avnacent encore ces arguments trois jours avant J... A moins qu'il aie raison...

"Hmm... Je crains qu'on se plante tous...

Je ne mets pas en cause les bonnes intentions des Nonistes, mais je vois surtout
les anglais néolibéraux qui se frottent les mains, leurs lobbies auront remporté
une victoire majeure si le traité est rejeté: plus de possibilités de lois
sociales sur le travail avant un bon moment. Et si le traité est renégocié, il
le sera en faveur d'un plus fort libéralisme (porté par les nouveaux pays de
l'est... Ne pas oublier que la teneur sociale du traité a été imposée par la
France et l'Allemagne. Une fois décrédibilisée, la France ne sera plus en
mesure de peser à nouveau en faveur des contenantes progressistes du traité).

J'en vois d'autres qui ricanent... Les américains et les politiciens populistes
français...

(soupir)"

Un Italien dit NON


Pour ceux qui craignent encore le qu'en dira-t-on de nos voisins européens, le Spoutnik Dog vous livre le mail d'un ami italien, metteur en scène de théâtre, pour ceux qui veulent connaître son univers professionnel. Autant dire qu'il se fait l'écho de ceux qui ailleurs attendent un NON de "nous autres, français," comme eût dit le vieil ennemi, Bernanos...

"Chère X,

D'abord laisse moi te dire quel plaisir m'a fait ton mail. Je suis tout à fait d'accord avec toi que les hommes politiques (oui et non confondus) français sont en train de utiliser ce referendum à des fins culinaires.

Mais il ne faut pas se laisser prendre en otage par leur cuisine. À mon avis le débat qui c'est installé entre les partisans du oui et ceux du non (je parle de la base) c'est quelque chose de positif. Je me suis dit : encore une leçon de démocratie de la part de la vieille France. Eh oui, car malgré tout il y a débat, il y a prise de position, et beaucoup de gens se sont intéressés pour la première fois à la politique et à ce que les dirigeantes décident pour eux et a à leur place.

Les discussions, parfois enflammées, qui ont caractérisée la campagne de ce référendum me laissent espérer un nouvel souffle à l'engagement. C'est de notre responsabilité ( c'est à dire de ceux qui n'ont jamais abandonné l'engagement) à ne pas laisser tomber ce nouveau désir de prendre part à la construction de son propre destin politique. tenir envie le débat après l'échéance électorale.

Nous en Italie on n'a pas eu droit à aucun débat et un acte grave comme l'approbation des règles du jeu de la Future Europe, ils nous l'ont fait passer au dessus de nos têtes comme un simple acte administratif. Eh bien non! il ne s'agit pas d'un acte administratif, ce n'est pas une simple réorganisation des traités précédents, c'est un acte lourd de conséquences pour nous et pour les générations à venir.

Moi personnellement - après avoir quand même analysé le traité en entier et participé à de séminaires du oui et du non, je pense que ce traité est une piège : une fois approuvé sera très difficile à renégocier (article IV -443) et je ne comprends pas ceux qui disent acceptons-le pour les infimes amélioration qui contient pour le renégocier après. Il s'agit d'un vrai programme politique - celui du libéralisme- à qui par ce traité on donne une force de loi. Une constitution qui mets au centre de ses objectifs fondamentaux la concurrence, je cite: un marché intérieur où la concurrence est libre et non faussée - ( article 1- 3 -2 ) ne peut pas être la mienne. je ne
veut pas entrer dans le détail de tout ce qui cloche dans ce traité, mais surtout j'ai horreur de ce mot- concurrence- et de tout l'univers qui va avec. Pour un vieux baba comme moi le droit de l'homme à
vivre en paix et amour doivent être basé sur autre chose que la concurrence. La Concurrence produit un guerre où les morts et les blessés sont ceux qui n'ont pas la force, la ruse, où tout simplement l'envie de concurrencer , d'écraser l'autre, de s'enrichir en lui faisant concurrence. On les voit, des centaines, voire de millier -
ici à Paris tout les soirs , dans plusieurs endroits demander un bol de soupe au différentes associations humanitaires. je n'ai pas envie de ce monde là. Il ne me plaît pas.

Si pour l'instant on n'as pas la force de changer le monde, lassons nous au moins la possibilité de le changer un jour. Ce pour ça et pour d'autres mille raisons encore que si j'avais la possibilité je dirais NON à ce traité. Je crois, en plus, que le NON de gauche peut faire démarrer un mouvement qui ne doit pas s'arrêter là, et c'est pour ça que la plus part du mouvement alter-mondialiste est pour le NON (et pas mal d'amis et camarades italiens du mouvements), on commence à dire ya basta! . c'est vrai que l'Europe est un espace culturel et de paix à préserver, mais refuser ce traité là ne veut pas dire non à l'Europe mais NON à ce traité là ( je crois
que c'est bien ça la question qui est posée). Un non qui forcement engage qui le prononce consciemment (hélas ce n'est pas le cas de tous) à s'investir dans la proposition d'autres hypothèses.

C'est pour ça que les dirigeants du OUI a du mal à comprendre ce refus tellement ils sont habitués à décider sans consulter. "Laisser nous faire" . Je crois que la seule question qu'il faut se poser si on a envie de dire NON, c'est comment lui donner suite , quelles formes d'engagement mettre en mouvement. Car le NON ne doit être que un début.

Avec beaucoup d'amitié et d'envie de parler avec toi en présence

je t'embrasse

Y"

23/05/2005

Depuis Maastricht

Un post de notre Observateur Partiel en Chine :


Si on n’avait pas écouté nos clercs, ni Chirac, ni Le Pen n’auraient obtenu les voix d’au moins 33 % des inscrits nécessaires, et le vote aurait été déclaré nul et à refaire. Mais cette solution ne satisfaisait personne, surtout ceux qui souhaitaient se refaire à l’occasion d’une cure d’opposition cool.

Depuis Maastricht (15 ans) on n’a rien fait socialement : toujours plus de chômage et de délocalisations, alors on n’est pas pressé. Et s’il n’existe pas de plan B et bien il sera temps d’y penser.

Le petit Nicolas a des solutions plein les poches : pourquoi ne pas copier ceux qui réussissent si bien dit-il, les Anglais de Tony et les américains de George Double-Voyou Bush. En effet que demande le peuple ? Consommer plus et moins cher.

Quant à l’élargissement n’est-on pas un peu frileux ? Qu’attend-t-on pour accueillir la Chine. Quel marché ! Avec plus d’un milliard d’habitants en Europe les américains auraient l’air de quoi ! Surtout qu’on serait vachement compétitif avec des salaires alignés sur Pékin et des services minimums garantis à la mitraillette.

A propos de la Chine comme nos libéralistes sont touchants de sollicitude à l’égard des pauvres entreprises bousculées par la sacro sainte concurrence ! C’est quand même autre chose que de sauvegarder les emplois des salariés, tous des feignant !

21/05/2005

Suite...

L’homme est un débris, l’homme est un bibelot, l’homme est bidule, l’homme est bien fait, ou tout de travers, l’homme est un tout ou un tout petit bout d’un tout, presque que dalle, l’homme est une pluie, une gerbe de matière, un coup de vent, un glaçon, une feuille de papier, blanche ou déjà noircie de signes, l’homme est un chiffon, un gant, une doublure, un envers ou un endroit, l’homme est sans fond, ou bien à double fond ou encore à tiroir, bref, un drôle de placard, une commode, un four ou une douche, un mur ou un poteau criblé d’impacts, un bûcher, une corde ou une chaise électrique, une lame, alors, sabre ou guillotine, toute une industrie, usine à bagnoles ou atelier de confection, garage ou décharge, casse ou musée, rebref, l’homme ressemble à une marionnette, la marionnette qui raconte l’homme surgie entourée de son essaim de mots qui s’agglutinent à elle, tourbillonnant, et c’est tout autant que chaque corps humain se présente aux autres avec sa cohorte de mots qui essaiment son anatomie, sa gestuelle, ses postures, son habillement, ses coquetteries, son maquillage ou ses bijoux, c’est à dire que les corps des hommes, tout autant que ceux des marionnettes, s’affrontent-ils aussi comme des signes à consommer, comme des poupées de pain, pétries de significations, rassis ou sorties du four, délicieuses ou corrompues, comestibles ou empoisonnées…

Comment sursaute alors ce corps de signes - la marionnette - lorsqu’on lui donne soudain une voix humaine ? Lorsque la marionnette parle, ce à quoi nous assistons, c’est à la découverte de la parole par l’homme, au moment où il quitta le règne purement animal. Autant dire que ça ne marche pas toujours, que c’est souvent grossier, que la créature veut en dire plus que ce qu’elle est capable de supporter sans ridicule. Pour elle commence alors le long apprentissage de l’expression orale, avant même qu’elle ne songe à pouvoir écrire quoi que ce soit…

La fin du politique

1) la diabolisation des NONtistes n'est-elle pas suspectes ?

2) les arguments paranoïaques sur la puissance européenne face à la Chine ou aux Etats-Unis me rappellent la propagande anti-boche menée par les socialistes dès après 1870, ce qui a abouti à l'enthousiasme de 1914. Et ma culture me rend indifférend à l'idée de faire la guerre contre les chinois ou les américains. Je n'ai rien à défendre contre eux. C'est ce qui se dessine à mon avis.

3) Je suis très pessimiste. Et j'ai l'impression que ce sont les derniers sursauts du nationalisme qui se dessinent. J'ai de plus en plus l'impression que pour éviter la catastrophe - je crois que nous sommes dans une situation comme celle de la Yougoslavie au début des années quatre vingt dix, ou l'Amérique de 1861, avant la guerre de Sécession - donc pour éviter la guerre civile à l'échelle européenne, il serait bon de garder encore ces bonnes vieilles frontières, et ces structures nationales quelques temps, histoire de vraiment murir.

Les élections de 2002 ont vraiment divisées les français. Et c'est allé au-delà des clivages droite-gauche. La dialogue républicain s'est teinté de haine. Et depuis, ça n'a pas été traité. Au contraire, le gouvernement a accentué toutes les crises ; précarités et fracture sociale, minorités et communautés, sécurité et répression.

J'en suis donc au point où je me dis que l'accélération que les élites et les décideurs veulent faire subir aux peuples est prématurée.

Mais cette histoire nous met peut-être face à la fin du politique, car il est très difficile d'avoir des informations convaicantes et fiables, tellement elles vont vite. Ou peut-être le politique doit-il enfin faire face à la complexité...

20/05/2005

Suite...

« Les formations sauvages sont orales, vocales, mais non pas parce qu’elles manquent d’un système graphique : une danse sur la terre, un dessin sur une paroi, une marque sur le corps sont un système graphique, un géo-graphisme, une géographie. Ces formations sont orales précisément parce qu’elles ont un système graphique indépendant de la voix, qui ne s’aligne pas sur elle et ne se subordonne pas à elle, mais lui est connecté, coordonné « dans une organisation en quelque sorte rayonnante » et pluridimensionnelle. (Et il faut dire le contraire de l’écriture linéaire : les civilisations ne cessent d’être orales qu’à force de perdre l’indépendance et les dimensions propres du système graphique ; c’est en s’alignant sur la voix que le graphisme supplante et induit une voix fictive). Leroi-Gourhan a admirablement décrit ces deux pôles hétérogènes de l’inscription sauvage ou de la représentation territoriale : le couple voix-audition, et main-graphie. Comment fonctionne une telle machine ? Car elle fonctionne : la voix est comme une voix d’alliance, à laquelle se coordonne sans ressemblance une graphie, du côté de la filiation étendue. Sur le corps de la jeune fille est posée la calebasse de l’excision. Fourni par le lignage du mari, c’est la calebasse qui sert de conducteur à la voix d’alliance ; mais le graphisme doit être tracé par un membre du clan de la jeune fille. »
Gilles Deleuze et Félix Guattari. L’Anti-Œdipe. 1972/1973.

19/05/2005

L'Europe du 21 avril

J'en arrive un peu à ça aussi, me dire que le NON s'exprime sera inutile comme tout ce qui s'exprime l'est, mais en même temps ne l'est pas. Je veux dire que le NON de toutes façon, j'en suis sûr, va développer une force incroyable qui servira au moins à repousser le temps des émeutes en soulageant la rage. Et le temps de paix que ça va dégager sera encore l'occasion de travailler.

En tous cas, d'accord avec le fait que la peur de ce que la terre s'arrête n'est pas à l'ordre du jour tant que ce ne sont pas les extarterrestres qui arrivent. Il n'y a rien à perdre à les foutre dans les merde quand ils ne cherchent pas à nous en tirer. Le pire, le chaos, n'est pas à souhaiter. Je hais l'idée de vivre une révolution. Mais ce qui arrivera arrivera. En tous cas, il faudrait se réveiller avant le coup de battoir terminal parce qu'on oublie un peu vite le coup du 21 avril. On avait évité le face à face entre les français et les points de vue, et la suite n'a pas vidé les abcès démocratiquement comme il aurait fallu le faire. Au contraire. A cela s'est ajouté le putain d'embrouillamini des enfant de l'immigration et de la décolonisation. Tout ça pue et il va falloir y faire face.

L'Europe ne se fera pas sans prendre en compte le sursaut des peuples, même si c'est pour enterrer les vieux peuples, qu'elle garde la mémoire de ce qu'ils avaient de meilleur.

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