21/03/2008
Taïwan
FROM
Séjour enFOR M OZ
République de ChineTO
pendant les élections présidentielles de 2008TAI WAN
Du 2/2/8 au 3/2/8 2008
par XLO
The Sputnik Dog
Sur la page Wikipédia consacrée à Taïwan, des encarts avertissent les lecteurs et les contributeurs éventuels, sur la délicatesse de la terminologie à employer.
L’encyclopédie libre sur internet est un bon exemple de la situation de mondialisation que nous connaissons, et de la direction que vont prendre les rapports interpersonnels dans ce monde où les rencontres sont facilitées et accélérées, autant que le danger inhérent aux malentendus dont les rencontres peuvent être l’occasion, si on ne prend pas garde au langage qu’on emploie, si l’on manque de tact et de délicatesse, si l’on est trop ignorant des questions qui se posent à ceux qu’on rencontre - à toute vitesse.
Rencontres, à toute vitesse, questions, à toute vitesse...
Un sens de la relativité s’impose soudain, créant la béance du relativisme.
En tous cas, le choc des mots mal choisis va devenir capable de bouleverser les civilités - à défaut des civilisations.
La complexité de cette situation, et les risques qu’elle comporte, la difficulté de situer l’autre suffisamment précisément sur la carte des relations humaines, va demander à chacun de se réinterroger sur ses propres paradigmes, de façon à toujours savoir de quel endroit il parle - de façon à mesurer les réactions que ce qu’il dit ne manquera pas de provoquer...
Une ère de l’effet du papillon...
Lorsqu’on veut tenter de se dégager de la nasse politique que constitue cette hésitation entre Taïwan ou Républiue de Chine, on peut préférer l’appellation Formose, ou Illha Formosa, le nom donné par les Portugais à l’île, et qui la désigne comme une autre île de beauté. C’est le nom touristique, apolitique, de l’île. Mais aussi peut-être son nom mythique, inscrit dans une histoire qui ne s’arrête pas aux circonstances du siècle, qui au contraire va chercher ses racines loin dans un passé complexe, qui ne se suffit pas des identités, inventée et exclusives.
Pour nous, ce pays situé à l’orient de notre imaginaire sera dit en quelques lettres éparpillées - pillées éparses et mentiées - comme des graffiti sur des murs - dans l’ombre d’un vieux film où l’imaginaire a la naïveté aliénante de l’enfance :
Notre voyage, du 27 février au 28 mars 2008, en pleine période d’élections présidentielles, consistera en un voyage vers le réel de l’île - vers Taïwan...
Quel réel ?
C’est cette frontière que l’écriture repousse en même temps qu’elle nomme.
Taïwan est avant tout un problème de sémantique.
La question qui se pose depuis quelques années aux Jeux Olympiques est de savoir sous quelle dénomination les équipes taïwanaises vont concourir. Et pour ne fâcher personne, on a choisi de dire « République de Taïpei ». Dans les institutions internationales, on connaît le pays sous le nom de « République de Chine ». Pour le tourisme, on préfère employer le vieux nom « Formosa », donné par les Portugais à l’île, et signifiant sa beauté...
L’appellation de Taïwan au lieu de République de Chine susciterait les foudres de Pékin. En l’occurence, près de 500 missiles installés sur les côtes du continent, et dirigés sur Taïwan. En effet, la RPC, République Populaire de Chine prétend que l’île fait partie de « la Chine », autant que Pékin, Hong Kong ou le Tibet.
Du fait de l’histoire récente, qui a vu le Kuo Min Dang s’exiler sur l’île en 1949, dans l’espoir de reconquérir l’ensemble de la Chine, un statu quo s’est installé. C’est une espèce de conscensus entre Taïwan et la Chine, qui « tolère » l’existence à ses frontières d’un « Etat » doté de son indépendance, de son économie, de son armée ainsi que de sa propre politique étrangère.
Pour les questions politiques et commerciales qui les relient, les gouvernements chinois et taïwanais ne négocient pas directement, mais par agences interposées. Dans cette histoire, tout est question de formes, de protocoles, de symboles, de langages.
Selon une logique quasi mystique du langage, les choses semblent pouvoir être modifiées par la façon dont on les nomme.
Lors de l’organisation des JO de Pékin, la question cruciale était posée de savoir si la flamme olympique passerait par Taïwan, inscrivant symboliquement l’île dans le territoire chinois, ou au contraire, si la flamme éviterait l’île, affirmant son indépendance, ou du moins sa réticence à participer à l’harmonieux ensemble chinois...
Au bout du compte, Taïwan a refusé le passage de la flamme olympique sur son territoire.
Dans cette épisode de la guerre des apparences, personne ne sait vraiment qui a gagné, qui a perdu - et quoi...
Les dimensions d’un problème, ou la géographie de Taïwan...
Ce pays, qu’on dit tantôt grand comme la Suisse, tantôt grand comme la Belgique, tantôt grand comme les Pays Bas, tantôt grand comme la Corse (quand on veut vraiment exagérer), ce pays est « peu » reconnu par la communauté internationale, pour ne pas dire qu’il ne l’est pas, car les grandes puissances ne veulent pas s’aliéner Pékin. Néanmoins le statu quo est-il entretenu par les Etats Unis et le Japon, qui y voient une épine dans le pieds de la Chine expansioniste. Pour arranger tout le monde, l’administration chinoise à imaginé ce concept en forme de slogan : « Un pays, deux systèmes. »
Dans ces conditions proprement inédites du point de vue de la politique internationale, la société taïwanaise a changé à une vitesse accélérée.
Une cinquantaine d’années de cette autonomie sous tension, dans le nécessité permanente pour les taïwanais de marquer leur différence avec la Chine, dont ils héritent pourtant, mais aussi une histoire particulière, faite de résistances et de colonisations successives, ont permis à Taïwan de sécréter une identité qui lui est propre, ainsi qu’un système politique original en Asie : une démocratie calquée sur des principes occidentaux inspirés des Lumières, mais adaptée à une réalité sociale, culturelle et religieuse riche d’influences chinoises, bien sûr, mais aussi américaines, japonaises et aborigènes. Et même hollandaises, comme en témoignent ces concours de vol de pigeons qui rassemblent parfois de prestigieux équipages volatiles de Tainan et d’Amsterdam...
Politiquement, depuis une bonne vingtaine d’années, une ligne « taïwaniste » a véritablement émergé, structurée autour d’un part, le Démocratic Progress Parti, DPP ou Min Jin Dang, auquel appartenait le président en place au moment de ce voyage, Chen Shui Bien.
A la fin des années quatre vingt, le fils de Chang Kaï Chek a laissé la société se démocratiser. Il a levé la loi martiale qui régnait sur l’île depuis 1949 (????), et il a autorisé la création de partis d’opposition. Au cours de la décennie qui a suivi, le président Lee Teng Hui a porté ses efforts sur l’invention de la démocratie. Lee Teng Hui était le premier taïwanais de souche à accéder à un poste aussi important au sein du KMT. Et le premier à devenir président taïwanais de l’île... Aussi a-t-il poursuivi de l’intérieur une espèce de taïwanisation des institutions, du régime et la représentativité internationale de l’île
Pour la Chine, habituée à affronter une Chine réationnaire, mais Chine quand même, l’émergence politique d’une identité nationale sur ce qu’elle considère comme « son » territoire constitua un événement.
Un des termes de cette évolution apparu en 2000, lorsque fut élu à la tête de la République de Chine le premier président non issu du KMT. Chen Shui Bien, représentant le DPP, ou Min Jin Dang, parti taïwaniste d’opposition.
Tout au long de ces dernières années, les négociations avec la Chine consistèrent à protéger l’« exception taïwanaise », c’est à dire à repousser le moment de poser la question de réintégrer l’île à la Chine, et en même temps de préparer une réponse favorable à l’avenir Taïwan - autrement (non) dit : l’indépendance.
De démonstration de force en coups de force diplomatique, l’histoire du conflit arbitrée par les Etats Unis est donc en grande partie sémantique.
La prolifération de l’armement de part et d’autre du détroit fut accompagnée d’un ciselage linguistique toujours renouvelé.
On navigua par exemple d’un « conscensus de 1992 », sous Lee Teng Hui, à un « conscensus sur le fait qu’il n’y a pas de conscensus », sous Chen Shui Bien.
Par le « conscensus de 1992 », les taïwanais acceptaient de ne pas se prononcer pour l’indépendance, et de conserver l’appellation « République de Chine », sous la bannière de laquelle le KMT avait mis le pieds dans l’île. Les premiers pas indépendantistes, prudents ou imprudents selon le point de vue duquel on se place, furent de remettre en cause ce conscensus en « chinoisant » un peu autour du concept de « conscensus sur le fait qu’il n’y a pas de conscensus »...
Pour finir (ou ne pas), on en était au moment de ce voyage à la radicalisation des représentants du DPP, qui considèrent que le temps est venu que l’entité nouvelle dise enfin son nom.
De leur côté, les porte-paroles du Parti Communiste Chinois considèrent eux-aussi à la veille des JO de Pékin, que le temps de l’ambiguïté n’a que trop duré. Chacun veut un changement mais chacun n’entend pas les choses de la même oreille.
Dans un contexte international marqué par les manifestations de la politique hégémonique américaine au Moyen Orient et de la guerre contre le terrorisme, les jeux Olympiques de Pékin forcent les Chinois à développer une communication qui les démarquent des ambitions de conquête agressive auxquelles on assimile les Américains. Ainsi les idéologues chinois ont-ils concocté le concept d’ « ascension pacifique », comme en parallèle à ce slogan qui s’affiche sur les murs de Pékin à l’occasion des JO:
« One world, one dream »...
Cet équilibre à souvent des allures de chateau de cartes, et personne ne sait d’où soufflera le vent.
Certains observateurs en sciences politiques, du moins Jean Pierre Cabestan et Benoît Vermander, dans leur livre La Chine en quête de ses frontières, (auquel cet article doit tout, du point de vue de la lecture politique du conflit ainsi que de sa nature séamntique), avancent que ce travail d’équilibriste diplomatique est un exemple rare de politique de gestion de conflits.
Comment on évite une guerre pendant plus de cinquante ans ? L’exemple du détroit de Formose mérite d’être médité.
Au moment de ce voyage à Taïwan, les élections présidentielles semblaient cruciales pour la suite des négociations avec la Chine - une fois que l’allégresse et les sourires des JO seraient passés.
Même les plus nostaliques du Guo Min Dang n’imaginent plus sérieusement reconquérir la Chine. La question qui se pose aux responsables politiuqes taïwanais est plutôt de savoir comment tirer leur épingle du jeu. Il semble que le KMT aie plutôt intérêt à ce que l’île réintègre la Chine, dans les conditions les plus avantageuses pour le business, alors que les membres du DPP ont fait le rêve fou de voir leur pays devenu indépendant ajouter ses cymbales, ses trompes et ses pétards à la cacophonie des Nations Unies.
Le jour de l’élection présidentielle, les taïwanais sont aussi invité à voter au référendum qui leur demande s’ils sont favorables à l’entrée de Taïwan dans l’ONU, et si oui, sous le nom de ROC, Republic of China ou... Taïwan. La seconde réponse ayant un peu l’air d’un casus belli avec la RPC.
Lorsqu’on débarque sur l’île fin février 2008, venant d’Europe, les taïwanistes vous interrogent l’air curieux, comme si l’espoir résidait là, sur ce nouveau petit Etat dont ils ont entendu parler : le Kosovo...
Outre le caractère merveilleux avec lequel se présente la circulation des informations, et son cortège de fantasmagories, on reste songeur en se demandant jusqu’où peuvent se déformer les symétries.
Car on ne souhaite pas à Taïwan le destin du Kosovo...
Et le songe nous entraîne vers le coeur bouillant de l’Union Européenne...
On se demande comment les politiciens de là-bas réagiraient, s’ils apprenaient que ce qui se passe chez eux joue sur ce qui se passe ailleurs...
Et quel ailleurs...
La solution au casse tête chinois qui ronge l’humanité à ses frontières, du Kosovo à la Palestine, en passant par le Soudan, le Tibet ou la Côte d’Ivoire, serait-elle à Taïwan...
L’auteur de ce journal de voyage à Taïwan en période d’élections présidentielles n’est pas un spécialiste en science politique, et il ne brille ni par son réalisme, ni par son pragmatisme.
C’est sans espoir non plus qu’il pose cette question dans le confort de ces pages hantées par le confort des livres, des paroles des gens, des objets et des images ramassés dans les villes par temps de paix. Dans un monde où les chateaux de cartes tremblent sous le bruit des guerres. Des haines. Des ambitions de conquête. Des realpolitiks en tous genres.
Ce qu’il a entendu au cours du voyage, ce qu’il a lu entre les lignes :
Ainsi en va-t-il des paix... »
« Une question se pose : quel est le poids de la souffrance en face de l’avenir ? »
C’est le calcul que font certains.
De l’ordre de la comptabilité...
15:28 Publié dans Taïwan | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : tibet, kosovo, taïwan, chine, formose, république de chine




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