25/03/2008
Nous avançons dans le temps
FROM
Séjour enFOR M OZ
République de ChineTO
pendant les élections présidentielles de 2008TAI WAN
Du 2/2/8 au 3/2/8 2008
par XLO
The Sputnik Dog
Notre voyage, du 27 février au 28 mars 2008, en pleine période d’élections présidentielles, consistera en un voyage vers le réel de l’île - vers Taïwan...
Quel réel ?
C’est cette frontière que l’écriture repousse en même temps qu’elle nomme.
Nous avançons dans le temps...
Le « Réel enfin »...
Pour qui s’attendait à lire un essai politique ou un journal de voyage crédible (ce qui ne signifie pas réaliste), l’auteur souhaite préciser l’idée que le réel est autant le fait du sujet que de l’objet qu’il considère. Ou pour le dire autrement : afin d’avoir une idée réaliste de ce que rapporte un tiers, il est essentiel d’avoir une idée précise de qui est qui, de qui est où, de qui est quand, de qui est quoi, de qui est comment et de qui est pourquoi. Si l’on veut, le réel ne pourra être saisie que dans l’observation de l’observateur.
Ce n’est donc pas du roman qui s’invite dans le réel, mais c’est le « réel enfin », qui tend à forcer la porte du roman du réel. Il est normal qu’on passe par l’intérieur, et l’intérieur n’est pas toujours propre.
« Ne laisser pas les lieux dans l’état dans lequel vous les avez trouvé. SVP. »
Ceci est une clé de lecture, que l’on vous livre généreusement à cet endroit, c’est à dire pas encore trop tard pour continuer le livre, ou le fermer.
Il fait nuit dehors. Nous avons volé vers la nuit. Mais vole-t-on vers la nuit ? Ou à travers elle. Ou à travers le temps, qui se fait nuit ou jour, selon la vitesse de notre vol. Et au cours de ce vol, ce qui reste en nous, le poids étrange de la fatigue...
Nous avançons dans le temps.
D’une certaine manière c’est ce qui se passe.
Nous volons au-desssus de la Russie, actuellement, et nous avons déjà traversé quatre fuseaux horaires. Cela veut dire qu’il fait nuit alors que, si nous étions resté à l’endroit où l’horloge de mon portable est correcte, il serait à peine 18h. Ce serait la fin de la journée, et bientôt le début de la soirée. Ce paradoxe banal n’a jamais fini de m’étonner et pour tout dire et pour tout dire je me fais l’effet d’être un singe devant une boîte de conserve. Même armé d’un ouvre boîte, je ne saurais quoi faire. Elle me semble être encore plus juste que ce qu’elle paraît, cette image que j’ai lu quelque part, il y très longtemps, et qui me revient au moment où je tape ces lignes sur mon portable IBM, cette image du singe armé devant une ironique boîte de conserve contient un mystère dont je ne me doute même pas, comme le sing, même armé d’un ouvre boîte, ne se doute pas de ce que contient la boîte, à moins d’avoir subi un conditionnement, du genre de ces exercices qu’on voit dans les documentaires où les animaux mignons comme des caricatures de nous-mêmes apprennent à interagir avec une machine qui leur propose des choix simples, et la récompense d’un biscuit en cas de succès.
Cette idée que nous gagnons des heures au fur et à mesure que nous volons vers l’est. Et cette idée que pendant qu’il est 22h ici, il est 18h là-bas, et que je suis précisément ici, cet ici toujours en mouvement du fait de l’avion, mais que je peux très bien me mettre en contact immédiat avec quelqu’un de là-bas (si les hôtesses me laissaient téléphoner, au risque de parasiter les communications nécessaires au vol); cette idée que l’heure qu’il est très relative – qu’elle heure est-il ? – me stupéfie et me semble contenir une chose, une substance cognitique dont je ne saurais même pas me douter. Et qui ne pourrait qu’amplifier ma stupéfaction, voire l’approfondir à un point de non retour similaire à une chute libre depuis la proximité du soleil...
Je suis sûr que plutôt que de tenter d’ouvrir la boîte de conserve, le singe s’empresserait de la diviniser. Il me semble que c’est ainsi que le singe est devenu l’homme. Et que Kubrick s’est trompé. Du moins, en tant qu’homme de spectacle, et du spectacle de l’homo americanus a-t-il dramatisé - trouvant que la boîte de conserve manquait de cachet. Sa brique de bakélite lui semblait sûrement plus cinégénique. Aujourd’hui, je me demande si la boîte de conserve n’aurait pas constitué une icône plus énigmatique et plus majestueuse pour les générations à venir. La pierre tombale spatiale survivra-t-elle au temps, et 2001 constituera-t-il le chef d’oeuvre éternel qu’il donne l’impression d’être ? Au jour de l’an 2001, déjà, nous sommes nombreux à nous être posé la question, (mais JG Ballard le dit tellement mieux que l’auteur de ces lignes, et depuis la sortie du film...)
En tous cas, cette méditation sur le décalage horaire, et la nausée anticipative que j’éprouve en imaginant les quelques jours qu’il me faudra pour retrouver mon rythme, me rappellent le même sentiment d’accablement, ce léger désespoir, que j’avais éprouvé en lisant Le tour du monde en quatre vingt jours. J’avais bien compris le truc. Et j’avais déjà trouvé génial le procédé de narration, avant même d’avoir l’idée de ce qu’était une narration et les procédé qui y était à l’oeuvre. Néanmoins, je m’étais senti face à un abîme vertigineux. J’avais réveillé mes parents dans le courant de la nuit pour leur annoncer le nouvelle : la terre est ronde, elle tourne, et nous pouvons tourner autour d’elle, et l’heure de se coucher ou de se lever est relative. Je ne compris pas les regards qu’ils échangèrent, et l’inquiétude qu’ils tentèrent de masquer en me demandant si j’allais bien. Ma mère penchée sur moi : réveille-toi...
Je crois que c’est depuis ce jour, ou cette nuit, que je suis insomniaque. Et je crois qu’à chaque fois que je prends l’avion , je prends ma revanche sur cette nuit d’incompréhension. Ainsi, à chaque vol, je ne cesse de vérifier l’illumination qui m’était venue cette nuit là, puisque pour mes parents, ç’avait été une nuit, et que je m’étais trouvé pris dans ce temps qui était le leur, comme dans une boucle illusoire...
Ce qui avait provoqué mon malaise en concevant cette idée, c’était d’être persuadé qu’il y avait quelque chose à penser, un mystère à percer, dans ce phénomène que Jules Verne utilisait si habilement dans son roman. Mais mon esprit était face à un mur. Une paroi opaque et noir, luisante, réfléchissant ma face éberluée, comme un miroir. Mon esprit ne pouvait pas aller plus loin. Et en même temps, mon esprit concevait qu’il y avait un plus loin. Qu’il lui aurait fallu aller plus loin. Qu’il le lui fallait. Mais qu’il ne le pouvait pas.
Et aujourd’hui, je suis dans l’avion. Et nous volons vers l’Asie, et la nuit passe en nous, laissant son petit poids de fatigue au fur et à mesure que les minutes-kilomètres passent.
Il reste encore un peu de jour en moi. Trop pour que je puisse dormi. On ne se débarrasse pas du jour aussi facilement. Il ne suffit pas de voler dans la nuit pour se débarrasser du jour.
13:07 Publié dans Taïwan | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : taïwan, chine, tiber, kosovo




Commentaires
Lire le blog en entier, pretty good
Ecrit par : Nina_Tool | 20/09/2009
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