25/03/2008

Taïwan

                                                               FROM

                                            Séjour enFOR  M    OZ

                                      République de ChineTO

pendant les élections présidentielles de 2008TAI      WAN

                                              Du 2/2/8 au 3/2/8 2008


                                                                      par XLO
                                                          The Sputnik Dog




Sur la page Wikipédia consacrée à Taïwan, des encarts avertissent les lecteurs et les contributeurs éventuels, sur la délicatesse de la terminologie à employer.

L’encyclopédie libre sur internet est un bon exemple de la situation de mondialisation que nous connaissons, et de la direction que vont prendre les rapports interpersonnels dans ce monde où les rencontres sont facilitées et accélérées, autant que le danger inhérent aux malentendus dont les rencontres peuvent être l’occasion, si on ne prend pas garde au langage qu’on emploie, si l’on manque de tact et de délicatesse, si l’on est trop ignorant des questions qui se posent à ceux qu’on rencontre - à toute vitesse.

Rencontres, à toute vitesse, questions, à toute vitesse...

Un sens de la relativité s’impose soudain, créant la béance du relativisme.

En tous cas, le choc des mots mal choisis va devenir capable de bouleverser les civilités - à défaut des civilisations.

La complexité de cette situation, et les risques qu’elle comporte, la difficulté de situer l’autre suffisamment précisément sur la carte des relations humaines, va demander à chacun de se réinterroger sur ses propres paradigmes, de façon à toujours savoir de quel endroit il parle - de façon à mesurer les réactions que ce qu’il dit ne manquera pas de provoquer...

Une ère de l’effet du papillon...

*

Lorsqu’on veut tenter de se dégager de la nasse politique que constitue cette hésitation entre Taïwan ou République de Chine, on peut préférer l’appellation Formose, ou Illha Formosa, le nom donné par les Portugais à l’île, et qui la désigne comme une autre île de beauté. C’est le nom touristique, apolitique, de l’île. Mais aussi peut-être son nom mythique, inscrit dans une histoire qui ne s’arrête pas aux circonstances du siècle, qui au contraire va chercher ses racines loin dans un passé complexe, qui ne se suffit pas des identités, inventée et exclusives.

Pour nous, ce pays situé à l’orient de notre imaginaire sera dit en quelques lettres éparpillées - pillées éparses et mentiées - comme des graffiti sur des murs - dans l’ombre d’un vieux film où l’imaginaire a la naïveté aliénante de l’enfance :

FOR   M    OZ...


Notre voyage, du 27 février au 28 mars 2008, en pleine période d’élections présidentielles, consistera en un voyage vers le réel de l’île - vers Taïwan...

Quel réel ?

C’est cette frontière que l’écriture repousse en même temps qu’elle nomme.

Prologue

27 février 2008

En Avion

 

 

 

 

Les lumières des services

 

Comme dans un théâtre, les lumières des services percent l’obscurité des allées qui plongent dans les profondeurs de l’avion, comme des tunnels. Comment se fait-il qu’on a toujours le sentiment que l’obscurité contient quelque chose, quelque chose qui est prêt à sortir, donc, c’est à dire à venir ? Le petite fille apparue tout à l’heure, à la frontière des busness classes, avant de retourner à l’obscurité, n’était-elle pas le spectre d’une enfant perdue, et rêvée en ce moment par un de ses parents endueillés ? Lorsque nos regards se sont croisés, de quelle mélancolie m’a-t-elle chargée ? Comme d’une malédiction... Il y a ce film d’horreur que j’ai vu un soir, en mauvaise copie DVD d’une version téléchargée rapidement : un voyage en avion, et des morts vivants qui prennent contrôle de l’appareil... Y a-t-il une fable ? Une métaphore politique ? A peine. Plus simplement la traduction brutale, un peu vulgaire, de l’inquiétude physique qui accompagne le passager d’un avion. Et si on finissait par mourir ? Ici... Ce ici mobile et aérien... Ce véhicule que par un jeu de bloquages émotionnels bienvenus nous prenons pour un « lieu » le temps du vol. Nous pouvons allez et venir, un peu, dans un sens et dans un autre, en direction des toilettes ou bien de cette zone un peu élcairée, à côté de la cabine où les hôtesses s’isolent un instant ou préparent les plats qu’elles vont distribuer. L’idée que des passagers puissent agir sur le vol, et le détourner, selon leur volonté, contient même quelque chose de rassurant. Non, ce lieu ne fait pas que nous emmener. Il nous emmène là où notre volonté nous pousse. Les terroristes eux-mêmes ne sont sûrement rien d’autre qu’une traduction en acte de cette inquiétude, de cette crainte de mourir dans ce ici en mouvement, ce ici de nulle part, où nous essayons de reproduire les conditions de vie de nos ici-bas, de nos ici de là-bas, chez nous, calqués sur le rythme maternel du sommeil et de l’alimentation. Et plus profondément encore, les terroristes incarnent cette inquiétante liberté que nous souhaitons voir oeuvrer à l’intérieur même de ce voyage dont nous craignons de rien contrôler.

 

Il faut de temps entemps se lever pour se dégourdir les jambes. Se détendre le dos. Se remettre les idées en place. Et revenir à sa place.

 

Je suis assis entre deux personnes, qui accompagneront mon voayge de leur présence, de leur paroles, de leur propre inquiétude. A ma droite, c’est un véritable homme-montagne qui est en place. Son corps déborde sur deux sièges. Il dort, comme une montagne, connecté aux fils de son lecteur MP3. Ses bras immenses et mafflus, dont les poils roux courent de la jointure du coude aux pognes minuscules, sont croisés sur un des sommets de son ventre. Il me semble effondré sur ses sièges, comme un paquebot en ruine. Et à ma gauche se trouve une très jeune fille au visage d’une grande douceur, dont la beauté semble être une incarnation de la patience. C’est une vietnamienne qui revient d’un séjour de trois mois en France. Elle me dit qu’elle étudie les langages machines. Je lui demande si ses langages pouvaient s’adapter à la communication entre les êtres humains. Elle n’en voit pas l’intérêt. Mais elle est à la fois très polie et très directe. Elle me pose des questions qui pourraient être l’occasion de présenter la vie privée du narrateur de ce récit, à un degré qui deviendrait inconvenant pour le lecteur, qui ne saurait plus comment lire les pages à venir. Le rêve de cette jeune fille, lorsque je lui demande si elle en a un, me semble se confondre avec un projet professionnel. Il semble qu’elle ne puisse, ou ne veuille, me confier un autre rêve que celui-ci : faire de la vente de billets de transport sur internet, pour des agences de voyages. Il y a peut-être une immense ironie de sa part à répondre « voyage » au voyageur qui s’intéresse à ses rêves...

 

Porteuses de plateaux chargés de graals en plastiques remplis d’eau, les hôtesses passent, en costumes rouges, le visage mésavenant, leurs mouvements nimbés de l’érotisme de la servilité. Il fait jour dehors mais, au cours de leurs défilés, les hôtesses ont fermés les volets des hublots. Il faut s’habituer à la pénombre, et se préparer à dormir. Chaque voyageur, coincé entre les sièges, somnole face à la petite lucarne incrustée dans le dossier devant lui. Ces petites lanternes diffusent leur nombre non illimité de rêves partageables. Personne n’a posé la question aux hôtesses de savoir au-dessus de quel pays nous nous trouvions... Le sens de ce voyage en eût-il été changé ?

 

Le gros type à côté de moi se fait aider par un stewart. Il veut déplacer sa montagne pour aller aux toilettes. On échange deux mots. Il est français. Il ne rechigne pas à parler. Il semble plutôt habile en conversation, et plein d’humour. Malgré un certain bégaiement qui le prend de temps à autre, sans dénaturer son discours, ni la relation qu’il sait établir avec son interlocuteur... Je me demande ce qu’il va faire en Asie. Ce vol pour Hong Kong transporte des passagers qui sont ensuite redistribués sur toute la zone Pacifique : en Chine, au Japon, en Australie, en Nouvelle Zélande, à Taïwan, à Singapoure, aux Philippines, au Laos, au Cambodge, au Vietnam, en Thaïlande...

 

C’est l’heure du repas. Les hôtesses rouges distribuent les plateaux. La façon dont on nous nourrit tient autant du rituel que de la nécessité. Il s’agit de comprendre, comprendre physiquement, que tout est sous contrôle et que les choses comme elles sont en plein ciel ressemblent à ce qu’elles sont sur la terre ferme. La façon dont nous mangeons tous dans le même sens, en nous penchant parfois en avant pour enfourner notre bouchée en même temps, indique à quel point c’est plus à ce rituel qu’à la nécessité de ce nourrir que nous nous plions. Dans ce temps suspendu que constitue le vol, ce temps de fiction, une seule chose nous rappelle que nous sommes en vie : non l’activité de l’estomac, mais la reproduction de ces mouvements, qui signifient que nous mangeons...

 

Ainsi l’image des morts vivants, ceux dont la vie consiste à nous manger, est-elle la traduction parfaite de ce qui se passe réellement dans l’avion. A présent je n’ai plus aucun doute. Je les sens patienter dans l’ombredu couloir. C’était ce qu’était venu me dire le petit fantôme de tout à l’heure.

 

A côté de moi, toute à l’activité de son estomac, la jeune fille s’est repliée comme un papillon pour dormir.

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