26/03/2008
Taïwan
Séjour enFOR M OZ
République de ChineTO
pendant les élections présidentielles de 2008TAI WAN
Du 2/2/8 au 3/2/8 2008
par XLO
The Sputnik Dog
Sur la page Wikipédia consacrée à Taïwan, des encarts avertissent les lecteurs et les contributeurs éventuels, sur la délicatesse de la terminologie à employer.
L’encyclopédie libre sur internet est un bon exemple de la situation de mondialisation que nous connaissons, et de la direction que vont prendre les rapports interpersonnels dans ce monde où les rencontres sont facilitées et accélérées, autant que le danger inhérent aux malentendus dont les rencontres peuvent être l’occasion, si on ne prend pas garde au langage qu’on emploie, si l’on manque de tact et de délicatesse, si l’on est trop ignorant des questions qui se posent à ceux qu’on rencontre - à toute vitesse.
Notre voyage, du 27 février au 28 mars 2008, en pleine période d’élections présidentielles, consistera en un voyage vers le réel de l’île - vers Taïwan...
Du 2/2/8 au 3/2/8
J’ai quitté Lyon le 27 février 2008 à 13h 05.
Je vais attérir à Taïwan le 28 février à 10h 15 heure locale.
Il y a douze heures de vol depuis Paris en passant par Hong Kong, et 7h de décalage horaire.
J’arriverai donc à Taïwan à 1h du matin, les 7 méridiens vers la droite m’amenaient à 8h à Hong Kong, où je prenais la correspondance pour Kaohsiung, ROC. Deux heures de vol entre Hong Kong et le port du sud de l’île de Formose. Oui, il y avait un double fond dans le problème, qu’on ne pouvait résoudre sans être un peu initié aux rouages du trafic aérien de la région du sud asiatique...
Les exercices de calcul constituaient le même émerveillement angoissé que le roman de Jules Verne. Ce que je comprenais n’était que la surface qui masquait ce que je ne pouvais même pas soupçonner, sans être naïf au point de ne pas savoir qu’il y avait bel et bien quelque chose à soupçonner...
Ces méditations mathématiques ont pourtant peu d’importance en regard de la dimension symbolique de ces dates.
Le 28 février.
J’arrive à Taïwan un jour qui, pour l’île, est très particulier. Les taïwanais appellent ce jour le 2/2/8. Cette date commémore la terrible répression subie par les habitants de l’île le 28 février 1947, de la part du gouvernement chinois qui avait repris aux japonais la souveraineté sur Taïwan après la défaite de 1945.
Cette date marque l’instauration de la loi martiale, qui constituera le régime militaire et dictatorial jusqu’en 1987...
Taïwan est une île grande comme la Suisse, qui se trouve à 150 km des côtes chinoises, en face de la région du Fujian.
L’île fut d’abord peuplée par des aborigènes venus des Philippines semble-t-il. Ensuite, des habitants de la province chinoise du FuJian, du peuple Minan (Peuple du Sud), vinrent peupler la côté ouest de l’île. Grâce à la résistance des aborigènes et des populations chinoise, et à cause du climat, les tentatives de colonisations occidentales et japonaises ne réussirent jamais longtemps. Au XVIIé siècle, les Hollandais tinrent le sud de l’île pendant une quarantaine d’années avant qu’un pirate Chinois, connu des occidentaux sous le nom de Koxinga, reprenne l’île aux Hollandais. Koxinga était un fidèle de la dynastie des Mings, renversée par les Qing, qu’il voulait combattre. Mais ces derniers eurent raison du petit Etat que le pirate avait fondé sur l’île, et qui constitua un précédent dans le destin de Formose, à être le camps retranché des dissidents de la Grande Chine... Avec un bonheur jamais vraiment durable.
En tous cas, les différentes dynasties chinoises n’ont jamais vraiment administré l’île, qui s’est trouvée peuplée par des Chinois indépendamment de tout projet de colonisation organisé. C’est même sous l’impulsion des Hollandais au XVIIé siècle que les habitants du Fujian, vinrent s’y établir en nombre, et constituer cette population qu’on appelle aujourd’hui les taïwanais, et qui parle le Minnan. Taïwan était donc délaissée par les gouvernements chinois, comme une zone grise, comme dit Jean Pierre Cabestan, un confin maritime... Après une tentative de colonisation par la France, au cours de la guerre de 1884-1885, l’île fut prise par les Japonais à la fin du XIXé siècle, au moment du traité de Shimonoseki, après leur victoire sur la Chine. L’île était donc devenue une colonie japonaise[1].
La colonisation française en Algérie avait été un des modèles pour l’armée impériale dans la tâche de civilisation qu’elle s’était donnée. Durant cinquante ans, jusqu’à la reddition de l’Empire du Soleil Levant, les Taïwanais apprirent à être japonais.
C’est en se sentant « japonais » que, peut-être la première fois, les Taïwanais imaginèrent pouvoir être Taïwanais... Si certains avaient été engagés dans la guerre mondiale sous la bannière japonaise, et s’étaient effectivement sentis japonais, quand la Chine récupéra l’île, les Taïwanais eurent d’abord le sentiment de revenir dans ce qui pouvait constituer pour eux une mère patrie – pourquoi pas ? Cela n’empêchait pas la population d’éprouver un attachement ambigu pour leur ancien occupant, qui avait construit des routes et alphabétisé les population en corollaire de la sévérité brutale de son occupation... Aujourd’hui encore, en réaction à la gourmandise chinoise, une part de la société taïwanaise vit tournée vers le Japon. Et pour certains, le japonais est comme une troisième langue nationale. Est-il possible que ce soit dans cette tension entre ce qu’on n’est pas, et ce qu’on n’est pas, que s’invente une identité positive?
Dès l’arrivée des troupes chinoises en 1947, les Taïwanais se trouvèrent pris dans un jeu de comparaison, dans lequel la sévérité de la domination nippone se trouvait compensée par les « bienfaits » qu’elle apportait : les routes, l’alphabétisation, une administration tatillonne mais efficace... Alors que l’armée chinoise brillait par son désordre, sa rudesse et sa pauvreté.
En 1947, à Taïwan, la population locale a déchantée devant la cruauté et l’injustice du gouverneur placé par Chang Kaï Chek. Et le 28 février, une rixe oppose Taïwanais à Chinois. Les Taïwanais se révoltent et de nombreux chinois sont tués. Le gouvernement du Kuo Min Tang réprime sans pitié les protestataires et met en place un régime d’exception, au détriment des Taïwanais. Ainsi, ce sont les Chinois qui ont tracé la ligne de partage entre qui était chinois et qui était Taïwanais... Ce sont les événements qui constituent la toile de fond du film de Hou Hsiao Hsien La Cité des douleurs.
Sur le continent, le gouvernement de Chang Kaï Chek qui régnait depuis Nankin allait de son côté se montrer suffisamment injuste et brutal pour soulever le peuple aux côtés de l’Armée Populaire de Libération de Mao.
En 1949, Chang Kaï Chek est vaincu par les communistes et se replie sur l’île de Taïwan avec son armée et la bourgeoisie. Soutenu par l’Amérique, le Guo Min Tang se donne pour but de reconquérir la Chine. L’histoire ne se passera pas comme ça.
Depuis, il règne dans le détroit de Formose un état de tension qui fait partie des zones de conflit les plus dangereuses de la planète. Pour un Etat si petit, l’armée taïwanaise dispose d’une puissance paradoxale, soutenue par les américains et le Japon. Au fur et à mesure de la montée en puissance de la Chine, dans la deuxième moitié du vingtième siècle, Taïwan a perdu le soutien inconditionnel américain et international. Cela s’est traduit par la perte de son siège à l’ONU en 1971, occupé par la Chine. Les grandes puissances n’ont pas envie de l’indépendance de Taïwan, parce qu’elles n’ont pas intérêt à froisser la Chine. Tout le monde, sauf les Taïwanais et les Chinois ont intérêt à l’éternisation du statu quo. On a parfois envie de penser que c’est cette situation en porte à faux, dangereuse comme sur le fil de la lame, qui a donné naissance à la nation taïwanaise. Nation particulière, parce qu’elle n’a pas encore vécu l’état de nation, mais qu’elle est passée maître dans le mode de vie post-national...
Et aujourd’hui, ou plutôt demain, après les JO de Pékin, il est probable que Taïwan redeviendra une province chinoise. Une province spéciale, non seulement autonome, mais en plus originale, une partie de la Chine et non pas le pays dont rêve cette partie de la population taïwanaise à qui les événements accélérés de l’Histoire ont donné le sentiment que, oui, d’une certaine façon, ils pouvaient constituer une nouvelle nation dont enrichir le monde...
[1] Les passages sur l’histoire et la politique de l’île qui sont soulignés par les italiques constituent le discours que nous avions sur ces éléments au moment T que nous évoquons. Ces faits sont parfois erronés ou pas tout à fait conforme à la vérité historiques que des spécialistes impartiaux reconnaissent. Néanmoins, il nous a semblé nécessaire de respecter la version que nous avions à tel ou tel moment, dans la mesure où elle renvoie à celle de nos interlocuteurs. La plupart du temps, il faut spécifier que la version initiale que nous avons de l’histoire de l’île est celle de notre amie Yin Xiang Doll qui sera présentée plus tard, dès notre arrivée à Kaohsiung, et qui joue un rôle non négligeable dans notre récit. Nous ne visons pas une vérité surplombante, donnée comme vérifiée, mais plutôt à traduire l’instabilité des conceptions et des visions, et la façon dont elles sont déterminées par les engagements de chacun dans ce que Pascal appelait le Siècle. Il appartient à d’autres que nous de faire le ménage. De notre côté, nous cherchons le désordre qui règne entre les fictions et le réel. Car une part de l’avenir s’y joue.
12:39 Publié dans Taïwan | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : tibet, chine, taïwan, amour, voyage, littérature, art




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