01/04/2005
La Condition (humaine) de l'objet
Ebauche
d’un compte-rendu
de la biennale de design
de Saint Etienne 2004 –
DESIGN :
Condition Humaine de l’objet
Quel contexte rassurant qu’une exposition de design…
On pénètre dans un univers de mille soins prodigués à des objets inventés pour prendre soin de nous...
Nous nourrir, nous habiller, nous couvrir, nous laver ; nous rendre beaux, vivants, heureux et moins sales…
Il y a même quelque chose de profondément maternel dans la personnalité de cette atmosphère qui, si elle était moins colorée, moins légère et moins élégante, nous ferait penser au caractère d’une toute autre créature féminine :
l’infirmière…
Le ventre du design – matrice et estomac
Cette année, l’exposition d’accueil de la biennale de design de Saint Etienne se déroule dans les hangars du parc Expo. Sous le toit de zinc, charpenté de tubulures peintes en vert, un premier plafond de grilles supporte des rampes de néon, comme dans les supermarchés. Des séries de projecteurs ponctuels ont été mêlées à cet éclairage naturel des lieux commerciaux. Une galerie supérieure longe les murs et surplombe l’espace d’exposition moquetté d’un rose fuchsia électrique qui invite à une ballade entre des stands étiquetés pays par pays. C’est donc un voyage à travers les objets du monde que nous sommes livrés, comme Pinocchio dans le bas-ventre de la baleine… Les sons de la foule des visiteurs, feutrés et répercutés, nous inondent d’un bain amniotique.
Et c’est dans un espace utérin géant que nous avons été avalés, avec des centaines d’autres citoyens engagés dans une phase régressive qui nous ramène au stade de spermatozoïdes et d’ovules, chargés de retrouver dans le bain de la nouveauté de l’ère des masses, la puissance de fécondation qui nous rendra à une nouvelle vie individuelle à la fin de la visite.
Dans mille images, nous aurons reconnus notre humanité traitée par les designers et les usines de façonnage et d’assemblage, et cette année, notre humanité est gaie, pleine de couleurs primaires, vives et ludiques. Elle a des allures de jouet d’enfant en plastique. Nous prenons conscience avec mélancolie, comme de nombreux designers en ces temps troublés à l’échelle mondiale, que lorsque l’ère du pétrole aura passée et que les hommes se déchireront pour une gorgée d’eau contaminée, les jouets à base d’hydrocarbures prendront la valeur nostalgique qu’ont pour nous les jouets en bois...
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31/03/2005
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L’objet-image contre l’objet producteur de parole…
Comment se fait-il que le design offre aussi peu de prise sur la pensée esthétique ? Sur la mienne en tous cas... C’est que trop souvent, l’objet dit tout, donne tout… On peut écrire à son propos, en terme d’images et de descriptions laudatives, ou bien sous l’angle de la critique politique, psychologique et sociale, mais toujours sous l’angle du symptôme pathologique : comment inventer un ordre de discours qui s’appliquerait à la juste place du design.
Le design nous interroge sur le rapport qui existe entre les objets et la parole. Une des choses qui caractérise l’objet, pour l’être humain, c’est qu’il est un support de paroles… Lorsque l’objet est une image, la parole se trouve face à un système qui la concurrence. Qui la met en danger. L’image n’est pas un support de parole, sauf en tant qu’objet. Ce n’est pas vraiment la photographie des ancêtres qui occasionne les récits, c’est l’objet lui-même du papier jauni et de l’impression qui passe… L’image des ancêtres a plutôt tendance à nous faire perdre la voix, d’abord parce que plus nous en parlons, plus nous nous rendons compte que nous ne les connaissons plus, depuis qu’ils ne sont plus là pour dire leur présence… Et le design a souvent tendance à faire basculer l’objet, le simple objet utilitaire, dans le territoire de l’image. Et souvent, malheureusement, les designers semblent oublier qu’il y a des lois de l’image aussi sévères, sinon plus que celles que doit affronter l’ingénieur ou le moraliste.
Le design nous aidera-t-il à déterminer ce que c’est qu’une image ?
De quoi l’objet utile peut-il bien s’être fait l’image ?
Un tire-bouchon en forme de bonhomme… Celui-là même qui permet d’évoquer le général de Gaulle est traité par Anna G et Sandro M de façon à figurer explicitement une figure humaine. Qu’est-ce qui change dans le fait que la poignée soit designée en forme de tête, stylisée comme un Playmobil à tête de Toto ? L’objet dit tout : c'est-à-dire qu’il souligne la forme de l’être humain par une insistance sur le visage, alors que le jeu des bras suffisait, et rendait l’objet infiniment mystérieux ; en outre, le traitement du visage reprends une esthétique figurative schématique et explicite, comme celle du logo : les détails sont bavards, contestent l’effort d’imagination et surtout, la charge politique dont la tradition avait chargé l’objet.
En tous cas, le principe consiste à dire tellement la poésie, que l’utilisateur n’a plus rien à dire dessus… En fait, un tel objet ne pourra susciter une parole qu’après avoir été acheté, offert, échangé ou perdu, transmis, retrouvé ou même cassé ou détruit… Après avoir été touché par la vie imprévisible, « indesignable » des êtres humains sans visage…
Dans son premier article de sa Petite philosophie du design, Flusser évoque la racine commune des mots « design » et « dessein », révélant que tout design est intention… L’objet industriel designé, comme les produits d’artisanat des siècles passés, voire les créations de la nature elle-même, (si l’on veut évoquer la présence d’une intention latente du réel), les objets donc, constitueraient les manifestations d’une intention… Lorsque les designers s’attaquent à la figure humaine, il faut qu’ils soient bien conscients qu’on n’évoque pas une intention derrière l’humain sans toucher à la zone dangereuse du Divin Créateur…
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28/03/2005
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Le logo humain…
PlierCouperDécouperDéplierCollerRecoller
A
c
colerDécollerEncollerBricoler
ConstruireReconstruireSurconstsruireSousconstruire
AconstruireDéconstruireFabriquerDéfabriquer
BriquerImbriquerRebriquer
RécupérerUtiliserAbandonnerMonterDémonterRemonterAssembler
DésassemblerSouderDéssouder
CoudreDécoudreRecoudreTricoterDétricoterFiler
Défiler Surfiler Sousfiler Agencer Clouer Dé clouer
On peut parfois penser qu’une expo de design c’est l’avant-garde ou l’antichambre du supermarché, comme un grand Ikea sorti en avant première… On pourrait d’ailleurs imaginer la visite d’un hypermarché comme celle d’un musée, où il s’agirait d’apprécier des paquets et des emballages, et élaborer les prolégomènes d’une véritable esthétique du conditionnement.L’exposition de cette biennale refait le coup de la caverne, dans ce hangar utérin : la caverne à l’ère post-industriel… Coupés du jour et éclairés au gaz néon, nous déambulons parmi les objets nés de la tête de l’homme. Nés du cerveau humain mais réalisés par des machines, car la main humaine est aujourd’hui assistée par les organes du robot. Les êtres que nous croisons sont faits d’une chair qui semble n’être que l’ombre diffuse des tire-bouchons à visage de logo humain…Les visiteurs que je croise entre les allées, et dans les yeux desquels je me vois passer, comme une ombre émerveillée parmi les ombres émerveillées, me semblent être d’étranges combinés, des pantins cousus à partir de vêtements qui portent des visages… Et nos visages tournent dans la lumière comme agis par un logiciel d’exposition, déployant leur volume et l’insignifiance de leurs traits. Les modules corporels se croisent, objets entre les objets, et à travers les vêtements, est-ce que je perçois la chaleur animale des corps ? J’imagine un instant que Saint Etienne fût une station de nudisme, (si la ville avait été déplacée sous d’autres climats, ou si les conséquences du réchauffement de la planète avaient fait monter la méditerranée jusqu’aux pieds du mont Pilat…) Les visiteurs à poil constitueraient-ils une masse humaine plus réfractaire que les visiteurs habillés à leur confusion avec des matériaux artificiels et des traitements virtuels ? En me découvrant au détour d’un miroir, et en imaginant cette foule de nudistes constituée d’objets humains designé comme je le suis, je chasse cette idée qui restera sans réponse et je poursuis ma visite, en constatant qu’une vague de naturisme parmi mes semblables, au milieu de ce temple de l’artificialité, ne serait pas nécessairement un événement souhaitable…Je croise entre des objets dont on ne devine pas la fonction, un homme qui semble se promener pour faire une démonstration de son étrange fauteuil roulant, aux roues inclinées d’une façon redoutable : vers l’extérieur, à 90 degrés… C’est lui-aussi un visiteur, mais son corps est prolongé par un outil de déplacement, au service duquel il s’est mis, corps et âme…
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24/03/2005
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La Beauté et la main humaine
Les visiteurs ne manquent pas de s’exclamer tantôt sur la beauté de tel ou tel objet. A quelle constatation cette exclamation répond-elle ? Est-ce pour affirmer la possibilité effective que la Beauté soit descendue dans ces objets produits par l’industrie et non par la main de l’homme ? L’industrie, c'est-à-dire diront certains, la matérialisation la plus parfaite de l’usine mentale de l’homme… La Beauté, la grande Beauté, qui sauve le monde, et l’homme, et même les dieux, peut-elle aujourd’hui se passer de la main de chair et d’os de l’homme, et se communiquer directement de son cerveau à la matière ?
D.H. Lawrence, l’auteur censuré, qui interrogeait le scandale du corps dans la société occidentale, écrivait dans les années vingt, dans Femmes amoureuses :
« Il avait son plan d’existence, maintenant : développer sur la terre un système immense et parfait où la volonté de l’homme courrait continûment et sans entraves, sans connaître le Temps, comme une divinité en marche. Il lui fallait commencer par les mines. Les termes du problème étaient posés : d’abord la Matière résistante du sous-sol, puis les instruments de sa soumission, instruments humains et métalliques, et enfin, sa propre volonté, son propre cerveau.
Il faudrait accorder merveilleusement des myriades d’instruments, humains, animaux, métalliques, cinétiques, dynamiques ; fondre des myriades de petites individualités en un tout immense et parfait. Alors, en ce cas, la perfection serait atteinte, la volonté du Très-Haut serait parfaitement réalisée, car l’humanité n’était-elle pas opposée d’une façon mystique à la Matière inanimée, l’histoire de l’humanité n’était-elle pas, tout juste, l’histoire de la conquête de la seconde par la première ? »
Et nous sommes peut-être passés au-delà de ce « plan d’existence »…
20:25 Publié dans Design | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
23/03/2005
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L’art est sans dessein/design
Et si l’enjeu du design était : comment libérer l’objet industriel de sa dimension d’objet transitionnel ; comment faire s’échapper les produits de la société de consommation du règne des joujous trompe-la-mort ? Il faudrait mettre en cause la fonction première du design actuellement, qui réside souvent dans l’efficacité commerciale de l’objet...
Ce qui distingue une œuvre d’art d’un objet de design me semble résider dans le fait qu’on peut être heureux de l’existence d’une oeuvre d’art, sans même imaginer qu’on puisse la posséder… Comme un corps, le corps d’un être humain… C’est là où l’art touche à l’amour. L’objet de design qu’on ne possède pas, nous rendra au pire un peu triste, et au mieux assez indifférent à son existence ou à son inexistence, à moins d’être un spécialiste intéressé à la question de l’évolution de ce domaine. Mais le commun des mortels n’oubliera pas l’émotion ou les interrogations dans lesquelles une œuvre l’aura plongé…
En fait, il ne s’agit pas de poser la question de savoir si le design est de l’art ou non. L’art ne répond pas aux mêmes contraintes que le design, tout le monde le sait, et si les domaines peuvent se recouper ils sont bien distincts. En revanche, il n’est pas inutile de se demander dans quelle mesure le design échappe à la simple décoration et peut toucher à des zones sensibles de la psyché…
Ce n’est pas un hasard si c’est précisément la jeune fille qui écrit ses rêves dans un cahier pour s’en libérer, qui a été fascinée par le matelas, qu’on pouvait ouvrir et fermer, déplier et agencer comme une cabane… Elle n’a regretté qu’une chose : qu’il fût interdit de jouer avec, d’essayer l’objet… Le designer avait communiqué à l’objet industriel la puissance d’un lieu symbolique, le transformant en enceinte protectrice, appel au sommeil et à la paix d’un repos protégé des songes effrayants ; ou bien peut-être au contraire, ce qui a attiré la jeune fille, c’était la possibilité de découvrir la clé de ses cauchemars cachée dans le fonctionnement de cet objet insolite et magique…
En tous cas, voici un objet qui ne fut pas innocent, et dont l’efficacité ne résidait ni dans la beauté, ni dans l’usage, mais dans la justesse avec laquelle sa métamorphose répondait aux ambiguïtés du phénomène du sommeil, qu’on considère habituellement comme un état passif du corps, et que la mobilité ludique du matelas révélait dans toute sa vitalité tellurique…
Egaré entre des stands étranges, présentant des jardins intérieurs, installés autour de plaques de gazon découpées à même la pelouse, j’assiste à la manière précautionneuse dont un vieil homme viendra s’asseoir, comme on s’échoue, sur une très belle chaise dessinée par un designer célèbre…
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22/03/2005
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Le design - Du plaisir à la réalité
Les gens qui travaillent à l’embellissement du quotidien… Ou à son esthétisation. La différence résidera dans le fait que l’esthétisation opère une tromperie, par l’illusion du beau. Alors que le beau en design, dans la perspective du fonctionnalisme, semble renouer avec les catégories platoniciennes : ce qui est bel, et juste, et bon… L’embellissement du quotidien participe en revanche d’un véritable art de vivre.
Le design agit sur le principe de plaisir. On pourrait le définir comme une entreprise de transformation du principe de plaisir en principe de réalité… Et effectivement, le design peut agir littéralement sur l’appétit…
La galerie supérieure est consacrée au café. On y voit exposées des cafetières de toutes les époques, des biscuits de tous les genres, des paquets de tous les pays, mais aussi des tasses sous verres, décorées, moulées, fondues, façonnées par les plus grands designers de toutes les époques et de tous les pays. On peut goûter au café gratuitement et il y a même un endroit où les déchets du café sont exposés : filtres, marc, gobelets, paquets vides, une poubelle dont l’odeur échappe à tout design et revendique sa nature de produit indéterminé d’un mélange de choses consommées… Dans ce lieu consacré aux outils destinés à prendre soin de notre corps, cette poubelle nous rappelle ce qu’est aussi un corps, lorsqu’on le laisse à l’abandon…
Lorsqu’on s’engage sur la galerie qui présente des centaines de tasses de couleur rangées verticalement le long de plaques de plexiglas ajourées et tenues par des câbles, on se demande quelle étrange civilisation a façonné ces étranges êtres humains adultes dévorés d’intérêt pour ces objets qui servent à boire un liquide noir, amer et excitant… On pense à l’histoire du monde, qui a laissé un jour les occidentaux débarquer dans les terres d’Amérique pour y découvrir ce grain qui recouvrira le monde de son parfum, de ses enjeux et de ses guerres. On pense au tabac, qui accompagne le café, et au pétrole qui partage, de ces deux substances, la couleur et la capacité combustible…
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21/03/2005
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Un sur-moi politique du design ?
En plus de la tendance à l’enfantillage, (ce retour rassurant dans le paradis perdu qu’Eisenstein analysait comme constitutif de l’idéologie américaine, à travers Walt Disney ou Charlot), on constate une tendance plus grave du design à déplacer l’évidence dans les rapports qu’on peut avoir à la matière ; comme une obsession de l’apesanteur : donner l’impression que ce qui est lourd ne l’est pas, ce qui est sombre ne l’est pas, ce qui est opaque ne l’est pas. Comme si en plus de tendre à faciliter la vie, le design se sentait aussi investit de la mission de pacifier… Les processus mis en œuvre en viennent à opérer une véritable métamorphose sur les objets usuels, allant jusqu’à donner envie de modifier les noms par lesquels on les appelle : ainsi les pots de fleurs à force d’être suspendus deviennent à nos yeux, de véritables bulles à fleurs…
Et que dire de ces petits bonshommes en fil de fer enfermés dans des capsules de verre soufflé, suspendus à des filins d’acier ? C’est le design qui fait oeuvre de déco plus qu’il ne produit un objet utilitaire. Mais ce qui maintient au seuil du domaine artistique cet objet, (inutile et joli, comme une œuvre d’art), c’est que la potentialité symbolique et représentative de ces mobiles de figures humaines captives de bulles en verre est neutralisée. Pourtant, ne nous présentent-ils pas encore une fois une image de notre humanité errante dans ce hangar peuplé de trucs et de machins, de merveilles, d’anges de polyester et de démons de verre ?
Certains discours sur le design se retranchent derrière des arguments empruntés à la morale politique, écologiste ou altermondialiste. Comment se fait-il que ces discours sonnent toujours un peu faux, faisant malheureusement penser à la récupération par les publicités de Jacques Séguéla pour Carrefour, des slogans des manifestations contre le G8 ou le rassemblement du Larzac ? Y aurait-il une incompatibilité entre le design et la responsabilité politique ? Le design ne nécessiterait-il pas d’être absolument décomplexé vis-à-vis du fait qu’il est l’ornement du luxe à l’échelle des masses ? C’est étrange de constater que, (depuis le 11/09 peut-être…), le design semble gagné par le sur-moi politique qui encombre depuis longtemps d’autres arts, (le théâtre par exemple)… Quand les parures et les fantaisies se cachent, c’est mauvais signe pour la civilisation. Le design ne doit-il pas au contraire revendiquer fièrement sa nature de faire naviguer les valeurs du luxe au confort, et vice-versa…
Pourra-t-on jamais produire un couteau qui coupe bien, et qui ne fait pas mal ?
Est-ce à dire que le design agit seulement sur les centres nerveux du consommateur et non sur l’âme du visiteur ? Quelle étrange question… Du moins pourrait-on, et faudrait-il – dans une perspective morale - mais n’avons-nous pas dit que le design devait tendre à une certaine amoralité ? – que les maîtres d’œuvre du design gardent présent à l’esprit la fourche entre laquelle leur art est le plus intense : l’objet tend à se faire image dans un monde d’image, (c'est-à-dire qu’il répond aux terribles lois de la représentation) ; mais aussi : l’objet appartient au monde, doit s’y inscrire et même le modifier… Peut-on espérer donc qu’il ne s’agisse pas de course à l’originalité, mais d’une attention aiguë au réel - le réel concret autant que le réel imaginaire ?
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