26/05/2005

Les arguments du OUI...

Il y en a qui avnacent encore ces arguments trois jours avant J... A moins qu'il aie raison...

"Hmm... Je crains qu'on se plante tous...

Je ne mets pas en cause les bonnes intentions des Nonistes, mais je vois surtout
les anglais néolibéraux qui se frottent les mains, leurs lobbies auront remporté
une victoire majeure si le traité est rejeté: plus de possibilités de lois
sociales sur le travail avant un bon moment. Et si le traité est renégocié, il
le sera en faveur d'un plus fort libéralisme (porté par les nouveaux pays de
l'est... Ne pas oublier que la teneur sociale du traité a été imposée par la
France et l'Allemagne. Une fois décrédibilisée, la France ne sera plus en
mesure de peser à nouveau en faveur des contenantes progressistes du traité).

J'en vois d'autres qui ricanent... Les américains et les politiciens populistes
français...

(soupir)"

Un Italien dit NON


Pour ceux qui craignent encore le qu'en dira-t-on de nos voisins européens, le Spoutnik Dog vous livre le mail d'un ami italien, metteur en scène de théâtre, pour ceux qui veulent connaître son univers professionnel. Autant dire qu'il se fait l'écho de ceux qui ailleurs attendent un NON de "nous autres, français," comme eût dit le vieil ennemi, Bernanos...

"Chère X,

D'abord laisse moi te dire quel plaisir m'a fait ton mail. Je suis tout à fait d'accord avec toi que les hommes politiques (oui et non confondus) français sont en train de utiliser ce referendum à des fins culinaires.

Mais il ne faut pas se laisser prendre en otage par leur cuisine. À mon avis le débat qui c'est installé entre les partisans du oui et ceux du non (je parle de la base) c'est quelque chose de positif. Je me suis dit : encore une leçon de démocratie de la part de la vieille France. Eh oui, car malgré tout il y a débat, il y a prise de position, et beaucoup de gens se sont intéressés pour la première fois à la politique et à ce que les dirigeantes décident pour eux et a à leur place.

Les discussions, parfois enflammées, qui ont caractérisée la campagne de ce référendum me laissent espérer un nouvel souffle à l'engagement. C'est de notre responsabilité ( c'est à dire de ceux qui n'ont jamais abandonné l'engagement) à ne pas laisser tomber ce nouveau désir de prendre part à la construction de son propre destin politique. tenir envie le débat après l'échéance électorale.

Nous en Italie on n'a pas eu droit à aucun débat et un acte grave comme l'approbation des règles du jeu de la Future Europe, ils nous l'ont fait passer au dessus de nos têtes comme un simple acte administratif. Eh bien non! il ne s'agit pas d'un acte administratif, ce n'est pas une simple réorganisation des traités précédents, c'est un acte lourd de conséquences pour nous et pour les générations à venir.

Moi personnellement - après avoir quand même analysé le traité en entier et participé à de séminaires du oui et du non, je pense que ce traité est une piège : une fois approuvé sera très difficile à renégocier (article IV -443) et je ne comprends pas ceux qui disent acceptons-le pour les infimes amélioration qui contient pour le renégocier après. Il s'agit d'un vrai programme politique - celui du libéralisme- à qui par ce traité on donne une force de loi. Une constitution qui mets au centre de ses objectifs fondamentaux la concurrence, je cite: un marché intérieur où la concurrence est libre et non faussée - ( article 1- 3 -2 ) ne peut pas être la mienne. je ne
veut pas entrer dans le détail de tout ce qui cloche dans ce traité, mais surtout j'ai horreur de ce mot- concurrence- et de tout l'univers qui va avec. Pour un vieux baba comme moi le droit de l'homme à
vivre en paix et amour doivent être basé sur autre chose que la concurrence. La Concurrence produit un guerre où les morts et les blessés sont ceux qui n'ont pas la force, la ruse, où tout simplement l'envie de concurrencer , d'écraser l'autre, de s'enrichir en lui faisant concurrence. On les voit, des centaines, voire de millier -
ici à Paris tout les soirs , dans plusieurs endroits demander un bol de soupe au différentes associations humanitaires. je n'ai pas envie de ce monde là. Il ne me plaît pas.

Si pour l'instant on n'as pas la force de changer le monde, lassons nous au moins la possibilité de le changer un jour. Ce pour ça et pour d'autres mille raisons encore que si j'avais la possibilité je dirais NON à ce traité. Je crois, en plus, que le NON de gauche peut faire démarrer un mouvement qui ne doit pas s'arrêter là, et c'est pour ça que la plus part du mouvement alter-mondialiste est pour le NON (et pas mal d'amis et camarades italiens du mouvements), on commence à dire ya basta! . c'est vrai que l'Europe est un espace culturel et de paix à préserver, mais refuser ce traité là ne veut pas dire non à l'Europe mais NON à ce traité là ( je crois
que c'est bien ça la question qui est posée). Un non qui forcement engage qui le prononce consciemment (hélas ce n'est pas le cas de tous) à s'investir dans la proposition d'autres hypothèses.

C'est pour ça que les dirigeants du OUI a du mal à comprendre ce refus tellement ils sont habitués à décider sans consulter. "Laisser nous faire" . Je crois que la seule question qu'il faut se poser si on a envie de dire NON, c'est comment lui donner suite , quelles formes d'engagement mettre en mouvement. Car le NON ne doit être que un début.

Avec beaucoup d'amitié et d'envie de parler avec toi en présence

je t'embrasse

Y"

23/05/2005

Depuis Maastricht

Un post de notre Observateur Partiel en Chine :


Si on n’avait pas écouté nos clercs, ni Chirac, ni Le Pen n’auraient obtenu les voix d’au moins 33 % des inscrits nécessaires, et le vote aurait été déclaré nul et à refaire. Mais cette solution ne satisfaisait personne, surtout ceux qui souhaitaient se refaire à l’occasion d’une cure d’opposition cool.

Depuis Maastricht (15 ans) on n’a rien fait socialement : toujours plus de chômage et de délocalisations, alors on n’est pas pressé. Et s’il n’existe pas de plan B et bien il sera temps d’y penser.

Le petit Nicolas a des solutions plein les poches : pourquoi ne pas copier ceux qui réussissent si bien dit-il, les Anglais de Tony et les américains de George Double-Voyou Bush. En effet que demande le peuple ? Consommer plus et moins cher.

Quant à l’élargissement n’est-on pas un peu frileux ? Qu’attend-t-on pour accueillir la Chine. Quel marché ! Avec plus d’un milliard d’habitants en Europe les américains auraient l’air de quoi ! Surtout qu’on serait vachement compétitif avec des salaires alignés sur Pékin et des services minimums garantis à la mitraillette.

A propos de la Chine comme nos libéralistes sont touchants de sollicitude à l’égard des pauvres entreprises bousculées par la sacro sainte concurrence ! C’est quand même autre chose que de sauvegarder les emplois des salariés, tous des feignant !

21/05/2005

Suite...

L’homme est un débris, l’homme est un bibelot, l’homme est bidule, l’homme est bien fait, ou tout de travers, l’homme est un tout ou un tout petit bout d’un tout, presque que dalle, l’homme est une pluie, une gerbe de matière, un coup de vent, un glaçon, une feuille de papier, blanche ou déjà noircie de signes, l’homme est un chiffon, un gant, une doublure, un envers ou un endroit, l’homme est sans fond, ou bien à double fond ou encore à tiroir, bref, un drôle de placard, une commode, un four ou une douche, un mur ou un poteau criblé d’impacts, un bûcher, une corde ou une chaise électrique, une lame, alors, sabre ou guillotine, toute une industrie, usine à bagnoles ou atelier de confection, garage ou décharge, casse ou musée, rebref, l’homme ressemble à une marionnette, la marionnette qui raconte l’homme surgie entourée de son essaim de mots qui s’agglutinent à elle, tourbillonnant, et c’est tout autant que chaque corps humain se présente aux autres avec sa cohorte de mots qui essaiment son anatomie, sa gestuelle, ses postures, son habillement, ses coquetteries, son maquillage ou ses bijoux, c’est à dire que les corps des hommes, tout autant que ceux des marionnettes, s’affrontent-ils aussi comme des signes à consommer, comme des poupées de pain, pétries de significations, rassis ou sorties du four, délicieuses ou corrompues, comestibles ou empoisonnées…

Comment sursaute alors ce corps de signes - la marionnette - lorsqu’on lui donne soudain une voix humaine ? Lorsque la marionnette parle, ce à quoi nous assistons, c’est à la découverte de la parole par l’homme, au moment où il quitta le règne purement animal. Autant dire que ça ne marche pas toujours, que c’est souvent grossier, que la créature veut en dire plus que ce qu’elle est capable de supporter sans ridicule. Pour elle commence alors le long apprentissage de l’expression orale, avant même qu’elle ne songe à pouvoir écrire quoi que ce soit…

La fin du politique

1) la diabolisation des NONtistes n'est-elle pas suspectes ?

2) les arguments paranoïaques sur la puissance européenne face à la Chine ou aux Etats-Unis me rappellent la propagande anti-boche menée par les socialistes dès après 1870, ce qui a abouti à l'enthousiasme de 1914. Et ma culture me rend indifférend à l'idée de faire la guerre contre les chinois ou les américains. Je n'ai rien à défendre contre eux. C'est ce qui se dessine à mon avis.

3) Je suis très pessimiste. Et j'ai l'impression que ce sont les derniers sursauts du nationalisme qui se dessinent. J'ai de plus en plus l'impression que pour éviter la catastrophe - je crois que nous sommes dans une situation comme celle de la Yougoslavie au début des années quatre vingt dix, ou l'Amérique de 1861, avant la guerre de Sécession - donc pour éviter la guerre civile à l'échelle européenne, il serait bon de garder encore ces bonnes vieilles frontières, et ces structures nationales quelques temps, histoire de vraiment murir.

Les élections de 2002 ont vraiment divisées les français. Et c'est allé au-delà des clivages droite-gauche. La dialogue républicain s'est teinté de haine. Et depuis, ça n'a pas été traité. Au contraire, le gouvernement a accentué toutes les crises ; précarités et fracture sociale, minorités et communautés, sécurité et répression.

J'en suis donc au point où je me dis que l'accélération que les élites et les décideurs veulent faire subir aux peuples est prématurée.

Mais cette histoire nous met peut-être face à la fin du politique, car il est très difficile d'avoir des informations convaicantes et fiables, tellement elles vont vite. Ou peut-être le politique doit-il enfin faire face à la complexité...

20/05/2005

Suite...

« Les formations sauvages sont orales, vocales, mais non pas parce qu’elles manquent d’un système graphique : une danse sur la terre, un dessin sur une paroi, une marque sur le corps sont un système graphique, un géo-graphisme, une géographie. Ces formations sont orales précisément parce qu’elles ont un système graphique indépendant de la voix, qui ne s’aligne pas sur elle et ne se subordonne pas à elle, mais lui est connecté, coordonné « dans une organisation en quelque sorte rayonnante » et pluridimensionnelle. (Et il faut dire le contraire de l’écriture linéaire : les civilisations ne cessent d’être orales qu’à force de perdre l’indépendance et les dimensions propres du système graphique ; c’est en s’alignant sur la voix que le graphisme supplante et induit une voix fictive). Leroi-Gourhan a admirablement décrit ces deux pôles hétérogènes de l’inscription sauvage ou de la représentation territoriale : le couple voix-audition, et main-graphie. Comment fonctionne une telle machine ? Car elle fonctionne : la voix est comme une voix d’alliance, à laquelle se coordonne sans ressemblance une graphie, du côté de la filiation étendue. Sur le corps de la jeune fille est posée la calebasse de l’excision. Fourni par le lignage du mari, c’est la calebasse qui sert de conducteur à la voix d’alliance ; mais le graphisme doit être tracé par un membre du clan de la jeune fille. »
Gilles Deleuze et Félix Guattari. L’Anti-Œdipe. 1972/1973.

19/05/2005

L'Europe du 21 avril

J'en arrive un peu à ça aussi, me dire que le NON s'exprime sera inutile comme tout ce qui s'exprime l'est, mais en même temps ne l'est pas. Je veux dire que le NON de toutes façon, j'en suis sûr, va développer une force incroyable qui servira au moins à repousser le temps des émeutes en soulageant la rage. Et le temps de paix que ça va dégager sera encore l'occasion de travailler.

En tous cas, d'accord avec le fait que la peur de ce que la terre s'arrête n'est pas à l'ordre du jour tant que ce ne sont pas les extarterrestres qui arrivent. Il n'y a rien à perdre à les foutre dans les merde quand ils ne cherchent pas à nous en tirer. Le pire, le chaos, n'est pas à souhaiter. Je hais l'idée de vivre une révolution. Mais ce qui arrivera arrivera. En tous cas, il faudrait se réveiller avant le coup de battoir terminal parce qu'on oublie un peu vite le coup du 21 avril. On avait évité le face à face entre les français et les points de vue, et la suite n'a pas vidé les abcès démocratiquement comme il aurait fallu le faire. Au contraire. A cela s'est ajouté le putain d'embrouillamini des enfant de l'immigration et de la décolonisation. Tout ça pue et il va falloir y faire face.

L'Europe ne se fera pas sans prendre en compte le sursaut des peuples, même si c'est pour enterrer les vieux peuples, qu'elle garde la mémoire de ce qu'ils avaient de meilleur.

14/05/2005

ONONONO - moins incertain

Quand même, une émission de "Là bas si j'y suis", 50 minutes de temps qui valent le coup : et ça donne envie de voter NON et de se former à l'informatique et à l'agriculture pour pouvoir survivre dans les égoûts de Lyon, dans les années à venir...

http://www.radiofrance.fr/chaines/france-inter01/emissions/labas/

C'est une info de ce salaud de Serge Rivron qui continue son travail bien convaincant d'anti-lobbying

Bon, c'est de la propagande d'ATTAC, d'accord, mais quand même... Il faudra au moins une intervention bien débile de Marine sodomisée par son père pour que je revienne sur mon envie de NON...

Moins incertain...

D'autres notes sur l'affaire E-ROPA, au fil des interrogations

Bestiaux humains

Dans cette Europe qui se fait de toutes manières et de cette manière, hors du OUI ou du NON, face aux entreprises multinationales qui entreprennent la post-prolétarisation des bestiaux humains, comment on crée les zones d'ombres ? Comment on livre son corps en leurre, pour sauver son âme ? Ou bien faut-il défendre le territoire du corps... Le peut-on ?

Déluge et arche de Noé

J'espère un OUI qui prenne en compte un NON et un NON qui interroge vraiment le OUI.

La gauche n'entend plus rien. La droite avance plus vite. Lesforces tribales d'extrêmes droite sont plus fortes que les forces familiales de l'extrême gauche.

Voter NON si personne de sérieux ni de potable ne porte cette force, certes, hors de question; voter OUI, peut-être non plus puisque en mon âme et conscience, quand même, Giscard et sa façon de réaliser les idées de gauche, je ne peux pas. Blanc, c'est fuck you, je me déplace, mais fuck you, en Anglais, langue de communication internationale, bien clair, et bien européen. Par ailleurs, avoir mon plan A et mon plan B, si c'est OUI ou si c'est NON, comment survivre et où emporter les quelques livres qui contiennent les rares valeurs qui valent le coup d'être sauvées.

Déluge et arche de Noé.

L'Europe c'est quoi ? Pour éviter les guerres à l'intérieur il faut les déplacer vers l'extérieur. On a l amême propagande anti US ou anti chinoise que les franchouilles d'après 1870 anti-boche. Qui sera de la prochaine guerre ? Souvenez-vous, même Céline, la fleur au fusil, premier dans les tranchées. Vous avez oublié ?

On se fait baiser la gueule.

Je suis pour l'Europe. Mais elle ne passe pas entre la France et l'Allemagne, c'est du flanc néo-nazi. Hitler n'est pas mort dan sson bunker : son ADN a été cloné, chaque hélice servant à pondre d'un côté Chirac et de l'autre Schröder. Vous avez raté le dernier épisode de X-Files.

En fait, l'Europe, la vraie, devait passer entre Paris et Rio de Janeiro. Le destin de l'Allemagne est à Moscou.

L/

13/05/2005

L'optimisme déplacé des altermondialismes

Il y a un optimisme mal placé : un autre monde est possible. Désolé, ça se saurait. Il faut faire avec.

Les données immédiates de la conscience, c'est ce qui constitue le réel. Pas le potentiel ni l'imaginaire.

Il n'y a pas de milliers de choix possibles, il y a ceux que les déterminations des forces en présence rendent possibles. Il faut arrêter de croire que le possible est au-delà des déterminations. On a le choix entre OUI ou NON. Si on ne vote pas, ça n'empêche pas qu'il y aura un OUI et un NON. Et chacun de ces deux choix constitue une énergie qui sera récupérées par les forces politiuqes les plus adroites, sans mauvais jeu de mot. Et la politique, c'est de l'adresse. Je suis étonné qu'à gauche plus qu'ailleurs nous ayons oublié les textes fondateurs. Lénine : le gauchisme, c'est à dire l'irréalisme politique, c'est à dire l'excès d'idéalisme quand il faut du pragmatisme, est la maladie infantile du communisme. Bref, l'altermondialisme comme dépolistisation finale des luttes idéalistes - c'est à dire le dernier pas avant les utopies totalitaires les plus déterminées.

Il ne faut pas espérer qu'il y ait jamais d'écriture collectivement représentative, ni même le souhaiter. L'écriture n'est jamais que le fait de personnes, c'est à dire d'individus qui constituent la pluralité des collectivités. Ou alors il faut espérer un autre medium pour fixer cette constitution. Non pas l'écriture mais un diaporama ou un concert d'électropop.

Tout ça pour dire quoi ? Que voter OUI c'est laisser le "laisser faire" du monde en cherchant comment y survivre ; que voter NON c'est croire qu'on empêche, sans rien empêcher du tout ; que ne pas voter c'est se retirer du jeu, je crois qu'on a le droit, mais il ne faut pas croire que ça va rendre quoi que ce soit "possible". Et quand je dis ne pas voter, j'implique mon idée de vote blanc, puisque ce n'est pas comptabilisé. En tous cas, hors de question de m'abstenir. Quand tout le monde sort porter son papier je trouve très paresseux de rester chez soi. Je trouverai pour ma part que ce serait de l'aristocratisme mal placé. Je préfère la démocratie, même américaine, que les dictatures de Téhéran, de Bagdad ou de je ne sais où. Je trouve que les gouvernemenst et les politiques ne sont pas les mêmes qu'ils soient de droite ou de gauche, et que s'ils sont tous pourris, je n'aimerais pas avoir des hystériques de la pureté au pouvoir - Pascal, le janséniste : Qui veut faire l'ange fait la bête. Mais je parle pour moi, chacun fait ce qu'il veut.

Ma question par rapport au référendum c'est : si la constitution ne passe pas, est-ce que ça accélère ou est-ce que ça ralentit la guerre civile future ? Vu que personne à gauche ne se propose sérieusement pour récupérer l'énergie du NON, je ne vois que la nébuleuse des électrons libres, et quand je regarde les gens autour de moi je pense que les forces d'extrême droite sont plus considérables que celles de l'extrême gauche parce qu'elles ratissent super large, du catholoicisme jusqu'à la droite, et que le racisme est plus fédérateur que l'internationalisme. Donc si le NON l'emporte, je crains que les questions que nous nous posons sur le plus ou le moins de libéralisme de la constitution deviennent des phrases creuses. Les problèmes qui se poseront seront plus en rapport avec ceux du 21 avril qu'avec des questions de vierges idéologiques effarouchées par la réalité du marché. Et il ne s'agit pas d'avoir peur mais d'être conscient des rapports de force. On peut aussi s'en dégager et se dire que OUI ou NON, ce sera de désordre et du pas facile. Mais il faut assumer la position de fuite individualiste à travers le filet des grandes idées et des bonnes intentions, qui n'arrêtera pas la machine pragmatique du business et de l'industrie.

12/05/2005

Suite...

Des boîtes ou de l’homme ?


…mais la marionnette peut-elle être nue ?

Quoi de plus nu
Pour signifier
La nudité de la marionnette
Que la seule main nue ?


Alors
Le signe du corps humain
Est-il devenu la main seule…

Il y a main mise de l’esprit et de la volonté sur l’entreprise marionnettique, tout autant que sur l’entreprise de la vie sociale ou existentielle. Tel est l’acte de concevoir…

Et l’œuvre de pensée que constitue la création d’un spectacle de marionnettes consiste à resserrer au maximum l‘amplitude des deux doigts de l’acte de concevoir - Penser et Vouloir - afin de saisir le fil imprévisible, qui ne sert pas à manipuler les destins mais, tout au contraire, à entraîner la main dans le mouvement du vivant.

Tel est le principe de réversion de la création : tout ce qu’investit le marionnettiste, comme intention dans son pantin, lui revient et le mène.

Qu’est ce que devient l’être humain à nos yeux, lorsque les marionnettistes remplacent leur marionnette par leur main ou par de simples objets ?



En plus des pantins géants ou miniatures, des muppets ou des marionnettes chinoises, nous avons vu surgir la figure humaine de bien étranges manières…


09/05/2005

Suite...

Des petits bonshommes découpés dans de la gélatine d’éclairagiste, debout sur un disque vinyle, éclairés par une petite ampoule pendant qu’ils tournent sur la musique, de façon à ce que leurs « ombres » de lumière colorée, leur projection donc, courent sur la surface des murs. Un petit bonhomme, fait sur le même schéma, (la silhouette marquée sur la porte des toilettes pour hommes, ecce homo…) est taillé dans une bande de terre couverte de gazon. L’homme en herbe donc, l’homme-terre/herbe. A l’autre bout de cette chaîne de représentations qui font penser à l’être humain, où nous sommes passés par des statuettes de terre, de plâtre, des éponges, des punching ball ou des paires de doigts en ombre chinoise, nous avons trouvé des croix. Des crucifix, entreprises littéralement comme des êtres humains, articulées et animées, caricaturaux représentants de la post-modernité ramenés à la condition humaine selon le christianisme. Le cadre supérieur, le militant ou l’étudiante en médecine sont crucifiés sur l’antique croix qu’ils sont chargés de porter. On peut voir là les éléments d’un raccourci entre la vision marxiste des classes sociales et une vision chrétienne de la vanité des vanités. Cette croix mise en jeu est celle de la génération, de la filiation et de la paternité, perpétuation de l’espèce dans le sens d’une mission ou d’une escroquerie cosmique, révolte de la créature contre son créateur et inquiétude du père pour le destin de ses descendants, fils ou fille, chair rejetée, qui a leur tour rejettera son géniteur… « Je fais un fils comme on fait un pantin pour qu’un jour il manipule mon cadavre au bord de la fosse. »

Le bois, dans toute sa corruptibilité, prend valeur de matériau humain par excellence. Et l’on peut jouer avec les croix comme avec des hommes en colère ou des femmes amoureuses, on peut vaincre la croix ou l’épuiser ou danser avec elle ou encore la niquer, prendre un de ses bras et le bercer comme un bébé ou l’épauler comme un fusil, bref, les croix condensent tous les aspects de la vie humaine, de la naissance à… la croix. Chaque être humain se révèle être un Golgotha, une croix dans une croix dans une croix… Le Christ devient le schéma marionnettique suprême, une véritable abstraction de toutes les figures en un seul signe.

Cet exemple, nous permet de mettre le doigt sur un motif récurrent des spectacles : l’échange de rôle entre le marionnettiste et la marionnette, pour figurer le personnage… Ce motif constitue comme le point crucial des questions de l’identification et de la distanciation que soulèvent les arts du spectacle. Mais s’y ajoute ce mouvement du marionnettiste à la marionnette, c'est-à-dire, de l’homme à la figure de l’homme, ou plus largement, de l’homme à l’objet…

Il était une fois l’histoire d’une diva qui, à force de jouer les pantins, avait commencé à se transformer en bois - par la jambe... C’est une histoire un peu dans ce goût-là qu’on nous raconte, en interprétant par des marionnettes un texte qui raconte le destin d’une actrice. Le personnage est alternativement incarné par la marionnettiste et par la minuscule et vivace marionnette chinoise. Ainsi nous parle-t-on d’un être humain qui joue à être d’autres êtres… Ce qu’on apprend au cours de ce spectacle, c’est la dangerosité de ce courant qui fait osciller l’être entre la chose et la personne. De fait, à la fin, la marionnette se pend, une corde autour du cou, comme les désespérés le font au fond d’une grange, et la marionnettiste vient nous demander de nous casser, nous les voyeurs, nous les incapables, voire nous, les sadiques… Le moment où la marionnette se pend est intolérable, car c’est quelque chose de la marionnettiste qu’on violente sous nos yeux, alors que celle-ci est ailleurs, derrière le castelet, à régler les questions techniques du suicide de son pantin, malgré tout, et même si elle ne s’en rend pas compte, et nous sommes là pour le lui dire, la marionnettiste joue avec son image à elle, qu’elle a réduit à la figure lamentable du jouet de bois. Quelque chose dans ces paradoxes de la mise en scène nous a fait penser à une amie qui s’est pendue dans sa cave, face à un miroir déformant, avec autour du cou un panneau où elle avait écrit : « Tcaho pantin »… Nous avons imaginé un instant que, toute à l’organisation de son happening, elle en avait complètement oublié qu’elle mettait en œuvre sa mort. Et c’est sa grimace déformée dans le miroir, au-dessus de l’inscription absurde, qui le lui aura rappelé – cruellement – comme tout théâtre qui quitte le domaine de l’illusion et des projections. Il faut donc parfois mourir pour reprendre pied avec le réel… Mais ça ne marche qu’une fois, n’est-ce pas…

L’art de la marionnette semblerait pouvoir se résumer à prendre soin des choses – de soi-même à travers les choses, et de l’autre, qui est toujours la figure marionnettique du jeu qu’on met en place dans la relation avec lui… La marionnettiste qui enfile ses pieds dans des chaussures d’homme et qui se met à frapper du pied, comme pour faire souffrir les chaussures, elle s’en prend à elle-même, tout autant qu’à la figure du mari que les chaussures évoquent, mais nous ne voulons pas de sa violence envers elle-même. De la même manière, c’est par la délicatesse de ses gestes que la marionnettiste donne à ses pantins articulés les caractères de la vie. Ce sont ces petits pantins qui nous enseignent que l’homme n’est rien en tant que tel, qu’il lui faut un habillage de gestes et le brillant d’éclat de verre de ses yeux, et la parole qui le traverse, pour qu’un homme puisse exister, c'est-à-dire se dresser, entre la révolte et le désir de persévérer à être, se dresser face à sa propre conception, contre le projet qui l’enferme entre les parois utérines des désirs de la société et de ses géniteurs et les limites amniotiques que le temps impose à la chose corporelle...

Après le fils qui s’en prend à la croix, c’est Œdipe remonte à sa mère pour en finir avec le père… C'est-à-dire que ce mouvement de projection de soi-même dans un objet, pour viser à la description d’un universel – en un mot : le jeu de la marionnette - rejoint le mouvement de la personne qui, à travers l’acte artistique, explore la possibilité d’être en-dehors du treillage des lignes de la génération, dans le champ de l’inengendré. Est-ce un hasard si nombre de marionnettistes du groupe sont étrangers, en exil volontaire ?

La marionnette découvre des exils, pourrait-on dire… Comme jeu d’identification, elle nécessite une sorte d’exil hors de soi-même, mais surtout elle requiert un premier exil à l’intérieur de soi-même, sans quoi, la traversée n’est pas possible. La marionnette impose le questionnement vécu de cette inadéquation entre ce qu’on se sent pouvoir être, sans autre limite que son désir ou son imagination, et ce qu’on peut à peine être, joyeusement et pitoyablement...

Et il y a aussi l’exil du marionnettiste hors de la marionnette, la révolte de l’homme contre les trucs, les choses et les machins… On l’a vu avec ce pantin de bois constitué de bric et de broc, la tête usée, le tout dégageant une impression féminine incontestable, que vint avérer la voix enregistrée, diffusée par un appareil électrique… La marionnette, presque grandeur nature est assise au bout d’un système spectaculaire de fils, de poids et de contrepoids, en face du garçon, torse nu, prêt à se glisser entre les fils pour actionner la créature qui nous parle. Mais le garçon ne deviendra jamais la marionnette. Il a coupé le fil de la voix. La voix est peut-être le dernier fil, le fil essentiel, qui anime la marionnette. Même si la voix est murmure, même si la voix est mentale. Mais même mentalement, nous sommes persuadés que le garçon a coupé le fil de la voix de la marionnette puisqu’il l’a donnée à une autre personne chargée de dire le texte enregistré… Et quelle autre personne ! Une jeune fille. LA jeune fille, à la voix mécanisée comme l’est le corps de l’automate avec qui Casanova trouve le bonheur le plus pur de son existence, al valse la plus réussie… Le garçon, car nous ne pouvons plus dire le « marionnettiste », n’a pas joué le jeu d’être le jouet de son pantin : il manipule les fils à distance, par l’intermédiaire de la machinerie qui décharge son corps de prendre soin des membres de la poupée. La marionnette impose habituellement au marionnettiste de devenir autre chose que lui-même. C’est là que se déroule l’expérimentation sur l’être humain. C’est là que la marionnette peut se retourner contre le marionnettiste, et l’animer… Le garçon n’a pas laissé cette chance à sa marionnette, et c’est comme si elle alors, elle, la figure féminine, lui avait imposé de ne pas devenir autre chose, mais lui-même… Ou ce qu’il croit de lui-même être le garçon qui se tient torse nu entre les fils, face à la voix féminine… Il n’a donc pas laissé l’objet jouer le féminin en lui. Abandonnée, la marionnette, à elle-même, au bout de ses fils… Comme un acteur au bout d’un texte, qui ne serait pas redevenu parole…

Le marionnettiste peut-il se contenter de n’être que montreur, s’il veut ne montrer que des parties vivantes aux vivants ? Comment les choses vivraient s’il n’y investissait pas sa vie… C’est le montreur qui fait le monstre, et non l’inverse…

A moins que ce ne soit le texte, non pas son contenu, mais sa nature de texte, c'est-à-dire de parole encrée, qui a plongé le marionnettiste dans le désarroi, provoquant le bug, lui faisant rater, ou refuser, l’exil vers la marionnette… C’est une véritable et profonde expérience effectuée à même l’humanité, qui consiste pour l’homme à se mettre au service de la figurine, et à disparaître dans la figuration sous la forme nouvelle du personnage. L’expérience est dangereuse, on peut en ressortir avec une jambe de bois, ou la voix, ou le coeur brisé... Mais il y a là une histoire de l’amour qui nous sort des écrans de la projection, à travers l’intérieur : au cours de la métamorphose, le sujet est libéré de lui-même et peut se prendre pour objet… C’est là où l’humanité peut se faire projet…

Qu’est-ce qu’un cadavre ? Un corps qu’on n’ose pas toucher. Ou qu’il ne vaut pas la peine de toucher dans la mesure où la vie qu’on lui communiquera ne pourra rien faire d’autre que devenir de l’inanimé. Qui croirait jamais à l’illusion d’un cadavre qu’un marionnettiste macabre aurait l’idée de faire jouer ? Au contraire, on ne jouera jamais qu’avec le corps de son ennemi, faisant bouger le mort pour affirmer sa dé-fonction définitive… Ce n’est pas tant qu’il y ait rien de sacré, c’est seulement que la mort ne s’affirme que dans sa tautologie – où la mort c’est la mort – tant que la conception de l’être humain demeurera celle qui implique d’avoir un corps vivant parcouru de pensée et d’électricité nerveuse…

Dans une petite chambre, un acteur accueille les spectateurs et leur raconte un homme dont on voit la silhouette tracée sur le sol, silhouette entière, forme inversée du schéma humain, sur les murs tapissés de carton, mais aussi traçage d’éléments de ce corps, main ou avants bras sur le sol… L’espace de la chambre lui-même est partagé par des panneaux de cartons dépliés. Le temps du spectacle, l’acteur nous définit un homme en parcourant une série de postures et de mouvements. A la fin, l’acteur constitue un cirque miniature et installe le personnage qu’il a joué jusqu’à présent, et devient pour le coup, marionnettiste. L’intérêt tout particulier de ce solo, dans la perspective de cette étude sur l’échange des rôles entre le marionnettiste et la marionnette, c’est que l’espace, la chambre, a constitué beaucoup plus que le lieu de la représentation, mais littéralement une figure de l’espace intérieur du personnage.

Dans un autre solo, le texte nous raconte une autopsie cannibale de la mère sur son fils. Et la peau elle-même devient un objet marionnettique. On est en plein dans l’évocation de la chose humaine par l’intérieur de son corps, avec encore une fois ce désir de se laisser dévorer par l’organisme géniteur, en espérant le modifier. Et la marionnettiste qui manipule certains de ses éléments de loin, par des systèmes de fils et de contrepoids, viendra à son tour incarner la mère en se glissant derrière un buste, donnant ses jambes gainées de rouge au corps de la mère, dont la tête de modèle pour apprentie coiffeuse agite furieusement la tignasse…Cet association jambes/corps est une autre version de l’engagement de la marionnettiste dans la représentation du personnage, à la limite du jeu théâtral. Cette version évoque le démembrement et la parcellisation du corps, ainsi que la plongée à l’intérieur de l’organisme.

Découvrir ce qu’il y a derrière derrière. C’est à ce mouvement que nous invite les marionnettistes en ouvrant une porte qui ouvre sur une autre pièce, où il va falloir les suivre, avant peut-être qu’elles n’ouvrent encore une autre porte, et ainsi de suite, nous entraînant dans un mouvement d’inclusions successives, parfaite image de ce que constituent les exils de l’identification et de l’interprétation. De pièce en pièce, les murs se rapprochent chaque fois un peu plus des corps, resserrant les spectateurs les uns contre les autres, vers un seul corps qui habiterait l’espace. Les pièces de plus en plus petites, dont l’une d’elle ne contient que le corps de la marionnettiste, définissent de plus en plus précisément le volume d’un corps humain. Aussi, cet usage de l’espace comme manière de figurer l’intérieur du corps humain, se renverse pour en délimiter à nouveau l’extérieur, comme le fera le cercueil ou les parois de la fosse… L’idée qui s’ouvre alors, comme dans ce grenier tendu de draps pourpres, où une autopsie devient une promenade, est celle de l’homme comme une boîte, s’ouvrant sur d’autres boîtes, contenant quoi, alors ?

Des boîtes ou de l’homme ?

Est-ce que l’image d’un homme, avec tout ce qu’elle contient, est une marionnette ?

Pour se replacer dans la perspective de notre question : Quel est alors ce personnage que constituent le marionnettiste et sa marionnette (son image-boîte) ? Le cerveau, avec ses deux hémisphères, serait donc cette boîte contenant du contenant…

08/05/2005

Suite...

Dans une boîte en verre, comme un aquarium, une petite silhouette d’homme dessinée contre la paroi transparente, éclairée en contre-jour. La marionnettiste verse du sable, qui remplit la boîte, jusqu’à composer un bloc compact où il ne reste nulle trace de la figure humaine sinon cette masse cubique, luisante et sombre de sable prêt à se répandre, comme une autre abstraction de la figure humaine, encore plus radicale que la croix, le cube, corps sans organe massé dans ses cristaux de perception, rayonnant vers le monde à angle droit.



Plus il dit qu’il n’est rien, plus l’homme exprime son désir d’être quelque chose, quelque chose comme une cristallisation minérale de l’idée qu’il a de lui-même. Il n’y a pas constat du néant dans la plainte de l’homme, mais plutôt l’aveu de son impuissance à être rien, jusqu’au fond, et en même temps, et surtout, la crainte de concevoir enfin, lucidement, n’être rien d’autre qu’une chose…



Et la dernière « figure » traitée par les marionnettistes est la matérialité typographique, elle-même, évidée dans un support qui laisse passer la lumière, ou projetée sur le corps… Le langage des imprimeurs nous le dit : les lettres ont un corps, et nous ignorons leur sentiments, leurs pensées, leurs rêves et leurs souffrances, comment elles sont écorchées et martyrisées par la voix qui n’a d’autre souci que de les faire éclater… La marionnettiste attentive au texte ne néglige pourtant pas de nous les présenter, dans le silence du regard, dans la douceur de la main, le plus loin possible du sacrifice de la lettre que constitue la profération du théâtre, éclaboussant de sens les murs de la représentation.

06/05/2005

OUI ou NON...

C'est un peu décousu, mais c'est exprès :

Le vote pour le NON me semble cacher un désir de chaos.

Les français risquent de passer pour des gens bizarres aux autres européens - en même temps, on peut se dire que les autres européens se poseront peut-être des questions s'ils voient des gens agirent bizarrement autour d'eux. Depuis quand sommes-nous devenus frileux au point de préférer les personnes conformistes, sages et raisonnables ?

La France est affaiblie sans l'Europe... - En même temps, l'Europe est affaiblie sans la France, donc avec ou sans constitution, l'Europe se serrera les coudes contre les Chinois et les Américains. Quant à la concurrence interne, la constitution n'en préservera pas alors à quoi bon pleurnicher ?

N'est-on pas inondé de faux problèmes, alors que les vrais problèmes résident dans notre capacité à décider que le OUI n'est pas absolument la seule alternative...


En tous cas, voici comment je comprends ce désir de chaos qui accompagne le NON.

Commençons par constater trois choses très suspectes :

- peu de représentativité des partisans du NON dans les médias. (Ca ne cache pas quelque chose?)
- traitement systématique par le ridicule de ces mêmes partisans. (Ca ne cache pas quelque chose ? Alors, l'inanité de cette proposition de référendum...)
- Giscard et le social ? (Dans quelle zone du délire nageons-nous ?)

N'est-on pas déjà là en pleine névrose ?

OUI ou NON,

Puisqu'on nous demande notre avis... Parce qu'on nous le demande. Et c'est plutôt à l'honneur des français que des citoyens se penchent sur un texte comme ça. Au lieu d'être un peu fiers, puisque Chirac nous demande d'être fiers d'être franchouilles, alors soyons fiers de ce que nous soyons le premier pays qui se creuse la tête à la base plutôt que d'accepter cette réputation du français râleur et égoïste que CE gouvernement construit patiemment depuis qu'il a réveillé les vieux réflexes vichystes, avant sa campagne. On a fait des électeurs de gauche, incapables de se ranger derrière le PS, les responsables du 21 avril, au lieu de dénoncer le jeu médiatique de la droite qui vendait sa soupe à coup de banlieues en flammes et de mémés agressées. Et le PS n'a pas profité pour se remettre en cause, de ces quelques années de crise, et d'effort du peuple, car il faut bien le reconnaître il y a eu des efforts, les citoyens ont trimé, non ? Ils le payent ce temps à râler, à tous les niveaux, c'est bien qu'il y a quelque chose, non ?

Qui peut croire un instant que Giscard aie eu en tête des impératifs sociaux ? Oui, bien sûr, les mêmes qui lui ont fait inventer le regroupement familial et les HLM au lieu de calmer le patronat sur sa soif d'esclaves corvéables. Ce social là prépare les guerres civiles de demain. Le socialisme est-il toujours souhaitable ? On a déjà eu des exemples de perversions du socialisme dans ce qui avait pris pour nom : National socialisme... Non, Giscard n'est pas nazi, mais attention, le social, c'est pas toujours l'humanisme.


D'où question : pour quoi avoir proposé un référendum si choisir NON est une aberration ? Un référendum oppose deux camps. Deux façons de voir les choses par rapport à un choix qui concerne l'avenir. Le rationalisme qui consiste à dire il ya un choix bon et un mauvais est une erreur de l'esprit que l'histoire a toujours contredite. Donc, les partisans du NON ne sont pas plus absurdes que ceux du OUI. Quel monde défendent-ils, c'est plutôt LA QUESTION. Moi aussi, pas facile de me voir dans le même camp que De Villiers ou Le Pen ou même Bayrou. Mais qui a dit que la question prenait cette forme là ? Les NON sont différents. N'avons-nous pas voté Chirac, sans être pour Chirac mais en partageant avec lui (?) une idée des choses. Et encore, avec Chirac c'était une alliance, et dans le cas d'une alliance, le but est de ne pas se faire baiser. Il faut croire que la gauche a mal joué. Bref, dans le cas d'un vote NON, il n'y a pas d'alliance, il y a déplacement du territoire de la lutte.

La gauche a-t-elle peur de la lutte ? De lutter à nouveau contre les extrêmes ? A ce moment là, il n'est plus question ni de voter ni de se prononcer pour le référendum : les choses publiques nous échappent et les forces des masses font ce qu'elles veulent... Il me semble que le NON serait l'occasion pour la gauche de se réformer et de se replacer vraiment à gauche. Sinon, les gens de droite me paraissent plus efficaces, pour le même résultat.

Alors, oui, direct, je vote OUI.

Ou bien je ne vote pas. BLANC, comme la mort.

05/05/2005

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« Pour que la transformation de la jeune fille soit pleinement effective, il faut que s’opère un contact direct entre le ventre de celle-ci d’une part, la calebasse et les signes inscrits sur elle d’autre part. Il faut que la jeune fille s’imprègne physiquement des signes de la procréation et se les incorpore. La signification des idéogrammes n’est jamais enseigné aux jeune filles durant leur initiation. Le signe agi par son inscription dans le corps… L’inscription d’une marque dans le corps n’a pas seulement ici valeur de message, mais est un instrument d’action qui agit sur le corps lui-même… Les signes commandent les choses qu’ils signifient, et l’artisan des signes, loin d’être un simple imitateur, accomplit une œuvre qui rappelle l’œuvre divine.»Michel Carty, « La calebasse de l’excision en pays gourmantché », Journal de la société des africanistes, 1968, 2, pp. 223.225. Cité dans L’Anti-Œdipe.



04/05/2005

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D’où sort ce visage ?

Qu’est-ce que l’homme joue quand il joue à l’homme… Pardon, quand il joue à la marionnette… Si on imagine un transfert de l’homme dans la marionnette équivalent à celui du signifié dans le signe, alors on peut se demander comment ce processus d’investissement met en œuvre le même rituel d’affliction qui a présidé à l’association entre ce qui se passe entre le texte et la marionnette… Et c’est déjà, et de toutes manières, la question de ce qui se passe entre la voix et la graphie, la parole et l’écrit…

Les marionnettes me racontent comment l’écriture a été inventée, c'est-à-dire comment le graphisme s’est trouvé lié à l’oralité. Les anthropologues nous racontent comment s’est faite la terrible mise en relation entre les signes et le langage parlé… C’est l’œil d’un spectateur qui a effectué la connexion entre la main qui grave le signe et le visage qui prononce les paroles rituelles ; et ce qui animait cet œil, c’était la cruauté de voir comment le signe s’inféode à la voix - par quelle douleur…

Car cet événement que constitue l’invention de l’écriture ne pouvait pas avoir lieu en-dehors de l’espace du corps humain, mur de caverne ou page blanche… Et l’écriture toujours marque le corps, ne serait-ce que d’une sensation, de caresse ou de griffe, lorsque ce n’est pas de la blessure irrémédiable d’une scarification. C’est sûrement une des grandes nouveautés de l’ère informatique, que d’éloigner encore un peu plus loin le scripteur du souvenir de la peau de son corps que constitue le papier, lorsqu’il tape ses messages sur le clavier, et qu’il les voit s’afficher sur l’écran. En quoi le message sera-t-il modifié par ce déplacement des modalités de l’écriture, c’est l’étrange question qui se pose à nous, au moment de taper lettre par lettre ces mots, corps éclatés, qu’auparavant nous couchions sur le papier, comme des organismes pleins et déliés…


Alors la question : Comment les marionnettes peuvent-elles servir un texte ?

La vraie question serait plutôt de savoir si elles peuvent s’en servir, et comment…

Ou : Pourquoi les marionnettes blairent-elles aussi mal le texte ?



02/05/2005

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On constate souvent que le même texte peut être dit par un comédien mais qu’il tombe des mains lorsque la marionnette s’en empare, à moins de beaucoup le réduire, ou de l’étaler dans le temps, afin d’en illustrer chaque parcelle.

Pour le dire autrement, et plus brutalement : une marionnette tolère moins de texte à dire qu’un comédien. Les comédiens, surtout français, blairent bien, et beaucoup le texte. Mais la marionnette, même avec des papiers français en règle… Il nous suffit de la regarder, avons-nous même besoin qu’elle parle ?

C’est que la marionnette est déjà un discours en elle-même, ou pour le dire encore autrement, qu’elle sollicite énormément l’attention du spectateur, et sur un mode très concentré, de par la richesse des informations que son corps propose, puisque chaque élément a été choisi par le constructeur dans la perspective de communiquer un univers de référents et de signes. Au contraire de l’acteur, qui prend place dans un ensemble qui le dépasse, l’englobe, l’engloutit, et qui a donc souvent besoin du texte pour prendre sa place, ne serait-ce qu’en donnant de la voix. La marionnette, quant à elle, est presque toujours le lieu du spectacle : à la fois le décor et les accessoires, sur quoi convergent les effets lumineux et sonores...

S’ajoute à cela le fait qu’il manque tout simplement à la marionnette l’organe de la parole, la bouche, et que, dans le transfert entre la bouche du montreur et la figure de la marionnette, on déplore une véritable hémorragie de la signification. C’est pour ces raisons, que les textes pour marionnettes sont aussi denses et secs. La cohorte de signes qui accompagne la marionnette se chargera d’amplifier les espaces entre les mots, et de donner un corps inattendu aux idées. C’est comme ça aussi qu’on peut interpréter la formidable expansion que les textes prennent lorsqu’ils sont traités par les marionnettes… Mais cela ne peut être que sur de courtes séquences, et pour traiter des thématiques elles-mêmes très concentrées. Dans ce qui différencie, quant au texte, la marionnette du théâtre, on peut penser à ce qui distingue la poésie du roman…

Il est vrai que l’art des marionnettes recouvre un champ de plus en plus large et indéfini, qui rogne sur le territoire du théâtre. Néanmoins, reste que c’est un théâtre qui se passera du texte, puisqu’il offre tant à voir et à sentir... A ce moment, on peut penser à la danse, comment elle se passe de mots, non pas que les corps et les mouvements soient eux-mêmes bavards, mais plutôt, les formes dans l’espace rendent le langage superflu. Comment interpréter ce phénomène ? Peut-être doit-on se dire qu’il faut s’asseoir pour pouvoir parler.. Du moins que ce qu’on dit debout, en courant, ou en se battant, en agissant, donc, n’est pas la même chose que ce qu’on dit lorsqu’on a fait son deuil de l’action, l’action passée, l’action ratée, l’action rêvée, l’action envisagée, l’action niée, l’action retardée, l’effrayante action, parce qu’elle coupe le fil des mots… Les danseurs qui lisent des textes en dansant mettent le spectateur face à un coup de force, qui peut être très joyeux, mais qui constitue une vraie contestation de l’écrit et de la parole, comme un retour au cri.

Les marionnettes quant à elles constituent une condensation extrême du mouvement et de l’espace dans le volume de l’objet. Elles portent la danse au cœur même du regard.

Cela nous en apprend long sur la blancheur uniforme de la surface que présente l’acteur face au spectateur. Même celui qui aura le physique le plus caractérisé disparaît dans la substance de la scène s’il n’ouvre pas la bouche, s’il ne vient pas nous dire quelque chose, ou s’il le dit mal. Ou bien, on peut jouer sur les jambes ou les poitrines de actrices, sur la nudité des corps ou l’exhibition des sexes, si l’on veut attirer l’attention sur les êtres humains qui patientent en attendant de dire les mots des poètes…

L’homme est une figure vide, plus pauvre qu’une marionnette, s’il ne recourre pas aux mots. C’est bien que, au théâtre, l’homme ne nous intéresse pas, à la différence de l’amphithéâtre de médecine. De l’homme, ce n’est pas sa présence physique qui nous intéresse mais ce qu’il constitue lorsqu’il utilise la parole. On pourrait faire la même réflexion quant au sport, où ce n’est pas l’homme qui nous intéresse mais la prouesse par laquelle l’athlète rejoint… Quoi ? L’histoire du sport ? Un territoire humain… L’exercice de l’intelligence par les objets matériels, le corps humain étant le plus sensible parmi tous les trucs matériels de la nature, mais que les trucs artificiels vont bientôt rendre périmé.

Mais le gros plan qui accompagne la médiatisation du sport vient un peu changer la donne… D’où sort ce visage ? Là, c’est bien l’homme qui nous intéresse. Pauvre intérêt, en vérité, sauf lorsque l’athlète se pète la gueule sous nos yeux, et que l’image télévisuelle prend valeur d’icône, prélude aux futurs idéogrammes des langages par lesquels les machines évoqueront leur passé humain, dans les conversations qu’elles tiendront pour leur divertissement…


01/05/2005

Suite...

« Mais comment expliquer le rôle de la vue, indiqué par Leroy-Gourhan, aussi bien dans la contemplation de la face qui parle que dans la lecture du graphisme manuel ? Ou, plus précisément : en vertu de quoi l’œil est-il capable de saisir une terrible équivalence entre la voix d’alliance qui inflige et oblige, et le corps affligé par le signe qu’une main grave en lui ? Ne faut-il pas ajouter un troisième côté aux deux autres, un troisième élément du signe : œil-douleur, outre voix-audtion et main-graphie ? Le patient dans les rituels d’affliction ne parle pas, mais reçoit la parole. Il n’agit pas, mais est passif sous l’action graphique, il reçoit le tampon du signe. Et sa douleur, qu’est-elle sauf un plaisir pour l’œil qui la regarde, l’œil collectif ou divin qui n’est animé d’aucune idée de vengeance, mais seul apte à saisir le rapport subtil entre le signe gravé dans le corps et la voix sortie d’une face – entre la marque et le masque. »
L’anti-Œdipe.

29/04/2005

Sans Soleil - De Chris Marker à Mamoru Oshii

L’homme e(s)t le fil


Je cherche le trou de l’aiguille. Il y a un film de Chris Marker, où il raconte le film de science-fiction qu’il aurait voulu réaliser, et qu’il aurait appelé Sans Soleil, ainsi s’appelle le film que nous voyons - du nom d’un film jamais réalisé - où Chris Marker voyage notre regard entre le Japon et la Guinée-Bissau, précisant que ce n’est pas le « goût des contrastes » qui le guide mais plutôt le désir d’étudier comment l’humanité survit aux deux pôles extrêmes de la chaîne industrielle ; et ce sont des regards que Chris Marker nous montre, de l’échange de coups d’œil entre la caméra et une jeune guinéenne sur un marché, jusqu’aux plans des yeux horrifiés qui peuplent la nuit de la télé nippone, traversée de fantômes, d’assassins et d’innocentes victimes ; mais plus encore, ce sont les voyages des âmes que Chris Marker nous trimbale dans la tête, au fil de la pellicule, dans ce pays où toute chose peut devenir l’occasion d’un culte, le lieu d’un rituel et le domaine d’un temple, les chats autant que les assiettes ou les poupées, ces choses qui font battre le cœur, qu’on va brûler cérémonieusement, en priant pour que les esprits gagnent leur liberté d’avec la matière qui les contenait, (qui peut-être aussi les produisait, comme le poste de télévision contient et produit les images vivantes qui peuplent notre tête de films aussi interminables que ces parcours en métro, dont Chris Marker emprunte les visages de dormeurs magnifiques, et en prend les empreintes phantasmatiques) ; on aura compris, bien sûr, que ce film nous ouvre la porte d’un rapport au monde qui était pour nous jusqu’alors inédit, car il fait du jeu vidéo un pays intérieur à l’homme, ainsi que des images vidéo de son ami japonais, qui œuvre au fond de son studio, à même le pixel, transformant les images de manifestations en bains de figures colorées, comme des âmes combattant dans la Zone, (c’est ainsi que l’ami de Chris Marker nomme sa machine électronique, en souvenir du film de Tarkovski, Stalker), c'est-à-dire que c’est toute notre considération de l’objet - conçu comme adéquat avec l’apparence par laquelle le sujet le perçoit - qui est remise en cause, ou pour le dire autrement, Chris Marker invente la chose comme organisme de matière et de vision, vivant du regard qui se lie à elle, et en décèle une âme avec laquelle il peut être bon de commercer, afin de connaître mieux le monde, si ce n’est le rendre meilleur ; mais que ferons-nous de ce mot d’"âme", dans un instant, lorsque nous serons obligés de revenir à ce qu’il implique de découpage du monde en deux tranches superposées, de transcendance et d’immanence, alors que c’est justement un tissage des plans du réel autrement imprévu, que Chris Marker a découvert au Japon, et nous infuse dans l’esprit par la substance du film qui se colle à notre œil ; c’est un autre film qui nous donne une idée de réponse à cette question qui émerge du souvenir, un film d’animation plus précisément, (comme si « animation » n’avait pas rapport à l’âme, c'est-à-dire à ce qui relie les ondes visuelles au souffle vital, pour produire de la pensée, comme un moulin produit de la farine ou… de l’électricité), bref, c’est ce film Innocence, qui fait suite à Ghost in the shell, de Mamoru Oshii, qui nous souffle le mot et donne vie au Golem de réflexion, Frankenstein de prise de tête, à quoi nous essayons monstrueusement de donner vie, le Ghost, ce mot anglais, certes, que nous ne traduirons pas, parce que les japonais l’emploient comme tel, et non comme s’il traduisait le mot « fantôme » ou le mot « spectre » - car point d’Etiemble au Japon - et le Ghost est devenu pour nous un concept intraduisible, et qu’il faut accueillir comme il est venu : pensé au Japon, nommé en anglais : parce que l’œuvre doit circuler dans le monde, avec le qi, (cet autre souffle de l’énergie vitale qui parcourt les hommes, les bêtes et les choses, pour les impliquer dans la toile du monde, la substance spinozienne), alors foin de scrupules à utiliser la langue dominante puisque c’est pour ne pas barrer la route aux flux entrecroisés de la pensée ; ces deux dessins animés racontent justement des histoires d’aventuriers dans un monde futuriste conçu comme une Toile, (le fameux World Wide Web, comme un Ouest sauvage et inconnu virtuel à conquérir), dans lequel les âmes fortes peuvent s’abolir, se téléchargeant et se libérant de leur corps pour naviguer sur les réseau, et hacker les machines interconnectées, voire les êtres humains truffés de mémoire supplémentaire, de puces neurologiques, d’implants qui augmentent leurs capacités visuelles, mais les rendent aussi vulnérables à tous les piratages perceptifs et mentaux imaginables, comme la plus inanimée des machines ; Ghost in the shell, c’est semble-t-il le Ghost dans le coquillage humain, le corps de l'homme n’étant qu’une coquille de coquillage, résonnant du spectre sonore de l’océan infini où vivent les esprits, enveloppe libre d’être accaparée par tous les ermites et les squatters mentaux de l’univers, par toutes les âmes sans corps, tous les messages sans véhicule : Innocence, le deuxième opus de cette série, présente la caractéristique proprement hallucinante d’être un film de genre, un divertissement pour enfants rêveurs, (chargé de sa dose de violence propre à satisfaire les frustrations dont sont faits les corps des enfants rêveurs, au Japon comme ailleurs), en même temps que d’être une méditation philosophique, tissée de références et de citations, qui à aucun moment ne sentent le cuistre, ou posent à la caution intellectuelle ; des psaumes de l’Ancien Testament à l’enseignement de Confucius, en passant par Milton, Philipp K. Dick, Asimov, Descartes ou Kleist, c’est l’être humain dans le monde, et sa destinée d’objet, de chose spinozienne, de super-marionnette, d’automate cartésien, qui est interrogée, comme ce personnage pathétique, dont le corps n’est plus qu’une marionnette à demi-mécanique, un guignol à l’esprit pur, relié à ses ordinateurs par des câbles qui le tiennent en vie ( ?), comme un pantin de son propre cerveau ; les héros interrogent cet oracle diabolique retranché dans son château, et qui les piège, en parasitant leur conscience technologiquement modifiée, les captivant dans un labyrinthe perceptif interminable, en une séquence absolument sublime ; nous voulons dire que la grossièreté du dessin animé, même forgé par cet art qui voit fusionner le graphisme traditionnel avec la 3D, la maladresse même qui marque ces décalques de forme humaine, se trouve aussi touchée par le doigt du vivant - du pensant - par la grâce de la conjonction, (la conjointure eussent dits les romanciers médiévaux), entre le propos et la matière de l’œuvre ; mais la beauté de l’œuvre, due à cette profondeur de la pensée, à son inscription dans une tradition artistique et philosophique revendiquée, est encore nourrie de citations visuelles ; quand ce ne sont pas les mille types de poupées, costumes, masques, guignols asiatiques qui sont réunis pour des défilés qui n’ont d’autre fonction narrative que de venir argumenter la réflexion, et qui s’inscrivent naturellement dans la fiction, comme s’il s’agissait de nous faire croire à une cité vivant à l’heure d’un carnaval interminable, et bien ce sont les poupées-putes autour desquelles gravite l’intrigue, qui se constituent en un hommage, inattendu dans un film d’action, à Hans Bellmer ; pour qu’il n’y ait aucune ambiguïté sur la question d’une source d’inspiration qui ne s’avouerait pas, et deviendrait plagiat, les enquêteurs découvrent un indice, l'hologrammomaton d'une petite fille disparue, (comme un photomaton, vous ne connaissez pas ?) dans un livre consacré à l’œuvre de l’artiste ; nous sommes chez l’ingénieur qui conçoit les poupées, on l’a retrouvé massacré par un cyborg au service d’une maffia, on apprendra qu’il a voulu révéler la machination dont étaient victimes des petites filles, kidnappées pour voir leur ghost téléchargé dans les poupées-putes ; c’est le mythe du créateur dépassé par sa création qui est repris ici, et ce sont les multinationales qui sont l’artisan du crime, les créatures étant victimes à leur manière ; jamais autant qu’ici le créateur ne fut plus misérable, dépassé par son oeuvre, jeté dans le même camp que les enfants dont on voulait voler les âmes ; la seule solution qu’avait l’ingénieur, pour alerter l’attention de la police sur la terrible entreprise d’animation des poupées, ce fut de détraquer le programme de ses œuvres, et de leur permettre d’enfreindre la loi des robots, qui consiste à ne jamais porter atteinte à l’homme ; et donc, de laisser la volonté des petites filles se retourner contre les propriétaires des poupées-putes, et les éliminer en mode combat avant même le coït – comme dira une des enfants sauvées par le héros : « Je ne voulais pas devenir une poupée », et on lui répondra : « Crois-tu que les poupées voulaient devenir humaines ? » - est-ce que les objets ont une volonté, ou bien la volonté de l’homme s’apparente-t-elle au dérisoire libre-arbitre des choses, dont il devrait enfin accepter de recevoir l’enseignement ultime : cet exercice des danseurs de buto, qui consiste à se mouvoir en ayant conscience qu’un autre nous-même, minuscule, est contrôlé par nos moindres mouvements, et suit notre danse, alors qu’un autre nous-même, encore un autre - un autre autre - immense celui-là, un géant, nous contrôle ; et que notre danse n’est que celle qu’il nous impulse ; nous dansons parce que nous sommes dansés en même temps que nous faisons danser ; nous ne sommes qu’objet de quelque chose du monde, qui est nous, et que nous dépassons, et qui nous dépasse ; dira-t-on aussi comment la magie survient, dans le dessin qui prend vie, grâce au son ? évoquerons-nous les abîmes de réflexion qu’ouvrent les desseins animés des concepteurs, quant à l’exploration du fonctionnement du cerveau humain, qui associe un signe visuel, (une forme-image) à la perception du son, (une image-son), pour élaborer dans la conscience, l’impression du réel, entre le souvenir et l’expérience ? comprenons-nous cette nouvelle méditation sur l’antique et sublime tromperie des ombres qui s’agitent sur les murs de la caverne mentale où le monde a lieu… ; les chinois appellent le cinéma « électricité-ombre » comme pour dire cette nouvelle qualité de la lumière que l’homme a découvert après en avoir fini avec le règne du feu pour éclairer la nuit ; au cinéma, dans notre cinéma mental, il y a encore ce film de Hou Hsiao Hsien en hommage à Ozu, Café Lumière, qui s’ouvre sur une jeune fille en train d’étendre du linge à la fenêtre de son appartement, la jupe colorée traversée par la lumière d’un soleil surexposé, le téléphone portable coincé entre la mâchoire et l’épaule, racontant à quelqu’un le rêve qu’elle a fait, d’un bébé volé et remplacé par un autre, ridé, fait de glace, et qui se mettait à fondre ; son interlocuteur lui trouvera plus tard un livre de contes occidentaux, illustré, et qui raconte cette histoire d’enfants volés par des lutins maléfiques ; c’est une nuit d’orage, et dans son sommeil, que la jeune fille se souvient avoir déjà lu ce livre lorsqu’elle était enfant, dans un dojo, alors que sa mère priait avec les autres membres d’une secte ; entre temps, nous avons suivi la jeune fille dans sa famille, où elle a annoncé à la femme de son père – car on apprendra plus tard que sa mère est morte – la jeune fille se lève dans la nuit pour manger et rencontre la femme qui vit avec son père, et qui veille sur elle comme une vraie mère, la jeune fille lui a annoncé qu’elle attend un bébé, de son petit copain taïwanais, avec lequel elle n’imagine pas vivre, prétendant qu’elle peut s’occuper d’un enfant toute seule ; que fait cette jeune fille pendant le temps du film ? elle enquête sur un compositeur taïwanais qui a fait sa carrière au Japon, et par là, Hou Hsiao Hsien poursuit son exploration de l’histoire taïwanaise, en s’en échappant et en s’inscrivant dans un questionnement du Japon contemporain, (par la jeunesse, comme dans son précédent film, qui concernait Taïwan, mais qui s'achevait au Japon, Millenium Mambo) ; et que reste-t-il dans notre esprit, de ce film qui ne raconte les choses qu’en différé, et au détour des conversations, faisant d’un rêve-souvenir le cœur de l’oeuvre - la maternité comme un héritage de glace – si ce n’est cette figure inoubliable du père, cet homme condensé de toute une existence d’homme, qui ne dit rien, qui ne répond pas ; au moment où les parents passent voir leur fille dans son petit appartement, (parce qu’on a compris dans cette famille, recomposée par une tragédie non-dite, qu’il fallait parler de cette affaire de bébé et de mariage), le père et la fille mangent le plat préféré de la jeune fille, qu’a préparé la belle-mère, (comme en hommage à la mère qu’elle est venue remplacer), et le père, au lieu de parler, d’aborder le sujet, de poser les choses sur le tapis, il donne un morceau de viande (ou de légume ? Ou de quoi ?) à sa fille – « Tiens, c’était ce que tu préférais » - le repas remplace toute discussion - et puis, à nouveau, brutalement, comme un acte manqué commis en toute conscience, le père donne à sa fille, avec ses baguettes, un autre morceau, plus gros, plus coloré, qui passe à travers l’écran, entre le père et la fille, comme un objet transitionnel chargé de toute la vie de deux êtres liés par la génération, et par l’absence d’une femme dont on ne saura rien d’autre de la crise, de la dérive, de la perte, sinon le silence qu’elle a laissé derrière elle, et les êtres largués ; et si ce film n’est pas un film sur les objets et leur âme, c’est un film qui cherche cette âme qui manque à l’objet, et qui ne peut pourtant pas ne pas passer par les objets, les trains, les visages, (et ces plans de visages endormis dans le métro sont des hommages à Sans soleil), les ordinateurs, les minidisques, les cd, les livres, les aliments, les tasses de café, les cigarettes (puisque Jarmusch nous a montré qu’on ne pouvait plus, dès lors, dissocier l’un de l’autre), mais aussi la voiture à l’étrange volume dans laquelle le père vient chercher sa fille à la gare, (voiture qui contient les principes de la géométrie japonaise, dimensions à échelle humaine, et en même temps, démesurément gonflées, vastes et hautes, brillante dans le plan) ; et encore, ce film de Sophia Coppola tourne dans notre tête pleine de Japon, ce film au titre conçu comme un programme pour le XXIé siècle, Lost in translation, annonçant cette économie du transfert, de choses, d’hommes, d’argent, de chair, de sang, de sens, (« transport de sens », c’est le sens du mot métaphore), qui constituera la question humaine dès aujourd’hui, comme on suit ces personnages d’américains - mais il ne faut pas se leurrer, ils ne sont que largement occidentaux - égarés dans l’architecture de glaces d’un Tokyo qui doit lui-aussi beaucoup à Chris Marker ; dans ce film, une jeune mariée, délaissée par son jeune photographe de mari, et un acteur d’âge mûr, que sa femme harcèle par fax pour choisir la couleur de la moquette de la maison, se rencontrent et interrogent leur isolement, dans un flottement qui prend parfois des allures de désir, sans que rien ne puisse vraiment se lier entre eux, surtout pas les corps ; l’acteur est venu pour participer à une photo de publicité pour un alcool, et avant même de quitter le Japon, il verra son visage vanter les mérites d’un verre, affiché sur le flan des autobus ; dans la perspective bien réductrice de cette pelote de texte, que nous enroulons autour de notre imaginaire cinématographique du Japon, nous dirons que ce film nous parle des objets volontaires que sont l’épouse ou l’acteur et… nous n’osons pas nous engager plus loin dans l’évocation de ce film où les objets sont réduits, ou élevés, à la dimension de leur reflet ; car enfin, ailleurs, il y a ces souvenirs de corps nus, qui se frottent, se pénètrent, frémissent, se cambrent, selon les contraintes d’exhibition des organes sexuels qui règlent le cinéma pornographique, (avec cette bouche qui dégorge un filet de sperme après la fellation, ou ces postures destinées à ouvrir le vagin au centre de l’écran), dans L’ Empire des sens de Nagisha Oshima, les corps nus de deux amants dominés par un désir irrépressible et destructeur élaborent un univers iconographique et imaginaire où l’objet est rejeté en-dehors du champ de l’objet ; c'est-à-dire que l’étreinte des corps, des choses de chair, n’a pas d’autre but que de trouver la voie par laquelle on traversera la mince paroi qui contient l’être - l’âme, ce souffle que la poitrine contient dans le coït, et dilapide dans l’orgasme ; le corps d’une jeune prostituée est mis à nu comme pour dénoncer la mort du visage humain, ce visage fardé de blanc, inanimé à force d’expressions faciales, qui transforment paradoxalement le visage effrayé et souffrant en une marionnette stéréotypée ; cette face, séparée du corps par la ligne de démarcation du maquillage et de la peau, se détache d’un torse, d’un ventre, d’un sexe, de bras et de jambes, une créature impersonnelle mais vivante, qui se débat pour échapper aux poignes des femmes qui veulent dépuceler la jeune fille, avec un godemiché en forme d’oiseau ; un objet que la manipulation ne douera que de fonction, et non de vie ; une fonction perforatrice, une fonction de viol, et non de vie, ni de pensée, ni de sens ; cette effigie d’oiseau finit par désigner le corps de la jeune fille comme l’objet nu, l’objet qui échappe à la détermination de l’objet, la chose qui s’abolit dans ses ébats, comme une onde lumineuse dans ses vibrations, l’objet qui se transforme en énergie, défaisant la dualité que l’objet implique en appelant la présence d’un sujet pour le considérer, le tenir sous les yeux ou le prendre en main ; c’est peut-être cette tentation de la fusion des âmes au-delà des corps que raconte le film ; car l’accouplement est insuffisant pour ces êtres que le désir pousse hors d’eux-mêmes, hors du monde social, hors du monde, les transformant en un spectacle rampant sous l’œil de la caméra, un show sans spectateur, qui fuit et se cache derrière des membranes de papier ; une performance d’épuisement des possibilités de demeurer soi-même contre la peau de l’autre, qui se polie contre la sienne, et s’use au point de rendre nécessaire la libération du sang, non pas au niveau de l’abdomen - comme d’un coup de lame latérale on rend au monde l’énergie que le corps de l’individu monopolise - mais par le pénis de l’homme - l’endroit de la jonction avec la vulve - décollant la verge du pubis afin de l’emmener comme le fragment d’un symbole ; et il y a encore en nous ces clichés imprécis du Japon où les hommes remplacent l’amour des femmes par celui de jouets sexuels à l’image de l’être humain ; l’affection pour les animaux ou pour les enfants, remplacée par l'affection des robots ; le Japon comme ce monde où les adolescents se suicident en groupe, ayant fait connaissance virtuellement, et prétendant qu’il est moins triste de ne pas partir seuls ; où une jeune fille aime s’occuper des morts ; où les amants s’attachent par des séries de noeuds complexes et parfois dangereux ; où l’industrie des voitures et la technologie électronique dépassent leurs concurrents américains ; bref, car il va être temps de faire bref, il y a ce Japon où l’objet trouve droit de cité dans le champ du vivant, ou plutôt, du pensant, que nous aimerions traverser / L’aiguille pend au bout du fil / l’être, en balance