26/10/2004
V m'a murmuré quatre vers de Keats à l'oreille
"I will arise and go now, for always night and day
I hear lake water lapping with low sounds by the shore
While I stand on the roadway, or on the pavements gray
I hear it in my deep heart's core. "
J'ai senti à lire ces vers que vous citiez, V, les larmes monter à mes yeux, au coeur d'une guerre, le souvenir des temps de paix, des précieux moments pour lesquels nous savons que nous sommes prêts à prendre les armes
Ne vous enchantez pas trop vite, V, et sachez à la vitesse grand V, que mon coeur est dur et mon esprit uniquement préoccupé de vous imaginer nue, avec moi, pour la chevauchée vitale et mortelle de vous faire jouir dans ma jouissance
je vous rends grâce pour cet instant de répit par lequel ce poème a failli me faire baisser la garde
Ce fut comme une main posée sur mes couilles en plein pendant une conversation abstraite - de quoi me faire perdre la tête, et la suite de mes idées
16:45 Publié dans Le vieux cahier - (le miroir dans le miroir) | Lien permanent | Commentaires (18) | Envoyer cette note
Couple
- Tu trouves que je fais un métier de pute
- Dis pas ça
- C’est ce que tu penses
- Arrête tes conneries
- Et toi tu gagnes combien au fait
- Ca dépend des missions
- Et puis tu as des primes de précarité c’est super cool
- De quoi tu te plains
- Et moi je squatte avec toi Et ma thune t’es bien content de pouvoir sortir en boîte avec T’as jamais honte quand c’est moi qui paye les coups à boire hein hein Alors
- C’est bon c’est moi qui paye l’appart’
- Dis pas appart’ ça m’énerve C’est appartement
- Putain tu vois on a pas le même langage En tous cas t’es une belle garce de remuer le couteau dans la plaie
- C’est ça je vais te plaindre Je me demande ce que je fous avec une bite comme toi En plus tu prends du bide Tu t’es vu à trente piges Y’a des nazes plus jeunes que toi qui ont du succès, une carte bleue et qui entretiennent leur corps Et quand je dis ça à un clochard comme toi c’est pas que j’ai des goûts de luxe Je parle juste d’un mec un peu rassurant quoi T’as raison Regarde ta gueule dans le miroir Si tu l’as jamais vue
- T'es vraiment super conne
- Qu'est-ce qu etu me disais l'autre jour? Vas-y répète-le un peu pour voir Comment ça sonne quand y a un problème Vas-y Je Quoi ? Je te Quoi ?
- Je t'aime connasse
- C'est ça casse toi Et reviens quand tu auras du fric, sale con
Elle pleure. Il se casse.
16:15 Publié dans Le vieux cahier - (le miroir dans le miroir) | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
25/10/2004
And the rest
Aujourd'hui, n'est pas une bonne journée.
Ces trucs, là, sur l'écran, c'est comme le rêve : ça n'a pas de réalité physique, pourtant, ça prend un poids qui dure même en-dehors de l'écran. Comme un regard. Ou un regard qui se détourne. Bon. Ca veut dire qu'un rêve est un véritable événement, et que nous ne sommes pas fait de matière, mais de pensée... Bon, c'est aussi dans Shakespeare, l'étoffe dont nous sommes faits...
Et le sexe n'est pas que de notre viande
15:15 Publié dans Le vieux cahier - (le miroir dans le miroir) | Lien permanent | Commentaires (41) | Envoyer cette note
19/10/2004
PERSONNE NE VEUT ME DIRE CE QUE JE VEUX SAVOIR MAIS LAURA EST PASSEE
Laura est sortie du tombeau. Toujours aussi imputresciblement belle, un bois à la chair lisse et délicieuse, sa bouche pourtant est restée glacée sous ma langue, et entre ses jambes, sa fleur s’était transformée en racine, en filaments blanchâtres qui s’effilochaient pour marquer l’extrémité de la fleur qui avait poussée sur la tombe… Une pensée noire, et odorante, qui m’avait enivrée de désir des nuits durant passées sur le marbre usé de sa tombe, l’épitaphe imprimée à la longue dans ma joue…
« J’existe »
L’autre jour effectivement, Laura est passée et m’a repris au mot. J’avais dit à V : « Tu me lis donc j’existe », ou quelque chose d’approchant. Laura me faisait donc cruellement remarquer qu’il y avait là un raccourci exprimant pleinement l’effet blog… L’amertume de la bouche de Laura ne manque pas d’exciter mon désir pour elle, car ses seins ont la douceur des mousses contre la planche de sapin et mon érection se glisse dans le nœud tendre des racines entrelacées autour de mon membre pendant que j’essaie de lui expliquer que, avant qu’elle n’arrive, V seule semblait me lire - parfois, un spectre doublant V, l'affreux W, encore plus amer, (et beaucoup moins bandant que Laura), venait mêler sa voix à celles de la nuit pour m’effrayer - mais en gros, je suis très seul dans le tombeau de mon cahier. Alors que la douce disparue recueillait le sperme que j’avais répandu trop précocement en elle, (à cause de la longue abstinence, croyez-en moi, je vous supplie, les filles) - elle allait en faire je ne sais quelle friandise de trépassée - je continuais de m’épancher verbalement :
« Le sentiment d’existence que V procure à lire celui qui s’exhibe son zob de mots, en écrivant ces trucs, là, est d’une douceur qu’il n’avait jamais connue, et qui se compare un peu, mais pas complètement bien sûr, à celle qu’on éprouve à être touché… Tu comprends Laura, la puissance d'une caresse?»
Laura soupesa mes couilles de sa main douce pour constater ce qui pouvait rester de liqueur.
« Oui, tu me touches, j’existe, et c’est à cela que ressemble, je crois cet effet blog, bien plus en fait qu’au seul « tu me regardes, j’existe » des existentialistes du lycée... »
Laura m’a pris dans sa bouche pour me réveiller. Il lui semble pouvoir tirer encore quelques gouttes de moi. Ses dents ont été remplacées par des petits cailloux, mais ce n’est pas gênant parce qu’elle suce avec talent, même les asticots du fond de sa gorge accompagnent savamment sa langue qui asticote le frein de mon prépuce, pendant que le velum de son palais moule mon gland comme une nouvelle matrice, inventant des voyelles inconnues de la phonétique historique… Ah ! Ah !
« Ecoute-moi, Laura, non, le degré de solitude est effrayant auquel donne accès ce truc, le blog, lorsque autrui y pénètre, un auriculaire égaré dans un anus ne fait pas d'autre effet, Laura, journal intime placardé dans le ciel par projection laser, correspondances d’anonymes livrées en pâture aux esseulés du monde qui cause la même langue, liaisons dangereuses des neurones connectés aux papilles et aux muqueuses… Mais... Laura... Que recèle votre anus ? C'est le lit douillet d'un mulot... Laura, il m'a modu le salaud»
Avant de se retirer sous sa dalle, Laura me murmure, la gorge embarrassée du sperme qu’elle ramène pour nourrir je ne sais quels oisillons décomposés :
« Quel type d’amitié ce truc, le blog, pourra-t-il produire, dites-moi, mon bon ami ? Pétrarque aurait-il passé tout ce temps à écrire sur le dos de mon essence s’il ne m’avait point vue en chair et en os, avant que la peste ne me ronge… »
Terrorisé par sa disparition, je hurle dans le vide du caveau :
« Laura, vous n’étiez pas obligée de commenter le narcissisme des échanges de mes visiteurs… En tous cas, si vous vouliez vous libérez de votre ego, vous vous êtes plantée, connasse : vous venez d’en refermer une fenêtre sur vous… Vous avez écrit dans le blog, et je vous ai lue Laura...»
A genoux et en larmes, je me branle pour arracher ce qui me reste de semences. Il ne sort de moi que des larmes et des spasmes, et des sanglots, et une dernière goutte de sperme, mousseuse comme de la bière :
« Je vous ai lue Laura : Comment vous sentez vous exister, Laura ? Ne me faites pas de peine, ne répondez pas que vous vous en foutez. Que vous ne vouliez que ces quelques gouttes poisseuses… J’en ai encore beaucoup pour vous… Revenez Laura… Le foutre de mes paroles est à vous… Permettez-moi d’encore un instant exister aux yeux de votre pensée noire, car "tout ce qui semble plaire ici bas n'est que songes" disait votre adorateur… »
17:55 Publié dans Le vieux cahier - (le miroir dans le miroir) | Lien permanent | Commentaires (18) | Envoyer cette note
18/10/2004
Ce que je veux savoir
Le cahier s'écarte pour te laisser entrer
Avant de t'engager plus loin
Réponds à sa question :

Je la posais déjà il y a quelques jours
Mais personne n'y répond :
Qui cherches-tu à faire jouir
Quand tu baises
Toi ou qui tu baises ?
C'est à dire qu'est-ce qui te fait jouir
En définitive
De jouir organiquement ou de sentir que l'autre jouit ?
En fait, raconte moi comment ça se passe.
C'est ça que je veux savoir.
(Tu gagneras peut-être la main lactique de V dans tes cheveux... Et ses lèvres sous l'angle de la machoire.)
17:10 Publié dans Le vieux cahier - (le miroir dans le miroir) | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
15/10/2004
V - Souvenir
Où donc est passée V
Elle ne répond plus quand on sonne à sa porte
Sa voisine a dit
Elle n'est plus là
Depuis quand
Qu'est-ce que ça peut vous foutre - vous étiez de la famille
Non Je la trouvais jolie
Elle n'était pas votre style, plutôt celle de W, rentrez chez vous
Elle s'est cassée. Dès l'automne, comme une oursonne
Je suis sûr d'avoir vu quelqu'un passer derrière la fenêtre. J'ai décidé de m'installer dans la maison d'en face. Pour surveiller. Si quelqu'un apporte du lait au pied de sa porte. Peut-être verrai-je sa main... Je reconnaitrai sa main entre mille, même les yeux fermés, à la seule douceur de la peau, et au dessin des lignes sur sa paume /
15:05 Publié dans Le vieux cahier - (le miroir dans le miroir) | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note
IL FAIT NOIR
Les yeux fermés
J'ai couché avec toi
Et je n'ai pas compris
Tu as joui
Mais de quoi
Je me demande de quoi
De mon côté
J'ai bien pu jouir
De te sentir jouir ou de me sentir jouir
Il fait noir
Il n'y a plus d'image pour nous donner la solution
D'ailleurs
Qu'est-ce que je désirai de toi
Mon jouir ou le tiens ?
14:45 Publié dans Le vieux cahier - (le miroir dans le miroir) | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
11/10/2004
ACHARNEMENT

Près des yeux très vite près du coeur
Je ne suis qu’un petit personnage
Plein de désir

Les seuls
coïts
qui me sont
possibles
Sont des entremêlements de fil de fer
Nous nous frottons l’un à l’autre
En grrrrrrinçant Il nous faut fermer les yeux
Pouvons-nous faire autrement ?

Malgré le désir qui nous oxyde
En suivant le mouvement des corps
Des femmes qui marchent de l’autre côté
De la vitre Loin mais près des yeux
très vite

Près du coeur
19:40 Publié dans Le vieux cahier - (le miroir dans le miroir) | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
09/10/2004
Combien y –a-t-il de pierres ?
Majuscules mortes les pierres du chemin sont des cailloux des fragments
de pierres défaits de formes et pourtant non-déformés
Un tas de pierres Une main de chemins
Un tas de pierres fait à la main Un tas de chemins de mains
Un tas de pierres fait à la main avec les pierres Des mains de pierres
Un tas de pierres fait à la main avec les pierres du chemin
Tout en tas
Un tas de pierres fait à la main avec les pierres du chemin fait
De mains
Un tas de pierres fait à la main avec les pierres du chemin faits
de PIERRES
Des tas de mains


Un tas de pierres
fait à la main
avec les pierres
du chemin fait
de pierres
disposées Empierrent le chemin

Un tas de pierres fait à la main avec les pierres du chemin fait de pierres
Disposées à la main De main en main
Combien de mots-pierres
Tout dépend de la main-langue
C’est le chemin
Le tas est jeune Combien y –a-t-il de pierres ?
Fait de vieilles pierres Le tas grandit encorE
Autant de pierres
La main ? Que dire de la forme des pierres ?
Sur lesquelles
On ne marchera plus

Le tas de pierres la fin d’un chemin Il faut tourner en rond
Le chemin la fin des pierres Cheminer-circuler-roule
le chemin et le tas LA MAIN POUR FIN faire tas-chemin
que faire de la page blanche quand on ne désire pas la couvrir mais
qu’on voudrait polir le blanc en entendre le son de son grain




17:00 Publié dans Le vieux cahier - (le miroir dans le miroir) | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note
06/10/2004
Si tu fais dans ma bouche
J’ai envie de voir du sperme couler sur ton visage. Mon sperme
Pourquoi ?

Je veux voir quelque chose qui ressemble au film porno
Pourquoi ? Ca ne te suffit pas de sentir ta queue dans ma bouche ? De sentir que tu éjacules dans ma bouche et que j’avale tout parce que j’aime ça je t’aime et j’aime que tu sentes que je te pompe à mort ? Que veux-tu voir en plus
Je veux
un arrêt sur image
de mon sperme
qui dégorge de ta bouche
Comme un escargot… Tu ne préfères pas que j’avale ? Dans les livres pornos ils parlent d’avaler le foutre ça devrait te faire quelque chose

Je veux que ce soit comme dans un film. Dans un film porno, j’en ai rien à foutre de ce qu’ils disent dans les livres
Si tu fais dans ma bouche, putain, je ne veux pas recracher tout ça. Pas sur moi. Pas que ça glisse entre mes seins. C’est ça que tu voudrais ? Je trouve ça dégoûtant.
C’est bon suce-moi comme tu veux
Maintenant je n’ai plus envie.
Je trouve ça super dégoûtant.
Ca a un sale goût.
Ca pue.
Ca reste dans la gorge.
T’as beau cracher au-dessus du chiotte tu gardes la texture pendant super longtemps.
Non il fallait continuer à me baiser
et j’aurais fait n’importe quoi
mais pas me raconter tes trucs d’arrêt sur image.
Putain, t’es vraiment con, c’est sûr,
j’aurais fait n’importe quoi.

Qu’est-ce que j’aurais vu ?
Je veux
que tu le fasses
exprès
pour que je le regarde.
Je ne suis pas une image mec
18:45 Publié dans Le vieux cahier - (le miroir dans le miroir) | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
Quoi bizarre

- A quoi tu penses
- Je pense à quelque chose ?
- Oui tu as l’air de penser à un truc
- Ah – Ouais – C’est mes potes
- Quoi tes potes
- Rien Ils te trouvent bizarre
- Quoi bizarre
- Bizarre c’est à dire Ce que tu fais comment tu parles
- Ce que je suis quoi
- C’est ça voilà Ce que tu es Tu n’es pas exactement comme il faudrait Avoue-le
- Quoi comme il faudrait Avouer quoi
- Tu me comprends très bien Fais pas ton innocente T’as pas la même gamberge T’es plus comme avant Tu fais un drôle de boulot Tu traîne avec des gens zarbis T’es jamais là quand mes potes viennent Je passe pour un gland Un naze qui sait pas comment tenir sa femme
- Je suis – Libre quoi
- Ouais ben ta liberté Quoi elle me fait perdre les pédales Perdre la boule Perdre le nord Perdre la face
- Et ta face Elle me fait perdre mon temps
00:15 Publié dans Le vieux cahier - (le miroir dans le miroir) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
05/10/2004
V & W sont passées

Mon désir aiguisé par mon humiliation
La jalousie aiguise mon regard
Que fait-elle

J'aimerais savoir
S'il y a une raison
Au fait
Qu'elle parle à travers moi

Qui voudrait-elle être
Quand elle dit qu'elle voudrait...
Je n'ai peut-être rien à faire ici

Mais jouir
En elle
Au moins ça les amuse
Je perds mon temps, entre la cour et le jardin
16:55 Publié dans Le vieux cahier - (le miroir dans le miroir) | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
V me cherche

Une voix extérieure
Qu'est-ce qu'elle fait dans ma tête
V cherche X
V vouée à recherche
Mécanique communicationnelle
Journal intime public immédiat
Etre lu être aimé être là
Une voix sans visage
Me fait face
Tu me lis j'existe
Toile
obsession
un rêve
t'a poussé
des racines
dans la journée
Enlacement
V me cherche
Que trouve-t
elle ?
11:30 Publié dans Le vieux cahier - (le miroir dans le miroir) | Lien permanent | Commentaires (31) | Envoyer cette note
04/10/2004
...

- Qu’est-ce que tu m’as demandé
- Rien
- Si si excuse-moi Je n’écoutais pas J’étais ailleurs Qu’est-ce que tu m’as dit
- Passons à autre chose, tu veux que je fasse des courses
- Tu ne peux pas me laisser comme ça tu as dit quelque chose
- Tu penses à quelque chose, pour le frigo, est-ce qu’on a tout pour ce soir…
- …Quelque chose qui semblait important alors
- Du pain des bouteilles d’eau
- Non ce n’est pas possible qu’est-ce que tu as dit
- Je n’ai rien dit je t’ai demandé quelque chose
- Oui je sais si on a tout si le frigo si le placard la bière des tomates ou du lait Carrefour ou Monoprix mais tu as dit quelque chose AVANT
- C’est ça je t’ai posé une question
- Et tu veux que j’y réponde Alors Répète
- Je veux juste que Tu m’écoutes
- Et bien je t’écoute là alors répète-moi ta question Putain Merde
- Je t’ai demandé si tu m’aimes Ce n’était pas important
21:40 Publié dans Le vieux cahier - (le miroir dans le miroir) | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
Jour x+n

Ca commence tu te mords la langue
Tu te dis ne fallait pas parler tout seul
Ca commence il a suffit de t’entendre
T’es entendu tout d’un coup
Tiens je parle tout seul là
Ou bien qu’est-ce que tu fous ? Tu chantes
Comme ça Tout seul A tue tête
Tue tête tue tête tête tue ah… bon
Si tu n’avais pas commencé à siffloter
Si tu
Avais
Un peu
Si tu avais un peu écouter tu
Tu aurais entendu battre ton corps
Tu aurais entendu que tu entends battre ton cœur
Tu n’échapperas pas au fait que tu entends battre ton cœur
Tu auras beau siffloter ou bien chanter ou bien gueuler tu vois
A tue tête ça n’empêchera pas que tu es en train d’entendre battre ton cœur
Que crois-tu ?
Sais que ça y mène droit
Où ? Tu te mords la langue
Ca commence
Tous les jours je passe par une cours
Depuis que je suis là je suis là
Depuis combien de temps je suis là ?
J’en viendrais à me demander quel jour on est
Si je pouvais avoir une idée du temps que je suis
Du temps que je suis là Comment même
Savoir le nombre de fois que j’ai passé par cette cour
Tous les jours je traverse cette cour
Le ciel est blanc depuis que je suis là
Ou bien je suis là depuis que le ciel est blanc
Je suis depuis que le ciel est blanc je suis avec
Le ciel depuis qu’il est blanc Il a fallu
Que le ciel soit blanc pour que je sois là
Est-ce que j’ai été quoi que ce soit en dehors
De là Quoi que ce soit en-dehors de ce ciel
De ces jours à passer par cette cour
Les platanes sont rognés
Les façades sont claires
Les vieilles pierres tiennent
Encore debout quelque chose
Qui fait le carré de cette cour
Qu’est-ce qui a bien pu
M’enfermer et dans quoi
Une cour n’y suffit pas
Il faut que le ciel soit blanc
Sous lequel passer chaque jour
Pour traverser la cour
Je m’adresse à elle
A travers l’écran
Cela vaut-il mieux que
Me mordre la langue pour
Ne pas entendre les battements de mon sang
Bon
D’accord
Ca va
Ben
Oui
Euh
Ok ok
16:35 Publié dans Le vieux cahier - (le miroir dans le miroir) | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
03/10/2004
...

23:15 Publié dans Le vieux cahier - (le miroir dans le miroir) | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
01/10/2004
Dernier regard sur Eurydice

|
Une voixQui prend corps Bouche fermée Bras tendus Présence rêvée à l'instant Par la lumière qui sommeille Dans les grandes pièces Cuisines Salles de bain Chambres Lieux non-intimes pourtant Pas mêmes chambres d'hôtel
Nous sommes plutôt Dans un hôpital Où l' on soignait des gens Où d'autres mourraient
Là il y a un grand miroir De face De bas en haut De la tête aux pieds Contreplongeant
Sous ma poitrine Mes seins petits Depuis le front De mon pubis Un nu mental Le cri contenu derrière les yeux Qui prend forme De mon corps isolé dans le cadre Des traces De feu Tapisseries Boiseries C'est un grand bâtiment Où les pompiers Mettent le feu pour s'entraîner A l'éteindre ce n'est pas un jeu C'est un entraînement allumer Le feu entraîne à l'éteindre c'est La loi Du retour inverse De la lumière Appliquée A l'éblouissement A côté la photo Est surexposée cramée Au milieu dans l'incendie De l'œil tu apparais "Vois"
"Qui a parlé?"
"Tu es là" "J'ai un creux Au milieu De la poitrine" "C'est là que se passe Ce qui me repousse Du monde" Et de dos On me voit Réfléchie par les glaces On Qui Dis-moi si tu peux Qui Me voit / Je suis |
Une femme nue on dirait Une fille Qui Ai-je dénué de soi Du revers d'un regard
Je suis celui qui s'est retourné Sur elle voir foudroie elle est Attirée au fond de l'image et En moi le décor se creuse Qui donc M'est retiré A travers son corps
L'être humain est un objet Sous le regard cette image Est le sujet qui me regarde Je me fais face face à autrui Lui ? Toi ? Mis face à moi face A soi Le miroir n'a pas d'autre au-delà Que l'image devant Alice a passé la glace La passante par le reflet Parle et son pas hante - Immobile – Un corps révélé espace - L'être fixé Dans le plâtre du regard Modèle moulé dans la lumière
Personne Narcisse c'est à dire la photo- Graphe dit : "Il s'agit De qui Nous sommes Quand nous ne sommes pas Affairés A être qui Nous sommes" Je suis celui qui reste avec le spectre En plein champ rétine brûlée quelque Chose du corps projetée vers l'œil Hors cadre jusqu'à mon esprit Nu mental interdit de retour La bouche d'Eurydice est close Il y a comme un effroi dans le regard Face à quoi au moment de la prise L'imagination est l'image de soi Projetée devant et face à face Quiconque à l'intuition De la mort se captive en image
Je suis celui qui perd le droit de voir Dans un seul regard à l'image Qui ne détourne pas les yeux et reste Bouche fermée je baisse les yeux il Y aurait à voir ce qui compose le tout Nez bouche joues front seins nombril Pubis mains pieds genoux cheveux sexe Etre dénué de détail dans son nu Silhouette synthétique d'un être humain Mon regard A pris corps Une voix Nue Qui absorbe Mon cri |
14:30 Publié dans TEXTS | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
CRIE
13:35 Publié dans Le vieux cahier - (le miroir dans le miroir) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
29/09/2004
MIRO, ou l’art du Néanmoins -
Joints ou disjoints, accords d’à plats colorés. Carambolage de volumes. Soleils ? noirs ou rouges - Cerises ? d’encre noire deviennent les étoiles de la page blanche, mortes, noires sans partition, boulets abandonnés d’un forçat de la représentation du non-visible à l’œil nu.
Eclat de boue des comètes sur la toile, le plan visuel en ébullition, bouts-césure, éclat de bouillon, éclaboussures…
Un œil archaïque, retourné sur la pulsation du sang, comme un collage de regards, qui revient, là, là, et là, des mains, non tracées, écrasées, imposées, figures sans préconception, nées du tracé des lignes, par l’impatience de l’oscillographe - QUI suivra le chemin qui se fait ligne noire, et se retrouve forme ou fuite de ce trait, dans l’étendue du mur blanc ?
Est-ce encore de la peinture quand la peinture pleut sur la toile ?
Face aux peintures
Le spectateur rapide qu’est le touriste se demande ce qui distingue ces toiles d’un art de tapissier. Abusé par les fausses pistes que lui tend la boutique de bibelots, il ne voit dans l’œuvre de Miro qu’un réservoir inépuisable de fonds d’assiettes, de motifs de toile cirée, de foulards en soie, de toiles de parapluies ou de cerf-volants, cette série de produits dérivés qui colorent la vie aux couleurs d’un Disney pour adultes et la rendent agréable – mais chère. Néanmoins, et c’est là que nous entrons pour la première fois dans la visite du monde verbal que nous inspire Miro, le touriste cherche comment ces grands organismes de couleurs articulées de noirs et blancs, qui se dressent devant lui, foutus n’importe comment, s’affirment pourtant, fonctionnels, robustes, féconds, comme des corps de fermières, denses d’une présence aussi émouvante que le déplacement d’air produit par le mouvement d’un autre visiteur, à côté de lui ou dans son dos… C’est à n’y rien comprendre, parce que ces œuvres ne semblent être le fruit d’aucun travail de représentation du monde objectif, non plus que de sa conceptualisation, et encore moins de l’expression d’un éventuel « monde intérieur »... Et il y a quelque chose en trop pour que ce soit simplement décoratif… Cette présence vivante, non inoffensive, imprévisible finalement, comme une personne physique et morale d’un autre genre, parlant un langage tout fait de dé-rangement, loin du silence, et pourtant inaudible sur les fréquences en cours dans l’état de matière qui détermine encore pour le moment le monde des êtres humains.
Pour parler en termes plus rationnels, et pour le dire tout net, on appréciera mal Miro, si on reste face à ses œuvres dans une attente de figuration ; et si on espère être nourri de signification, la déception n’en sera pas moins grande. En effet, les signes qui naviguent dans les fenêtres de ces toiles ont la particularité de… ne rien signifier. Ou bien des messages non encore advenus, comme les traces d’une archéologie de l’inimaginable… Comment alors se placer face à ces peintures que la fondation Miro déploie sous nos yeux, dans la circulation manigancée par l’architecte et ami Josep Lluis Sert, sur la colline de Montjuic ?
Suffirait-il seulement de faire la part de l’encre et de la couleur, du volume et de l’étendue, du sens et de l’impression ? Désirer chercher le signe sur la toile ? Le mode de lecture de la non-écriture que constitue la peinture ? Déchiffrer une langue sans peuple pour en élaborer la grammaire ? Ou bien y aurait-il une autre démarche à suivre - en travers - en-deçà de ces us et coutumes du regard sur l’art / C’est à une promenade sur la voie de notre néanmoins que nous vous invitons…
République des couleurs
Ce qui trouble jusqu’au touriste le plus distrait, c’est de cheminer pas à pas dans une œuvre dont les pièces ne sont pas seulement des étapes, ni même des facettes, des exemplaires ou des cellules, mais plutôt des stades d’une véritable recherche d’un état particulier de la matière… Comme si la peinture pouvait élaborer la possible conformation chimique des êtres en cours d’apparition… En effet, tout au long de la visite en forme de ballade, tu es face à une tentative toujours renouvelée, ramenée au point zéro, de créer une mise en relation entre les éléments simples d’une chimie de la présence physique : entre le trait, le volume et l’à plat ; entre l’espace et la toile ; entre la peinture et le sujet captivé, comme une expérience de proxémique entre deux corps de natures différentes, appartenant à deux réalités nerveuses incomparables et qui pourtant se frôlent, se flairent, frémissent au contact épidermique l’une de l’autre... S’il existe une oeuvre qui te prouve que la peinture n’a rien à voir avec la question de l’image, n’étant que réponse vive, palpable, présente, à la sensation physique dans l’instant des viandes, c’est le fatras de Miro, qui matérialise le pressentiment d’un monde où les antinomies de la matière auraient trouvé les modalités de leur cohabitation / dans un modèle révolutionnaire, et sanglant, et lumineux, solaire, d’une politique des êtres picturaux.
En effet, les modules peuplent la toile, avant même que de la constituer. Ainsi semblent-ils déconnectés de tout type de relations esthétiques. Comme s’ils n’entretenaient rien d’autre qu’une étrange espèce de contrat social entre figures géométriques grossières, autonomes et sans référent. Car un accord d’ensemble règne pourtant sur ces peuplades, et règle le mouvement de l’œuvre qui a des allures de moteur organique, destiné à mettre en branle une machine de vie, productrice d’énergie. Si une densité corporelle se dégage de la peinture, c’est pour des raisons de disposition plus que de compositions ; et de relations d’échange dynamique entre les modules mis en place selon une véritable communauté d’intérêts. C’est avec une certaine douceur, une sauvage douceur, que ces êtres monocellulaires orchestrent le chaos qui les stabilisaient dans le cadre, entre la toile et le spectateur.
Primitivisme d’un futur espéré
Ne vas pas trop vite dans le cheminement, et reste sur la face connue de l’œuf de la visite. Le moment de basculer viendra bien assez tôt. En effet, l’exposition t’invite à avancer chronologiquement, en commençant par des toiles qui sont des oeuvres de jeunesse de l’auteur, pour te mener jusqu’à celles qui témoignent de sa maturité, voire de sa vieillesse. Processus rationnel dont il ne convient pas de brusquer le bon sens. Sans compter que la banalité de ce chemin de croix te replonge dans les réflexions de Proust sur X. Le chantre de la recherche du temps considérait qu’il n’ y avait pas un tableau de X plus représentatif que l’autre. Tous étaient beaux à la même enseigne, dans la mesure où les tableaux rataient leur objectif d’être le chef-d’œuvre du maître. Car X n’avait pas produit ce tableau parfait qu’on attend d’un immense peintre autrement qu’en le cherchant à travers chacune de ses productions, successivement, certes ; mais en définitive, aussi : dans l’immédiateté évidente qu’aura toujours l’œuvre complète d’un homme égaré dans les déambulations sans perspectives du temps perdu, c’est à dire d’un homme mort depuis suffisamment longtemps pour qu’on ait oublié les circonstances de sa vie – et à condition qu’ il reste autre chose de son œuvre que des fragments de toiles rongées par les mythes... Il s’agit bien de considérer toutes les œuvres simultanément pour deviner le tableau que X avait inventé entre les lignes jamais tracées de la peinture figurative qui laisse naître les traits de la confrontation des volumes dans la lumière, tableau qu’il n’avait finalement jamais tracé mais dont chaque peinture peut constituer le ratage ou la trouvaille abandonnée, l’horizon avant ou arrière...
(Tu as là le meilleur argument contre la réduction de l’oeuvre d’art aux différents objets qui la constituent : toiles, dessins, sculptures, installations... Le produit du travail apparent est fondamentalement aussi éloigné de l’œuvre à laquelle se voue l’artiste que l’acte du cuisinier qui aiguise ses couteaux est loin du plat qu’il aura confectionné – il lui est aussi nécessaire, mais qui songerait à rétribuer l’aiguisage en soi ? L’œuvre d’art est invendable car elle n’existe pas dans le domaine des choses réductibles à la valeur marchande. L’artiste ne peut être payé que pour vivre, et pouvoir créer, c’est à dire se vouer à son œuvre, chercher son temps – ceci n’était pas qu’une parenthèse...)
Ainsi en va-t-il de la série des œuvres de Miro qui te dévoilent peu à peu le tableau inconnu du primitivisme d’un futur espéré. Toutes ces œuvres remisent en tas, les toiles de jeunesse, pleines d’une maturité impressionniste, surréaliste, cubiste, mêlées aux peintures du grand âge, caractérisées par l’abstraction enfantine de ce nouveau monde réalisé, cette masse d’œuvres, te découvre un art en train de précipiter, au sens chimique du terme, les matériaux que l’homme moderne avait lentement inventés, classés et mis de côté, pour représenter ses perceptions. Dans l’alambic de cette œuvre tu peux observer les combinaisons de la virologie minérale du réalisme, où l’on opère la transmutation du concept tramé sur les tissus organiques, délité jusqu’à sa dissolution dans la décomposition des chairs et des figures mimétiques en éléments simples, et accouplé selon des possibilités nouvelles, en vue de chimères à venir…
1925
On pourrait voir le jeune Miro trouver le ton en 1925, qui fera de lui non plus seulement le peintre, mais un chercheur d’une autre nature, comme l’artiste est scientifique comme l’alchimiste l’était en son temps… Vois comment se révélera ce Miro, sorcier des éléments simples qui composent l’infiniment rien des choses - là où se trouve peut-être le point de jonction entre la matière et l’intelligence.
On observe dès ses œuvres de jeunesse les plus facilement réductibles à une école, un style ou un mouvement, comment la couleur, le désordre, ainsi qu’une certaine naïveté dans l’abstraction, sont toujours sur le point de prendre le dessus sur la représentation, le portrait, le nu ou le paysage. Souvent, le peintre est plus intéressé par le minimalisme de quelques lignes, répétées un peu arbitrairement semble-t-il, (si l’on demeure dans une perspective purement figurative, mais aussi si l’on se conformait aux principes d’économie et de sélection de toute composition esthétique) ; que par l’élaboration (déjà fort soignée) de masses descriptives à l’architecture complexe, mais sans intérêt, par rapport à ce que l’on voit se préparer, en direct, sur la toile : dans la mollesse et l’indétermination des processus biologiques qui font jaillir ces étranges lignes à travers le paysage représenté : c’est une autre série de principes créatifs qui paraissent… C’est à partir de ces années, donc, que le ton semble donné, d’une gamme qui se modifiera en se répercutant toujours plus loin de l’écho figuratif, inventant une manière de volumétrie ondulatoire à plat, comme sous l’œil du vide, une modalité adéquate à la texture même du néant - si l’on peut dire : le temps…
La face de l’œuf en équilibre
Il y a au bout de cette œuvre une ambition que seule l’art peut envisager : expérimenter ce que sera le monde quand les œufs accepteront de se tenir en équilibre sur un point de côté.
A présent, tu peux laisser l’œuf basculer…
Le basculement de l’œuf n’est pas instantané. Il prend un certain temps, il passe par toutes sortes de jeu entre les genres de peintures qui ont nourri Miro. Ce sont comme des dettes de circonstance envers les farceurs de son époques, surréalistes ou autres… Des poussées d’exagération que d’aucun trouveront bien espagnoles, grotesque ou j’m’en foutistes, bref où l’on repérera ce qui est inévitablement infantilisme joyeux dans la quête d’enfance de ceux dont le métier est de la retrouver. Cette crasse oxydée est de celle que l’on soumet à l’eau forte, pour qu’elle se dégrade en particules toxiques, et fuie dans l’évier, afin de révéler le trait fin, lucide, du cisèlement de la naïveté, dépassement de tout âge dans la jeunesse définitive, enfance mure…

Tu parlais de minimalisme, mais qu’y a-t-il moins que le néant ? Le minimum, c’est encore quelque chose, l’acide ne laisse rien que la ligne pure du métal, Miro va voir et chercher plus loin, en dessous du néant. Non pas même dans l’infiniment petit, mais réellement dans la zone du rien. Ses toiles ne sont pas composées, a-t-on dit, bien au contraire, des éléments y sont dis-posés de façon à ce qu’elles ne signifient ni ne représentent rien (malgré certains titres qui ne sont rien d’autre que le prix à payer au réalisme pas encore achevé). Les rares figures reconnaissables, silhouettes molles, masques schématiques, icônes archaïques, semblent n’être là que pour rappeler ce qu’il y a dans le monde perdu des choses, car les souvenirs ne sont pas absents dans le règne du néant-moins. L’inexistence de la page blanche, saturée des motifs qui ornent l’infra-nullité, est le dépassement du symbolisme mallarméen… Parce qu’en fin de compte, regarde bien ces toiles et dis-toi que tu ne les distingues qu’à travers la membrane des limbes. Imagine un microscope électronique suffisamment puissant, et programmé pour numériser cet entre deux qui relie les cellules vivantes et les impulsions neuronales… L’art de Miro te donne à voir la représentation fidèle, bien qu’un peu grossière, à la manière schématique des diagrammes scientifiques, de la pulsation de la pensée dans les tissus qui tapissent les muqueuses.
Une écriture sans langage
Car à quoi servent ces fameuses couleurs primaires étalées uniformément ? Ces formes géométriques un peu relâchées ? Ces esquisses moqueuses de figures repérables ? Ces lignes, ces traits, ces zigouigouis, griboullis, et autres zigzags, zobs retorses, nénés enragés comme des tâches, sinon à faire dériver le signe sur l’échelle de la signification, vers le bas, comme pour épuiser la calligraphie de tout idéogramme, bien loin de l’alphabet, mais aussi à l’extrême opposée du hiéroglyphe, qui soude le sens à la figure…
Le geste du peintre qui entreprend soudain d’écrire de cette manière te mène dans cette zone de l’être où la perception cinesthésique se passe de toute signifiance, de la moindre ressemblance, mais où pourtant l’esprit se frotte toujours, sensuellement, à ce qui est tracé, brossé, étalé, graphé.
C’est comme un primitivisme sans barbarie issu de l’exploration des cavernes de l’avenir, celui d’après l’apocalypse qui marquera le commencement d’un monde où l’homme aura fusionné avec la matière qui le constitue. Ces graffiti fixent le rituel d’évocation d’un état de la matière qui t’oblige à préciser ta définition du néant, comme étant le lieu où il n’y a pas exactement plus rien, mais plutôt le lieu où il ne reste plus que mémoire vague, au bord de l’effacement, comme un dessin dans le sable avant la marée, de quoi que ce soit de venu ou d’à venir. Un lieu sans forme ni idée mais marqué des traces à peines lisibles du passage d’êtres qui avaient des formes de bonshommes, de seins, de phallus, de taureaux, vides de toutes substances, prêts pour l’écume, comme saisies à l’instant qui précède leur transformation en à plat, en lignes, en giclures moussues.
Lignes et à plats
Le jeu entre les lignes et les à plats est une oscillation de l’énergie à l’énergie, en passant par la signification.
En définitif, nous dirons que c’est tout d’abord une politique des énergies que Miro te découvre par sa peinture, ouvrant des vues sur un monde qui se situe sous la pellicule décollée du réel. Ton regard se perd dans des à plats perdus de lignes, uniformes et lointains, d’une substance primitive, première, une matière cosmique, comme le ciel, comme le sang, comme le soleil, comme la nuit, que les sens seuls ne peuvent percevoir que comme étendue plane, sans forme ni volume, alors qu’elle est toute faite de profondeur et de couleur, comme une masse épaisse et accueillante composée d’énergies pures, primaires, comme on parle de couleurs primaires, définies autant par leur puissance d’impression visuelle que par la charge axiologique et symbolique qu’elles offrent à la saisie de l’esprit. La peinture, donc, comme ministère d’une cosmologie de modules désaccordés…
Tout d’un coup, ton regard égaré dans la couleur étendue dans le sens de la profondeur, dans le sens de la traversée de la toile, ton regard est soudainement happé par un jeu de lignes, de points, de traits, comme si l’à plat avait été couché pour te faire vibrer sur la fréquence létale la plus incandescente, afin de te préparer à l’électrochoc du trait qui te tire le cerveau par un fil et le projette, au bout des lacets d’une fronde, dans cette zone étrange du « moins que rien », monde caillé comme le lait au contact du citron, du vinaigre, du vomi, de tous les acides qui travaillent la matière vivante.
Vif argent et tapisserie de laine
Miro aura transcendé le vingtième siècle en lui tissant une étrange rigolade aux couleurs primitives, comme on taille un costard de laines dans un bain d’acides. La fontaine de vif argent qui ouvre la promenade, derrière la vitre protectrice, narguant le touriste de son ruissellement perpétuel et toxique, est un beau symbole de l’impitoyable passion du peintre pour le noyau de métal instable qui constitue l’être. Qu’on se rappelle ce divertissement chinois qui consistait à verser du mercure dans le crâne d’un homme vivant, avant de le peler entièrement, et l’on comprendra la nature terrible de cette passion pour le monde derrière la tapisserie des perceptions…

21:15 Publié dans Visites de musées | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
Louvres, descente aux limbes
La lumière des tableaux suffirait-elle à éclairer ces salles si le soleil venait à manquer ? Il faut craindre que non.
Il se souvient qu’enfant il regardait l’illustration des billets de banque. Delacroix, « la liberté guidant le peuple », était-ce sur les billets de 100 francs ? Aujourd’hui, il déambule sans rien voir, sans rien comprendre. Sur les murs, les grands corps morts qui peuplent les peintures sont allongés, indifférentes au passage des visiteurs. Ne vous l’a-t-on pas dit, me confie un vigile aux airs de conspirateur, les œuvres sont exposées pour vous attirer ici. Vous, vous êtes les véritables pièces du musée. On vous échange, comme aux échecs. La preuve, les jeunes européennes en visite promènent leurs visages entre les toiles des maîtres anciens pour constater à quel point nos filles n’ont pas changées… Elles ont toujours cette même laideur absente, qu’elles soient bourgeoise, paysanne ou aristocrate. Seules la maternité ou encore la nudité, lorsqu’elle est sensuelle, parvient à les transfigurer. Permanence de l’Europe…
Si les sculpture édifient des corps avec une passion anatomique qui trouve son sens dans la représentation du geste, c’est à dire l’invention de l’espace, il n’y a rien à faire, la peinture est tout visage, toute face, expression et regard, et parfois cri ou sourire… Il y a bien quelques grands corps nus, d’hommes ou de femmes, mais ils ne sont guère rien d’autre que paysage se souvenant du squelette et de la chair… Ronchonne une visiteuse qui aborde l’âge de la ménopause avec un brin de réprobation.
Le pire pense-t-il, parmi toutes ces peintures, c’est peut-être la façon dont Corrège associe la souplesse des formes à la représentation de la carnation… Sans autre équivalent dans la sculpture que Canova, et ses épidermes de marbre que le regard rend presque tiède, humide…
Le long de la visite il constate avec horreur : j’ai… j’ai du mal à regarder, je… je ne suis – pas ému…
Vraiment, il ne peut se concentrer que sur le spectacle de ses congénères, et être ému par les correspondances de régularités et d’irrégularités qu’il constate entre nos traits et ceux des figures représentées à des siècles d’intervalles. Une chose l’embarrasse malheureusement, c’est ce larsen blanc d’où sont violemment déjetés les visiteurs de couleur, les noirs et les arabes des classes de banlieue, les asiatiques des cars de tourismes, ne peuvent qu’observer avec l’œil de l’espion industriel ces manifestation paradoxale de l’universalité de l’art : comment devenir blanc pour détruire l’art de l’intérieur ?
On passe bien sûr devant quelques magnifiques turquerie en lesquelles les jeunes filles peuvent s’identifier avec ravissement. Des scènes de bataille où des guerriers enturbannés peuvent flatter les garçons. De toutes manières les arabes aiment correspondre à l’image qu’ils donnent d’eux. La peinture en fait son miel, et ils ne sont jamais déçus. Les noirs quant à eux sont toujours représentés un peu esclaves ou eunuques… On comprend qu’ils préfèrent le cinéma à la peinture…
Enfin, tout le monde s’en fout, filme et photographie…
Il regarde sa montre et pense : Depuis combien de temps ces œuvres sont-elles accrochées là ? J’ai passé trois heures quarante huit au musée, en comptant la queue à l’entrée pour l’achat du ticket, et je n’y ai rien vu. Deux filles jolies dont j’ai croisé le regard, et qui ne semblaient pas venir d’Europe… Sinon, de Poussin, le Caravage, Piero Della Francesca, ou Rubens, j’avais déjà vu tout ça, sur internet, en image… On peut brûler les peintures maintenant qu’elle sont numérisées
Tout se confond de toutes manières. Il n’arrive plus à regarder les œuvres. A jouir de leurs volumes non plus qu’à envisager les personnages célèbres ou les vertus qu’elles représentent. Il se trouve face à des représentations grossières, exagérées et/ou idéalisées, de l’être humain par lui-même, tel qu’il aime se voir dans les relations de force ou de faiblesse, de désir ou de frayeur… Cela ne produit sur lui, au bout du compte, qu’une irrépressible envie de baiser.
Il n’y a que dans les sujets vraiment religieux que certains petits détails parviennent à le tirer de sa torpeur émotionnelle. Lorsque la célébration de scènes de la Bible ou de l’histoire religieuse se trouvent avoir été l’occasion d’explorer les modalités de la représentation du monde, et plus particulièrement du corps humain. Il retrouve un vague relent de l’enthousiasme que les entreprises d’amour du réel produisaient sur lui quand il n’était pas encore tout à fait désaffecté. Il se souvient : oui, on peut avoir foi en la beauté du réel, et élaborer à partir de cette passion les critères du beau…

Des vertus de tempérance, de prudence, de justice, de force, ces dons de l’esprit sain qui ont pris forme humaine, ou des sept péchés qui, comme la vierge, les anges, le christ, les maternités ou annonciations se manifestent par le corps de la créature humaine, voué aux supplices des martyrs, des âmes qu’on pèsera parce qu’elles ont le poids des membres, des choses de l’esprit à celles de la chair y a-t-il un chemin qui mène aux champs de bataille et aux camps de concentration ?
Entouré par le terrible règne de l’iconographie, il s’arrête un instant au milieu d’une galerie et se dit brutalement qu’il aurait pu naître n’importe où et aimer les production de sa civilisation… Il se demande dans le même temps ce qui lui fait ne considérer que l’errance et les bassesses…

20:55 Publié dans Visites de musées | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note



