30/03/2008

Taïwan

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Séjour enFOR M OZ

République de ChineTO

pendant les élections présidentielles de 2008TAI WAN

Du 2/2/8 au 3/2/8 2008


par XLO
The Sputnik Dog

Sur la page Wikipédia consacrée à Taïwan, des encarts avertissent les lecteurs et les contributeurs éventuels, sur la délicatesse de la terminologie à employer.

L’encyclopédie libre sur internet est un bon exemple de la situation de mondialisation que nous connaissons, et de la direction que vont prendre les rapports interpersonnels dans ce monde où les rencontres sont facilitées et accélérées, autant que le danger inhérent aux malentendus dont les rencontres peuvent être l’occasion, si on ne prend pas garde au langage qu’on emploie, si l’on manque de tact et de délicatesse, si l’on est trop ignorant des questions qui se posent à ceux qu’on rencontre - à toute vitesse.

Notre voyage, du 27 février au 28 mars 2008, en pleine période d’élections présidentielles, consistera en un voyage vers le réel de l’île - vers Taïwan...

*

PARTIE I

 

AVANT L’ELECTION


 

SUD

Kaohsiung

 

 

 

 

 

 

28 février 2008-03-09

 

L’odeur suave, sûre, dans le fond de l’air, m’accueille à la sortie de l’aéroport. L’imagination commence déjà à travailler, pour installer des enseignes lumineuses sur les perceptions inconnues... Est-ce une odeur de thé qui fait le fond de l’air ?

Yin Xiang Doll est venue me chercher, en taxi jaune. Nous ne nous sommes pas vus depuis longtemps, mais c’est comme si nous nous étions quittés la veille. Et ce n’est pas seulement la chirurgie esthétique expérimentale qui conserve à l’artiste cette allure sans âge... Quelque chose en elle était déjà dessiné pour durer, comme une icône, ou un logo.

En ville, le chantier du métro occupe toujours les rues, comme interminablement depuis six ans. Les rues sont encombrées sur la verticale par de grands panneaux d’annonces colorés, comme si la publicité servait à maquiller la cité. La sirène de jouet d’une ambulance ouinouine à travers la ville. Le caramel brulé de l’essence prend à la gorge. Troublante comme une femme voilée, une mystérieuse jeune fille, dont on ne voit que les yeux, entre le casque et le masque, est alanguie sur son scooter, en attendant que le feu passe au vert. Casquée, masquée, une mère et ses deux mioches sont prêts au combat urbain que constitue la circulation. Deux régimes de circulations semblent montés en parallèle : un circuit apparent, rigide, celui des voitures, des camionnettes et des camions : et un circuit invisible, fluent, celui des scooters, qui suit des trajectoires un peu imprévisibles, dépendant du rythme et du débit de la circulation des plus gros véhicules. Un pieds nu et fin dans la sandale argentée est posé sur le sol, et cela suffit à maintenir le scooter en équilibre.

Les femmes en scooter portent un masque de chirurgien décoré de motifs colorés. Yin Xiang Doll a créé une série de motifs pour ces masques, mais personne à Taïwan, n’a osé les commercialiser. Quelques rares exemplaires circulent, sous le manteau... Les femmes semblent ne jamais quitter le leur, ni pour faire pipi, ni pour prendre leur douche, ni pour les autres affaires qui voudraient qu’on se libère le minois.

Les trottoirs des rues sont recouverts par l’avancée de l’étage supérieur des immeubles. Des caméras encroûtées par la pollution patientent dans les angles, entre les tuyaux des canalisations, veillant sur les scooters garés au repos. Il faut s’en méfier. Il m’est arrivé de me griller le mollet en passant contre un pot d’échappement bouillant. Une odeur de patates douce se mêle aux parfums de la rue. Est-ce l’odeur fraîche de la mer qu’on sent passer à travers les rues de Kaohsiung ?

 

Mon pays est l’endroit pour lequel l’horloge de mon téléphone portable est réglée.

 

Plus que dans un lieu, le voyage mène dans un état physique,

 

Pour expliquer l’état dans lequel on se trouve, il ne suffit pas de se dire qu’à notre point de départ, il est telle ou telle heure et qu’il y a tant de temps de décalage entre cette heure et celle de notre point d’arrivée. Nous ne sommes pas comme un téléphone portable, avec une horloge réglée en nous-mêmes, et qui continuerait sa course sans s’adapter aux modifications de son environnement. Fatigue, donc. Si le corps a ses habitudes, ces dernières sont bouleversées par le temps et les conditions du voyage. Aussi les perceptions que le corps a de la lumière du jour ou des variations du climat sont-elles troublées.

 

Yin Xiang Doll vit avec ses vieux parents dans un Combos. Un ensemble d’immeubles aux appartements sécurisés, gardés, équipés de salles de sport et de salles d’activités diverses, karaoké, massages, jeux. Les jeunes cadres qui y enmènagent emmènent parfois leurs parents, qui passent la journée dans le jardin avec leurs petits enfants. Un ruisseau court entre des massifs de fleurs, les pierres d’un jardin zen, les tables rondes d’un jardin à l’anglais, les pièces d’échec géantes d’un échiquier de marbre de Hualian... Ce journal va être le lieu d’écrire sur ce qu’il m’est donné de voir. Ecrire me permettra de dégager ce que voir me permet de connaître. La vigilance qu’implique l’écriture me permettra aussi de porter mon effort vers ce que je ne connais pas, qui me fascine ou m’effraie.

 

Au cours de l’après midi, je ne peux m’empêcher de sombrer dans le sommeil. Je me réveille alors que la nuit est déjà tombée. Nous sommes au moment du coucher, mon corps le sent, mais j’ai perdu mon sommeil, dilapidé dans le sommeil, qui est comme une monnaie d’échange entre mon esprit et mon organisme... Ou plutôt est-ce la fatigue nécessaire à l’endormissement que j’ai usée jusqu’à la corde. Dès lors, qu’est-ce qui pourra m’attacher au sommeil ? Pour le dire autrement, et cesser de chercher les mots qui renouvelleront la sensation, dans l’espoir de la cerner, de la saisir, voire d’y pénétrer plus loin, tout bonnement, mon corps est reposé. En outre conserve-t-il un souvenir de ce qu’est l’après, en ce moment, ailleurs...

 

Mon maniérisme du temps...

 

A ce moment du temps... Y a-t-il quelque chose qui s’apparente au temps, en dehors de ces perceptions sensorielles ?

 

J’ai fait un rêve. Mon rêve – l’oeuf de marbre...

Ne m’en rappelle pas... ces voyages à Taïwan me ramènent toujours à mon enfance en Italie, les carrières de marbre de Carrare, écho à Hua Lien, les marbriers asiatiques avaient quelque chose, même physiquement, des tailleurs de pierre de Pietrasanta – couverts de poussière blanche... Le patron de l’atelier de sculpture où mon père travaillait, Cervietti, marié à une asiatique (vietnamienne ?) à qui il offrait un diamant nouveau chaque année... Il y a pierre et pierre...

 

Nous sortons.

 

Le soir est frais et calme. Les rues sont un peu vides. Les gens ne sortent pas. C’est un jour férié. A l’angle des rues brillent les trois couleurs de Seven7eleven : jaunes, vertes et blanches. Les enseignes, les vitrines, les feux de signalisation. Comme d’habitude, les rues seront illuminées toute la nuit, comme s’il y avait quelque chose dans la nuit, à ne pas laisser se faire. Un silence lumineux.

Kaohsiung est encombrée depuis une six ans par les travaux du métro. C’est un des scandales de la ville, qui pèse sur le passif du DPP. Des barrières de chantier coupent les rues par le milieu, sur toute la longuer, égrennant des lanternes rouges le long des rues, comme on le voit dans le Taïpei des nineties du film de Tsaï Min Liang, Rebels of the Neon God.

Lorsque le feu est rouge pour les voitures, un petit bonhomme vert se met à marcher dans sa petite boîte. A côté, un écran digital affiche en orange le décompte des secondes qui restent aux piétons pour traverser. Lorsqu’on arrive aux dernières secondes, le petit bonhomme accélère son pas, afin d’inciter le piéton à faire de même, par mimétisme. Il paraît que les Japonais eux-mêmes ont été impressionné par cette figure locale... C’est Yin Xian Doll qui connaît ses histoires, sa vie et sa légende. Le petit bonhomme vert de Taïwan ! Elle les a racontées en animations flash sur internet. Nous pourrons raconter les histoires du petit bonhomme vert un autre jour. Pour l’heure, d’autres histoires requièrent notre attention. C’est Yin Xiang Doll qui nous emmène par la main.

 

Le parc de Tchang Kaï Chek entoure le bâtiment de la bibliothèque municipale. Les immeubles des alentour sont noyés d’une brume tiède, constituée par la pousisère des tempêtes de sable qui ont récemment touché Pékin. Comme en annonce, ou en rapel, de la proximité du continent, et de son influence sur l’île, non seulement politique, mais aussi climatique... Le climat n’est-il pas lui-aussi politique, quand la poussière est rouge. Poussière tu es, poussière –

 

Dans le parc, des groupes de femmes en survêtements se sont réunies pour pratiquer les pas de telle ou telle dans de salon. Dans l’obscurité du parc, on entend une musique arabo-andalouse. Des jeunes filles, équipées de toute la panoplie, effectuent à la perfection les figures de la danse du ventre, comme si c’était un sport de compétition.

Le bâtiment de la bibliothèque est une immense pagode de béton de plusieurs étages. Le bâtiment présente un complexe spectaculaire d’esplanades, d’escaliers monumentaux et de galeries. Envahi de nids d’hirondelles, le plafond s’étend à une hauteur vertigineuse. L’espace est peuplé par les mouvements des oiseaux en forme de flèche, et de leur pépiement, que n’occulte pas le rapp taïwanais diffusé par les postes des jeunes qui répéte avec autant de précision et de sens collectif que leurs mères et leurs soeurs, les figures acrobatiques du hip hop. Les sapes et la gestuelle sont les mêmes que chez les rappeurs de chez nous, avec ce petit quelque chose en plus de détendu et de discipliné qui ne vient peut-être pas que de la culture asiatique, mais aussi d’une société moins bousculée par les complexités de l’immigration...

Au centre du bâtiment, dans une loge immense se tenait la statue de Chang Kaï Chek, bronze monumental trônant au milieu des pigeons qui avaient élu domicile sur sa tête et ses épaules.

Récemment, le DPP, le parti au pouvoir, taïwaniste, a fait déboulonner la statue, qui a été découpée en morceaux. Sous les protestations du KMT, bien sûr. Sur le plateau de ciment surmontant le portique, les caractères qui annonçaient Tchang Kaï Chek ont été effacé. Voir cette place vide, derrière la barrière qui isole l’endroit, provoque une certaine émotion. L’émotion du vide. Lorsque quelque chose  était là, et qu’il n’y est plus...

 

La soirée s’avançant, je ne pouvais m’empêcher de me projeter et de songer qu’en France c’est l’après midi, non seulement en ce moment, pour ceux qui y étaient restés, mais aussi pour moi-même, pas plus tard qu’hier, au même moment, ou plutôt à la même heure, c’était l’après midi. Je me demandais s’il y avait une inertie du temps qui  pesait sur notre organisme...

 

 

Le 2/2/8, ce moment fondateur de l’histoire moderne de Taïwan est resté tabou jusqu’au moment de la levée de la loi martiale en 1987. Hou Hsiao Hsien a été le premier a traiter du sujet dans un film très elliptique pour un spectateur occidental, mais tout à fait explicite pour le taïwanais de l’époque.

 

La Cité des Douleurs, le film de Hou Hsiao Hsien sortie en 1988, évoque la vie d’une famille taïwanaise de la fin de l’occupation japonaise et l’arrivée des troupes du gouvernement chinois de Nankin jusqu’à l’instauration de la loi martiale en 1947, suite à la répression du 28 février. On raconte qu’un officier continental aurait frappé une vieille femme qui vendait des cigarettes de contrebande, et tué le taïwanais qui se serait interposé. A la suite de cet acte, les taïwanais ont lynché plusieurs dizaines de Chinois continentaux. Ce à quoi le pouvoir a répondu par une repéression brutale, dont les victimes se comptent en dizaines de milliers. Lorsque le Guo Min Tang et Chang Kaï Chek débarqueront sur l’île, après avoir été chassé par Mao, il accentuera cette fracture entre taïwanais et continentaux, instaurant une dictature où le parti unique domine la (non) vie politique.

 

La sortie du film permit une véritable libération de la conscience nationale, si bien qu’aujourd’hui, la date est commémorée et l’événement est marqué par un parc et un mémorial au coeur de Taïpei, à deux pas du mémorial de Chang Kaï Chek.

 

On est forcé de noter que les taïwanais n’ont pas la gratitude bien durable. En effet, le cinéma de Hou Hsiao Hsien est complètement oublié à Taïwan, et Giu Fen, le petit village du nord que le cinéaste a véritablement rescussité, au point qu’il est devenu un haut lieu touristique du nord du pays, ne conserve aucun souvenir du cinéaste. Si ce n’est un cinéma délabré où de gros chats ont élu domicile entre les canettes de bière taïwanaise, sous une immense et magnifique affiche de Poussière dans le vent qui pourri dans l’indifférence des taïwanais qui font leur petit business. Car ici, on n’a pas que des qualités, et la nécessité de survivre n’excuse pas tout.

 

Ce qui nous sert méchamment de transition avec la suite de nos impressions...

 

La télévision tabloïd nous apprend plein de choses. Tout ce qu’il faut savoir sur un pays. D’abord, et c’est essentiel, que l’année est bisextile. Aussi des femmes ont-elles fait ce qu’elles ont pu pour se faire accoucher le 28. Non pour que leur enfant aie une date anniversaire liée à l’histoire du pays, mais tout simplement pour qu’il aie un anniversaire.

Bien sûr la commémoration du 2/2/8 est prise dans le mouvement de la campagne électorale, si ce n’est un peu exploité.

Les commémorations se font dans des armées de drapeaux, des défilés de voitures décorées, les candidaits et les militants portent des vestes à la couleur de leur parti. Vert pour le Min Jing Dang, les taïwanistes, et Bleus pour le Guo Min Tang. Les discours sont convaincus. Les gestes sont démonstratifs. Pouces levés. Une jeune femme, passionaria en survêtement, vert tape en série les mains de ses supporters, en fendant la foule. Et puis elle s’arrête régulièrement pour s’accroupir et refaire ses lacets.

Hsie Hsiang Ting, en veste Verte, fait un discours. C’est la première fois que je vois ce petit homme, vigoureux et combattif, porteur de quelque chose de très taïwanais dans les gestes, les intonations et le ricannement. Son adversaire du Guo Min Tang, en veste Bleue, lui répond, sûr de lui. Très digne, très lisse, très international. Comme sculpté sur le modèle du compagnon de la poupée Barbie, en version asiatique. Faire bonne figure ou ne pas perdre la face. Dans le sud, on est nécessairement un peu partial, et on se laisse facilement gagner par la ferveur verte... Mais Yin Xian Doll sourie. On donne peu de chances au candidat vert. Aux élections législatives, le DPP a perdu presque tous ses sièges au Parlement, dominé par les Bleus. Et après huit ans de DPP, il semble que les taïwanais aient envie de changement...

Le président sortant est là. La constitution lui interdit de se présenter plus de deux fois. Après deux mandats, marqués ces dernières années par de graves accusations de corruption, portées contre lui et contre sa famille, Chen Shui Bian accompagne vigoureusement le candidat de son parti dans la campagne.

 

A l’occasion de la commémoration du 2/2/8, des membres fondateurs du Min Jin Dang viennent apporter leur soutien. On voit même un survivant des premières heures de l’indépendantisme, dont toute la famille a été exécutée sur ordre du KMT, à l’époque où ce dernier craignait la création d’un nouveau parti. Des familles des victimes du massacre se joignent à la commémoration. Ici comme ailleurs, le rituel commémoratif manque souvent de décence vis-à-vis des acteurs des événements. Mais eux s’en foutent, ils sont morts et c’est trop tard pour leur témoigner quoi que ce soit. Les vivants se font plaisir. Ou se rassurent...

 

L’insconscient collectif ne manque pas de reprendre ses droits dans l’angle mort de l’actualité que constituent les faits divers les plus sordides. Des images d’un transfert de prisonnier : un criminel arrêté en Chine est renvoyé en France. Un homme nu, le corps couvert de plaies témoigne, montrant les chaînes et les barbelés qui ont servi à le torturer. Une vidéo recueillie sur une vidéo surveillance de la rue montre une femme en furie, que plusieurs policiers tentent de maîtriser, mais elle leur donne du fil à retordre. On ne se demande plus comment elle a pu infliger à son mari ces terribles tortures...

L’homme avait épousé une chinoise du continent, comme ça se pratique à Taïwan, moyennant finance. Récemment, Hsie Hsien Ting avait condamné ces réseaux de trafic humain, traitant de « porcs » les taïwanais qui en profitaient, et s’attirant par là les foudres de tous les taïwanais mariés à des chinoises...

Le 26 août 2003, un bâteau de trafiquants est entré en collision avec une navette de gardes côtes. Les trafiquants ont jeté leur chargement par dessus bords, que les garde côte ne put récupérer dans sa totalité. Six femmes étaient mortes noyées.

27/03/2008

Taïwan

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Please mind your step

Le tapis roulant de l’aéroport de Hong Kong vous avertit lorsqu’il vous a porté à son extrémité : Please mind the step. Une orgie de design. De modernisme high-tech. Mais à y regarder de près, tout s’use, se ternit et semble déjà vieux. Cmment régler leur compte aux Futuristes ?

 Je reconnais la démarche fatiguée, ralentie, le genoux se cassant vers l’arrière des femmes taïwanaises. Non pas paresseuses, ni lasses, dans la lassitude mais plutôt, lassée, déjà, à la façon dont on se sent une fois qu’on est lassé... Quelque chose d’un accablement qui marche... Comme dans ce plan qui ouvre Good bye south Good bye, comme on y va, de l’avant, mais marchant à reculons.

 Dans le petit matin, une sorte de paix traverse les baies vitrées, et les sons se perdent sous le vaste palfond incurvé. Dehors, le ciel est presque gris. Lentement, le plomb vaporisé estompe ce qui était encore un instant plus tôt, hier, et fait apparaître ce lendemain qui advient. la lumière est poudreuse et perce malaisément la brume qui noie les montagnes et les immeubles. Est-ce la poussière des tempêtes qui soufflent du désert sur Pékin ou la pollution ? L’eau scintille à l’autre bout de la pise construite sur la mer. La mer est quasiment au niveau de la piste. Les énormes appareils de la Dragon Air Compagny s’arrachent du sol et élèvent leurs carcasses vers ce soleil qui ne sait comment percer cette opiniâtre brume. Qu’est-ce qui s’oppose à lui ? de la châleur, de l’humidité, de la poussière, et quoi d’autre ?

 Sur le Tarmac, les courbes des lignes blanches et jaunes dessinent sur le bitume des espaces qui servent aux manoeuvres de ces tubes de tôle. Autour des appareils restés au sol, s’affaire toute une activité. Les voiturettes manoevrent, traînant leurs chariots de sacs, de colis, de containers. La porte d’une soute s’est lentement soulevée et les employées ont installé des rails roulant, sur lesquels ils chargent les bagages.

 A l’intérieur, un coup d’ombre, un avion est passé devant le soleil. Les ombres sur la moquette sont populsées comme s’il existait un plan horizontal dans le monde poudré d’or des ombres. L’ombre de mes doigts et de mon stylo sur la page quadrillée du cahier plongent selon la même angulation, dans une perspective incalculable. Un occidental lit un roman de Cormac Mac Carthy.

 Dans l’avion qui fait la liaison avec Kaohsiung, Taïwan, j’essaie de pratiquer mon peu de Chinois avec l’hôtesse qui ne comprend pas ce que je veux lui dire. Je n’ai pas de carte d’immigration et je lui demande comment ça se dit en Chinois. J’essaie de me faire comprendre en Anglais. Je lui demande comment on dit « fiche » en Chinois...

Elle me répond qu’elle n’est pas Chinoise.

L’identité, déjà...

Suis-je face à une taïwaniste anti-chinoise, ou bien y a-t-il une autre raison à ce refus, plus subtile ou plus simple ?

Je ne connaîtrais jamais les raisons de sa réticence...

Et j’arrive enfin à Taïwan pour observer les élections présidentielles. Ou plus précisément, pour m’observer, moi, observant les élections présidentielles de Taïwan en 2008...

Le temps des malentendus, qui est le temps de tout voyage qui se respecte, le temps délicieux du voyage, vient donc de commencer - ce temps du ravissement de soi, au goût de l’autre – morsure, au-delà de l’ensoi, donc...

 

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 La fin du voyage

La fin du voyage est épuisante. La couverture est poussiéreuse. On a le sentiment d’avoir le nez pris. Comme s’ils avaient la même idée en même temps, des gens toussent. Une sorte de demi sommeil inconfortable nous prend par intermittence. Le dos se casse lentement en petits morceaux au fur et à mesure de la somnolence où les coups de chaud alternent avec les coups de froid. Lors de mes réveils sporadiques, je jette un oeil au petit écran qui brille devant moi. Nous venons de survoler le plateau du Tibet, nous passon sau-dessus de Zan Zhou.

 Ainsi basculons-nous lentement de l’autre côté de la terre. Lentement, mais à vue d’oeil. Une autre échelle...

 Pâle depuis son réveil, la jeune fille à côté de moi se penche discrètement, le nez dans un sac en plastique et bien sagement vomit. Pendant son sommeil, rien n’a bougé chez cette enfant. Pas même la barette qui tient ses cheveux. Elle n’a pas non plus décroisé ses jambes. De temps à autre, un petit mouvement de son pieds a semblé suffire à décharger toute tension musculaire ou nerveuse. Et puis, au réveil, vomir. Cette manière qu’elle a de souffrir pour elle-même, sans méchanceté, avec douceur. Y a-t-il là un idéal ? Ou bien une recolonisation de la femme par mon imaginaire ? Ce ne sont pas des livres d’ethnopsychiatrie qu’il faut lire mais des études psychanalytiques sur les mâles occidentaux qui vont chercher la femme à l’étranger. Le choc des civilisations prend un tour étrange lorsqu’il s’agit du rapport entre les sexes...

 Les volets des hublots ont été levés. Dehors, on serait tenté de dire que le soleil se lève, alors qu’on sait bien qu’il n’en est rien. Surtout à une époque où on fait le tour de cette planète aussi répidement et pour aussi peu cher... A quel point il est difficile d’être adpaté à la technologie qu’on a entre les mains...

 L’ami énorme se déploie, et agite sa guibolle pour faire passer les fourmis. Ai-je bien senti l’avion osciller ?

 

 

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La Cochinchine

 Je relis le passage du livre qui raconte comment la tentative de conquête française de Taïwan par l’amiral Amédée Courbet, en 1884-1885, a marqué la récupération par la France de la Cochinchine. Pendant la campagne de l’amiral, les hommes politiques français ont négocié l’abandon des prétentions de la Chine sur le Tonkin, faisant avorter la conquête de Formose et le rêve de Courbet d’y instaurer un Hong Kong français.

Un de me arrière arrière grand oncle faisait partie de l’expédition. Il ne mourut pas sous les balles des soldats chinois, mais se noya dans la baie. Aujourd’hui, son âme se mêle aux coraux qui survivent tant bien que mal au réchauffement des eaux sous l’action des centrales nucléaires, aux passages des cargos et à la pollution subséquente...

On appelait l’amiral Courbet « le Grand Coupa », et on peut le voir comme un chef de guerre aux rêves fous, joué par Klaus Kinski dans un film démesuré de Werner Herzog, perdu avec son armée dans les marécages de Keelung, abandonné par un gouvernement qui après avoir tout misé sur la conolisation s’effondra, emportant Jules Ferry et l’administration socialiste de la IIIé république... La très courte guerre qui opposa l’armée française à Formose, entre 1884 et 1885, et qui couta la vie à 700 marins français dont les ossements décapités (parce que les Chinois payaient leurs hommes à la tête) sont aujourd’hui dans le cimetière de Keelung, après avoir été bénis par le r.p. Vermander, constitua la grande affaire médiatique de l’époque. Il en reste peu de traces dans les programmes scolaires, peut-être pour ce qu’elle rappelle de la politique coloniale de Jules Ferry...

 Pour en savoir plus, le mémoire de Stéphane Ferrero donne très envie  d'aller se baigner dans les eaux mystérieuses de  Keelung...

Ma jeune voisine se montre très indifférente à la politique et à l’histoire qui unie son pays au mieux.

Son père tient un commerce. Son grand frère travaille pour une banque et sa soeur pour une entreprise coréenne. L’histoire et ce qui s’est passé entre nos pays l’indiffère. Me dit-elle. Qu’aurait-elle dû me dire ? Je songeais que quelque chose dans sa beauté aurait pu me rendre fou. A la réflexion, peut-être cela tenait-il en fait à sa façon de ne pas me répondre...

 Mon voisin semble plus en verve, mais sa volubilité ne le rend pas moins matois. En tous cas, il n’a pas l’air sensible aux mystères de cette féminité sans réponse que constitue la femme asiatique (comme si elle existait, celle-là...) Il me dit que les asiatiques sont autant individualistes que nationalistes. Il m’explique qu’il se rend dans une de ses entreprises de SanZhen. Il fabrique des housses d’ordinateurs portables pour Apple. Il ne cache pas sa fierté de travailler pour cette marque. Lorsqu’il me vante les mérites d’Apple, la façon dont Apple c’est aussi un esprit, il manifeste une espèce de patrotisme. Quand tu travailles pour Apple, tu appartiens à une vraie famille.

 Il a manifestement envie que quelque’un écoute sa success story, qui n’est pas semble-t-il relativisée à ses yeux par le fait qu’il voyage en classe économique. Son histoire est celle d’un commercial français qui s’est lancé dans un business au moment où le territoire commercial chinois était un peu plus réservé qu’aujourd’hui. D’une certaine façon, il a vu naître la ville de SanZhen au commerce international.

 Aujourd’hui, son entreprise est très côtée, tout le monde veut de ses housses, dont le look donne à celui qui possède un engin de marque Apple, un air de famille... Il multiplie les voyages entre la France, l’Europe, la Chine et les Etats-Unis. Avec des airs de truand joueur, il raconte comment il divise les capitaux de ses entreprises, comment il gère différents comptes en banque, dont ceux de Hong Kong servent à l’évasion fiscale. Il décrit presque un service secret lorsqu’il explique comment ses employés ne connaissent que ce qui concerne les activités de leur région. De façon qu’ils ne puissent transmettre qu’un minimum d’informations à la conccurence...

 Sur sa vie à SanZhen, c’est encore une atmosphère paranoïaque qui transparaît dans son discours. Il est surveillé. Les occidentaux sont surveillés. C’est une habitude communiste. Les voisins connaissent tout de ses allées et venues, de son rythme de vie, de ses fréquentations. Le moindre de ses faux pas lui est retourné d’une façon ou d’une autre. Les chauffeurs de taxi eux-mêmes exercent sur lui une surveillance serrée, se téléphonant pour se communiquer les informations le concernant. La police peut aussi débarquer chez lui à dix heures du soir pour vérifier son visa.

 Concernant Taïwan, il me dit que pour n’importe quel Chinois, lorsqu’il dessine la Chine, il y inclue l’île. Sans hésitation.

 
 

26/03/2008

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L’encyclopédie libre sur internet est un bon exemple de la situation de mondialisation que nous connaissons, et de la direction que vont prendre les rapports interpersonnels dans ce monde où les rencontres sont facilitées et accélérées, autant que le danger inhérent aux malentendus dont les rencontres peuvent être l’occasion, si on ne prend pas garde au langage qu’on emploie, si l’on manque de tact et de délicatesse, si l’on est trop ignorant des questions qui se posent à ceux qu’on rencontre - à toute vitesse.

Notre voyage, du 27 février au 28 mars 2008, en pleine période d’élections présidentielles, consistera en un voyage vers le réel de l’île - vers Taïwan...
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Du 2/2/8 au 3/2/8

 

J’ai quitté Lyon le 27 février 2008 à 13h 05.

 Je vais attérir à Taïwan le 28 février à 10h 15 heure locale.

 Il y a douze heures de vol depuis Paris en passant par Hong Kong, et 7h de décalage horaire.

 J’arriverai donc à Taïwan à 1h du matin, les 7 méridiens vers la droite m’amenaient à 8h à Hong Kong, où je prenais la correspondance pour Kaohsiung, ROC. Deux heures de vol entre Hong Kong et le port du sud de l’île de Formose. Oui, il y avait un double fond dans le problème, qu’on ne pouvait résoudre sans être un peu initié aux rouages du trafic aérien de la région du sud asiatique...

 Les exercices de calcul constituaient le même émerveillement angoissé que le roman de Jules Verne. Ce que je comprenais n’était que la surface qui masquait ce que je ne pouvais même pas soupçonner, sans être naïf au point de ne pas savoir qu’il y avait bel et bien quelque chose à soupçonner...

 Ces méditations mathématiques ont pourtant peu d’importance en regard de la dimension symbolique de ces dates.

 Le 28 février.

 J’arrive à Taïwan un jour qui, pour l’île, est très particulier. Les taïwanais appellent ce jour le 2/2/8. Cette date commémore la terrible répression subie par les habitants de l’île le 28 février 1947, de la part du gouvernement chinois qui avait repris aux japonais la souveraineté sur Taïwan après la défaite de 1945.

Cette date marque l’instauration de la loi martiale, qui constituera le régime militaire et dictatorial jusqu’en 1987...

 Taïwan est une île grande comme la Suisse, qui se trouve à 150 km des côtes chinoises, en face de la région du Fujian.

 L’île fut d’abord peuplée par des aborigènes venus des Philippines semble-t-il. Ensuite, des habitants de la province chinoise du FuJian, du peuple Minan (Peuple du Sud), vinrent peupler la côté ouest de l’île. Grâce à la résistance des aborigènes et des populations chinoise, et à cause du climat, les tentatives de colonisations occidentales et japonaises ne réussirent jamais longtemps. Au XVIIé siècle, les Hollandais tinrent le sud de l’île pendant une quarantaine d’années avant qu’un pirate Chinois, connu des occidentaux sous le nom de Koxinga, reprenne l’île aux Hollandais. Koxinga était un fidèle de la dynastie des Mings, renversée par les Qing, qu’il voulait combattre. Mais ces derniers eurent raison du petit Etat que le pirate avait fondé sur l’île, et qui constitua un précédent dans le destin de Formose, à être le camps retranché des dissidents de la Grande Chine... Avec un bonheur jamais vraiment durable.

 En tous cas, les différentes dynasties chinoises n’ont jamais vraiment administré l’île, qui s’est trouvée peuplée par des Chinois indépendamment de tout projet de colonisation organisé. C’est même sous l’impulsion des Hollandais au XVIIé siècle que les habitants du Fujian, vinrent s’y établir en nombre, et constituer cette population qu’on appelle aujourd’hui les taïwanais, et qui parle le Minnan. Taïwan était donc délaissée par les gouvernements chinois, comme une zone grise, comme dit Jean Pierre Cabestan, un confin maritime... Après une tentative de colonisation par la France, au cours de la guerre de 1884-1885, l’île fut prise par les Japonais à la fin du XIXé siècle, au moment du traité de Shimonoseki, après leur victoire sur la Chine. L’île était donc devenue une colonie japonaise[1].

 La colonisation française en Algérie avait été un des modèles pour l’armée impériale dans la tâche de civilisation qu’elle s’était donnée. Durant cinquante ans, jusqu’à la reddition de l’Empire du Soleil Levant, les Taïwanais apprirent à être japonais.

 C’est en se sentant « japonais » que, peut-être la première fois, les Taïwanais imaginèrent pouvoir être Taïwanais... Si certains avaient été engagés dans la guerre mondiale sous la bannière japonaise, et s’étaient effectivement sentis japonais, quand la Chine récupéra l’île, les Taïwanais eurent d’abord le sentiment de revenir dans ce qui pouvait constituer pour eux une mère patrie – pourquoi pas ? Cela n’empêchait pas la population d’éprouver un attachement ambigu pour leur ancien occupant, qui avait construit des routes et alphabétisé les population en corollaire de la sévérité brutale de son occupation... Aujourd’hui encore, en réaction à la gourmandise chinoise, une part de la société taïwanaise vit tournée vers le Japon. Et pour certains, le japonais est comme une troisième langue nationale. Est-il possible que ce soit dans cette tension entre ce qu’on n’est pas, et ce qu’on n’est pas, que s’invente une identité positive?

 Dès l’arrivée des troupes chinoises en 1947, les Taïwanais se trouvèrent pris dans un jeu de comparaison, dans lequel la sévérité de la domination nippone se trouvait compensée par les « bienfaits » qu’elle apportait : les routes, l’alphabétisation, une administration tatillonne mais efficace... Alors que l’armée chinoise brillait par son désordre, sa rudesse et sa pauvreté.

 En 1947, à Taïwan, la population locale a déchantée devant la cruauté et l’injustice du gouverneur placé par Chang Kaï Chek. Et le 28 février, une rixe oppose Taïwanais à Chinois. Les Taïwanais se révoltent et de nombreux chinois sont tués. Le gouvernement du Kuo Min Tang réprime sans pitié les protestataires et met en place un régime d’exception, au détriment des Taïwanais. Ainsi, ce sont les Chinois qui ont tracé la ligne de partage entre qui était chinois et qui était Taïwanais... Ce sont les événements qui constituent la toile de fond du film de Hou Hsiao Hsien La Cité des douleurs.

 Sur le continent, le gouvernement de Chang Kaï Chek qui régnait depuis Nankin allait de son côté se montrer suffisamment injuste et brutal pour soulever le peuple aux côtés de l’Armée Populaire de Libération de Mao.

 En 1949, Chang Kaï Chek est vaincu par les communistes et se replie sur l’île de Taïwan avec son armée et la bourgeoisie. Soutenu par l’Amérique, le Guo Min Tang se donne pour but de reconquérir la Chine. L’histoire ne se passera pas comme ça.

 Depuis, il règne dans le détroit de Formose un état de tension qui fait partie des zones de conflit les plus dangereuses de la planète.  Pour un Etat si petit, l’armée taïwanaise dispose d’une puissance paradoxale, soutenue par les américains et le Japon. Au fur et à mesure de la montée en puissance de la Chine, dans la deuxième moitié du vingtième siècle, Taïwan a perdu le soutien inconditionnel américain et international. Cela s’est traduit par la perte de son siège à l’ONU en 1971, occupé par la Chine. Les grandes puissances n’ont pas envie de l’indépendance de Taïwan, parce qu’elles n’ont pas intérêt à froisser la Chine. Tout le monde, sauf les Taïwanais et les Chinois ont intérêt à l’éternisation du statu quo. On a parfois envie de penser que c’est cette situation en porte à faux, dangereuse comme sur le fil de la lame, qui a donné naissance à la nation taïwanaise. Nation particulière, parce qu’elle n’a pas encore vécu l’état de nation, mais qu’elle est passée maître dans le mode de vie post-national...

 Et aujourd’hui, ou plutôt demain, après les JO de Pékin, il est probable que Taïwan redeviendra une province chinoise. Une province spéciale, non seulement autonome, mais en plus originale, une partie de la Chine et non pas le pays dont rêve cette partie de la population taïwanaise à qui les événements accélérés de l’Histoire ont donné le sentiment que, oui, d’une certaine façon, ils pouvaient constituer une nouvelle nation dont enrichir le monde...

 



[1] Les passages sur l’histoire et la politique de l’île qui sont soulignés par les italiques constituent le discours que nous avions sur ces éléments au moment T que nous évoquons. Ces faits sont parfois erronés ou pas tout à fait conforme à la vérité historiques que des spécialistes impartiaux reconnaissent. Néanmoins, il nous a semblé nécessaire de respecter la version que nous avions à tel ou tel moment, dans la mesure où elle renvoie à celle de nos interlocuteurs. La plupart du temps, il faut spécifier que la version initiale que nous avons de l’histoire de l’île est celle de notre amie Yin Xiang Doll qui sera présentée plus tard, dès notre arrivée à Kaohsiung, et qui joue un rôle non négligeable dans notre récit. Nous ne visons pas une vérité surplombante, donnée comme vérifiée, mais plutôt à traduire l’instabilité des conceptions et des visions, et la façon dont elles sont déterminées par les engagements de chacun dans ce que Pascal appelait le Siècle. Il appartient à d’autres que nous de faire le ménage. De notre côté, nous cherchons le désordre qui règne entre les fictions et le réel. Car une part de l’avenir s’y joue.

 

 

 

25/03/2008

Taïwan

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                                            Séjour enFOR  M    OZ

                                      République de ChineTO

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                                              Du 2/2/8 au 3/2/8 2008


                                                                      par XLO
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Sur la page Wikipédia consacrée à Taïwan, des encarts avertissent les lecteurs et les contributeurs éventuels, sur la délicatesse de la terminologie à employer.

L’encyclopédie libre sur internet est un bon exemple de la situation de mondialisation que nous connaissons, et de la direction que vont prendre les rapports interpersonnels dans ce monde où les rencontres sont facilitées et accélérées, autant que le danger inhérent aux malentendus dont les rencontres peuvent être l’occasion, si on ne prend pas garde au langage qu’on emploie, si l’on manque de tact et de délicatesse, si l’on est trop ignorant des questions qui se posent à ceux qu’on rencontre - à toute vitesse.

Rencontres, à toute vitesse, questions, à toute vitesse...

Un sens de la relativité s’impose soudain, créant la béance du relativisme.

En tous cas, le choc des mots mal choisis va devenir capable de bouleverser les civilités - à défaut des civilisations.

La complexité de cette situation, et les risques qu’elle comporte, la difficulté de situer l’autre suffisamment précisément sur la carte des relations humaines, va demander à chacun de se réinterroger sur ses propres paradigmes, de façon à toujours savoir de quel endroit il parle - de façon à mesurer les réactions que ce qu’il dit ne manquera pas de provoquer...

Une ère de l’effet du papillon...

*

Lorsqu’on veut tenter de se dégager de la nasse politique que constitue cette hésitation entre Taïwan ou République de Chine, on peut préférer l’appellation Formose, ou Illha Formosa, le nom donné par les Portugais à l’île, et qui la désigne comme une autre île de beauté. C’est le nom touristique, apolitique, de l’île. Mais aussi peut-être son nom mythique, inscrit dans une histoire qui ne s’arrête pas aux circonstances du siècle, qui au contraire va chercher ses racines loin dans un passé complexe, qui ne se suffit pas des identités, inventée et exclusives.

Pour nous, ce pays situé à l’orient de notre imaginaire sera dit en quelques lettres éparpillées - pillées éparses et mentiées - comme des graffiti sur des murs - dans l’ombre d’un vieux film où l’imaginaire a la naïveté aliénante de l’enfance :

FOR   M    OZ...


Notre voyage, du 27 février au 28 mars 2008, en pleine période d’élections présidentielles, consistera en un voyage vers le réel de l’île - vers Taïwan...

Quel réel ?

C’est cette frontière que l’écriture repousse en même temps qu’elle nomme.

Prologue

27 février 2008

En Avion

 

 

 

 

Les lumières des services

 

Comme dans un théâtre, les lumières des services percent l’obscurité des allées qui plongent dans les profondeurs de l’avion, comme des tunnels. Comment se fait-il qu’on a toujours le sentiment que l’obscurité contient quelque chose, quelque chose qui est prêt à sortir, donc, c’est à dire à venir ? Le petite fille apparue tout à l’heure, à la frontière des busness classes, avant de retourner à l’obscurité, n’était-elle pas le spectre d’une enfant perdue, et rêvée en ce moment par un de ses parents endueillés ? Lorsque nos regards se sont croisés, de quelle mélancolie m’a-t-elle chargée ? Comme d’une malédiction... Il y a ce film d’horreur que j’ai vu un soir, en mauvaise copie DVD d’une version téléchargée rapidement : un voyage en avion, et des morts vivants qui prennent contrôle de l’appareil... Y a-t-il une fable ? Une métaphore politique ? A peine. Plus simplement la traduction brutale, un peu vulgaire, de l’inquiétude physique qui accompagne le passager d’un avion. Et si on finissait par mourir ? Ici... Ce ici mobile et aérien... Ce véhicule que par un jeu de bloquages émotionnels bienvenus nous prenons pour un « lieu » le temps du vol. Nous pouvons allez et venir, un peu, dans un sens et dans un autre, en direction des toilettes ou bien de cette zone un peu élcairée, à côté de la cabine où les hôtesses s’isolent un instant ou préparent les plats qu’elles vont distribuer. L’idée que des passagers puissent agir sur le vol, et le détourner, selon leur volonté, contient même quelque chose de rassurant. Non, ce lieu ne fait pas que nous emmener. Il nous emmène là où notre volonté nous pousse. Les terroristes eux-mêmes ne sont sûrement rien d’autre qu’une traduction en acte de cette inquiétude, de cette crainte de mourir dans ce ici en mouvement, ce ici de nulle part, où nous essayons de reproduire les conditions de vie de nos ici-bas, de nos ici de là-bas, chez nous, calqués sur le rythme maternel du sommeil et de l’alimentation. Et plus profondément encore, les terroristes incarnent cette inquiétante liberté que nous souhaitons voir oeuvrer à l’intérieur même de ce voyage dont nous craignons de rien contrôler.

 

Il faut de temps entemps se lever pour se dégourdir les jambes. Se détendre le dos. Se remettre les idées en place. Et revenir à sa place.

 

Je suis assis entre deux personnes, qui accompagneront mon voayge de leur présence, de leur paroles, de leur propre inquiétude. A ma droite, c’est un véritable homme-montagne qui est en place. Son corps déborde sur deux sièges. Il dort, comme une montagne, connecté aux fils de son lecteur MP3. Ses bras immenses et mafflus, dont les poils roux courent de la jointure du coude aux pognes minuscules, sont croisés sur un des sommets de son ventre. Il me semble effondré sur ses sièges, comme un paquebot en ruine. Et à ma gauche se trouve une très jeune fille au visage d’une grande douceur, dont la beauté semble être une incarnation de la patience. C’est une vietnamienne qui revient d’un séjour de trois mois en France. Elle me dit qu’elle étudie les langages machines. Je lui demande si ses langages pouvaient s’adapter à la communication entre les êtres humains. Elle n’en voit pas l’intérêt. Mais elle est à la fois très polie et très directe. Elle me pose des questions qui pourraient être l’occasion de présenter la vie privée du narrateur de ce récit, à un degré qui deviendrait inconvenant pour le lecteur, qui ne saurait plus comment lire les pages à venir. Le rêve de cette jeune fille, lorsque je lui demande si elle en a un, me semble se confondre avec un projet professionnel. Il semble qu’elle ne puisse, ou ne veuille, me confier un autre rêve que celui-ci : faire de la vente de billets de transport sur internet, pour des agences de voyages. Il y a peut-être une immense ironie de sa part à répondre « voyage » au voyageur qui s’intéresse à ses rêves...

 

Porteuses de plateaux chargés de graals en plastiques remplis d’eau, les hôtesses passent, en costumes rouges, le visage mésavenant, leurs mouvements nimbés de l’érotisme de la servilité. Il fait jour dehors mais, au cours de leurs défilés, les hôtesses ont fermés les volets des hublots. Il faut s’habituer à la pénombre, et se préparer à dormir. Chaque voyageur, coincé entre les sièges, somnole face à la petite lucarne incrustée dans le dossier devant lui. Ces petites lanternes diffusent leur nombre non illimité de rêves partageables. Personne n’a posé la question aux hôtesses de savoir au-dessus de quel pays nous nous trouvions... Le sens de ce voyage en eût-il été changé ?

 

Le gros type à côté de moi se fait aider par un stewart. Il veut déplacer sa montagne pour aller aux toilettes. On échange deux mots. Il est français. Il ne rechigne pas à parler. Il semble plutôt habile en conversation, et plein d’humour. Malgré un certain bégaiement qui le prend de temps à autre, sans dénaturer son discours, ni la relation qu’il sait établir avec son interlocuteur... Je me demande ce qu’il va faire en Asie. Ce vol pour Hong Kong transporte des passagers qui sont ensuite redistribués sur toute la zone Pacifique : en Chine, au Japon, en Australie, en Nouvelle Zélande, à Taïwan, à Singapoure, aux Philippines, au Laos, au Cambodge, au Vietnam, en Thaïlande...

 

C’est l’heure du repas. Les hôtesses rouges distribuent les plateaux. La façon dont on nous nourrit tient autant du rituel que de la nécessité. Il s’agit de comprendre, comprendre physiquement, que tout est sous contrôle et que les choses comme elles sont en plein ciel ressemblent à ce qu’elles sont sur la terre ferme. La façon dont nous mangeons tous dans le même sens, en nous penchant parfois en avant pour enfourner notre bouchée en même temps, indique à quel point c’est plus à ce rituel qu’à la nécessité de ce nourrir que nous nous plions. Dans ce temps suspendu que constitue le vol, ce temps de fiction, une seule chose nous rappelle que nous sommes en vie : non l’activité de l’estomac, mais la reproduction de ces mouvements, qui signifient que nous mangeons...

 

Ainsi l’image des morts vivants, ceux dont la vie consiste à nous manger, est-elle la traduction parfaite de ce qui se passe réellement dans l’avion. A présent je n’ai plus aucun doute. Je les sens patienter dans l’ombredu couloir. C’était ce qu’était venu me dire le petit fantôme de tout à l’heure.

 

A côté de moi, toute à l’activité de son estomac, la jeune fille s’est repliée comme un papillon pour dormir.

21/03/2008

Taïwan

                                                               FROM

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L’encyclopédie libre sur internet est un bon exemple de la situation de mondialisation que nous connaissons, et de la direction que vont prendre les rapports interpersonnels dans ce monde où les rencontres sont facilitées et accélérées, autant que le danger inhérent aux malentendus dont les rencontres peuvent être l’occasion, si on ne prend pas garde au langage qu’on emploie, si l’on manque de tact et de délicatesse, si l’on est trop ignorant des questions qui se posent à ceux qu’on rencontre - à toute vitesse.

Rencontres, à toute vitesse, questions, à toute vitesse...

Un sens de la relativité s’impose soudain, créant la béance du relativisme.

En tous cas, le choc des mots mal choisis va devenir capable de bouleverser les civilités - à défaut des civilisations.

La complexité de cette situation, et les risques qu’elle comporte, la difficulté de situer l’autre suffisamment précisément sur la carte des relations humaines, va demander à chacun de se réinterroger sur ses propres paradigmes, de façon à toujours savoir de quel endroit il parle - de façon à mesurer les réactions que ce qu’il dit ne manquera pas de provoquer...

Une ère de l’effet du papillon...

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Lorsqu’on veut tenter de se dégager de la nasse politique que constitue cette hésitation entre Taïwan ou Républiue de Chine, on peut préférer l’appellation Formose, ou Illha Formosa, le nom donné par les Portugais à l’île, et qui la désigne comme une autre île de beauté. C’est le nom touristique, apolitique, de l’île. Mais aussi peut-être son nom mythique, inscrit dans une histoire qui ne s’arrête pas aux circonstances du siècle, qui au contraire va chercher ses racines loin dans un passé complexe, qui ne se suffit pas des identités, inventée et exclusives.

Pour nous, ce pays situé à l’orient de notre imaginaire sera dit en quelques lettres éparpillées - pillées éparses et mentiées - comme des graffiti sur des murs - dans l’ombre d’un vieux film où l’imaginaire a la naïveté aliénante de l’enfance :

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Notre voyage, du 27 février au 28 mars 2008, en pleine période d’élections présidentielles, consistera en un voyage vers le réel de l’île - vers Taïwan...

Quel réel ?

C’est cette frontière que l’écriture repousse en même temps qu’elle nomme.


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Taïwan est avant tout un problème de sémantique.

La question qui se pose depuis quelques années aux Jeux Olympiques est de savoir sous quelle dénomination les équipes taïwanaises vont concourir. Et pour ne fâcher personne, on a choisi de dire « République de Taïpei ». Dans les institutions internationales, on connaît le pays sous le nom de « République de Chine ». Pour le tourisme, on préfère employer le vieux nom « Formosa », donné par les Portugais à l’île, et signifiant sa beauté...

L’appellation de Taïwan au lieu de République de Chine susciterait les foudres de Pékin. En l’occurence, près de 500 missiles installés sur les côtes du continent, et dirigés sur Taïwan. En effet, la RPC, République Populaire de Chine prétend que l’île fait partie de « la Chine », autant que Pékin, Hong Kong ou le Tibet.

*

Du fait de l’histoire récente, qui a vu le Kuo Min Dang s’exiler sur l’île en 1949, dans l’espoir de reconquérir l’ensemble de la Chine, un statu quo s’est installé. C’est une espèce de conscensus entre Taïwan et la Chine, qui « tolère » l’existence à ses frontières d’un « Etat » doté de son indépendance, de son économie, de son armée ainsi que de sa propre politique étrangère.

Pour les questions politiques et commerciales qui les relient, les gouvernements chinois et taïwanais ne négocient pas directement, mais par agences interposées. Dans cette histoire, tout est question de formes, de protocoles, de symboles, de langages.

Selon une logique quasi mystique du langage, les choses semblent pouvoir être modifiées par la façon dont on les nomme.

Lors de l’organisation des JO de Pékin, la question cruciale était posée de savoir si la flamme olympique passerait par Taïwan, inscrivant symboliquement l’île dans le territoire chinois, ou au contraire, si la flamme éviterait l’île, affirmant son indépendance, ou du moins sa réticence à participer à l’harmonieux ensemble chinois...

Au bout du compte, Taïwan a refusé le passage de la flamme olympique sur son territoire.

Dans cette épisode de la guerre des apparences, personne ne sait vraiment qui a gagné, qui a perdu - et quoi...

*

Les dimensions d’un problème, ou la géographie de Taïwan...

Ce pays, qu’on dit tantôt grand comme la Suisse, tantôt grand comme la Belgique, tantôt grand comme les Pays Bas, tantôt grand comme la Corse (quand on veut vraiment exagérer), ce pays est « peu » reconnu par la communauté internationale, pour ne pas dire qu’il ne l’est pas, car les grandes puissances ne veulent pas s’aliéner Pékin. Néanmoins le statu quo est-il entretenu par les Etats Unis et le Japon, qui y voient une épine dans le pieds de la Chine expansioniste. Pour arranger tout le monde, l’administration chinoise à imaginé ce concept en forme de slogan : « Un pays, deux systèmes. »

*

Dans ces conditions proprement inédites du point de vue de la politique internationale, la société taïwanaise a changé à une vitesse accélérée.

Une cinquantaine d’années de cette autonomie sous tension, dans le nécessité permanente pour les taïwanais de marquer leur différence avec la Chine, dont ils héritent pourtant, mais aussi une histoire particulière, faite de résistances et de colonisations successives, ont permis à Taïwan de sécréter une identité qui lui est propre, ainsi qu’un système politique original en Asie : une démocratie calquée sur des principes occidentaux inspirés des Lumières, mais adaptée à une réalité sociale, culturelle et religieuse riche d’influences chinoises, bien sûr, mais aussi américaines, japonaises et aborigènes. Et même hollandaises, comme en témoignent ces concours de vol de pigeons qui rassemblent parfois de prestigieux équipages volatiles de Tainan et d’Amsterdam...

Politiquement, depuis une bonne vingtaine d’années, une ligne « taïwaniste » a véritablement émergé, structurée autour d’un part, le Démocratic Progress Parti, DPP ou Min Jin Dang, auquel appartenait le président en place au moment de ce voyage, Chen Shui Bien.

*

A la fin des années quatre vingt, le fils de Chang Kaï Chek a laissé la société se démocratiser. Il a levé la loi martiale qui régnait sur l’île depuis 1949 (????), et il a autorisé la création de partis d’opposition. Au cours de la décennie qui a suivi, le président Lee Teng Hui a porté ses efforts sur l’invention de la démocratie. Lee Teng Hui était le premier taïwanais de souche à accéder à un poste aussi important au sein du KMT. Et le premier à devenir président taïwanais de l’île... Aussi a-t-il poursuivi de l’intérieur une espèce de taïwanisation des institutions, du régime et la représentativité internationale de l’île

Pour la Chine, habituée à affronter une Chine réationnaire, mais Chine quand même, l’émergence politique d’une identité nationale sur ce qu’elle considère comme « son » territoire constitua un événement.

Un des termes de cette évolution apparu en 2000, lorsque fut élu à la tête de la République de Chine le premier président non issu du KMT. Chen Shui Bien, représentant le DPP, ou Min Jin Dang, parti taïwaniste d’opposition.

Tout au long de ces dernières années, les négociations avec la Chine consistèrent à protéger l’« exception taïwanaise », c’est à dire à repousser le moment de poser la question de réintégrer l’île à la Chine, et en même temps de préparer une réponse favorable à l’avenir Taïwan - autrement (non) dit : l’indépendance.

*

De démonstration de force en coups de force diplomatique, l’histoire du conflit arbitrée par les Etats Unis est donc en grande partie sémantique.

La prolifération de l’armement de part et d’autre du détroit fut accompagnée d’un ciselage linguistique toujours renouvelé.

On navigua par exemple d’un « conscensus de 1992 », sous Lee Teng Hui, à un « conscensus sur le fait qu’il n’y a pas de conscensus », sous Chen Shui Bien.

Par le « conscensus de 1992 », les taïwanais acceptaient de ne pas se prononcer pour l’indépendance, et de conserver l’appellation « République de Chine », sous la bannière de laquelle le KMT avait mis le pieds dans l’île. Les premiers pas indépendantistes, prudents ou imprudents selon le point de vue duquel on se place, furent de remettre en cause ce conscensus en « chinoisant » un peu autour du concept de « conscensus sur le fait qu’il n’y a pas de conscensus »...

Pour finir (ou ne pas), on en était au moment de ce voyage à la radicalisation des représentants du DPP, qui considèrent que le temps est venu que l’entité nouvelle dise enfin son nom.

De leur côté, les porte-paroles du Parti Communiste Chinois considèrent eux-aussi à la veille des JO de Pékin, que le temps de l’ambiguïté n’a que trop duré. Chacun veut un changement mais chacun n’entend pas les choses de la même oreille.

*

Dans un contexte international marqué par les manifestations de la politique hégémonique américaine au Moyen Orient et de la guerre contre le terrorisme, les jeux Olympiques de Pékin forcent les Chinois à développer une communication qui les démarquent des ambitions de conquête agressive auxquelles on assimile les Américains. Ainsi les idéologues chinois ont-ils concocté le concept d’ « ascension pacifique », comme en parallèle à ce slogan qui s’affiche sur les murs de Pékin à l’occasion des JO:

« One world, one dream »...

Cet équilibre à souvent des allures de chateau de cartes, et personne ne sait d’où soufflera le vent.

Certains observateurs en sciences politiques, du moins Jean Pierre Cabestan et Benoît Vermander, dans leur livre La Chine en quête de ses frontières, (auquel cet article doit tout, du point de vue de la lecture politique du conflit ainsi que de sa nature séamntique), avancent que ce travail d’équilibriste diplomatique est un exemple rare de politique de gestion de conflits.

Comment on évite une guerre pendant plus de cinquante ans ? L’exemple du détroit de Formose mérite d’être médité.

*

Au moment de ce voyage à Taïwan, les élections présidentielles semblaient cruciales pour la suite des négociations avec la Chine - une fois que l’allégresse et les sourires des JO seraient passés.

Même les plus nostaliques du Guo Min Dang n’imaginent plus sérieusement reconquérir la Chine. La question qui se pose aux responsables politiuqes taïwanais est plutôt de savoir comment tirer leur épingle du jeu. Il semble que le KMT aie plutôt intérêt à ce que l’île réintègre la Chine, dans les conditions les plus avantageuses pour le business, alors que les membres du DPP ont fait le rêve fou de voir leur pays devenu indépendant ajouter ses cymbales, ses trompes et ses pétards à la cacophonie des Nations Unies.

Le jour de l’élection présidentielle, les taïwanais sont aussi invité à voter au référendum qui leur demande s’ils sont favorables à l’entrée de Taïwan dans l’ONU, et si oui, sous le nom de ROC, Republic of China ou... Taïwan. La seconde réponse ayant un peu l’air d’un casus belli avec la RPC.

*

Lorsqu’on débarque sur l’île fin février 2008, venant d’Europe, les taïwanistes vous interrogent l’air curieux, comme si l’espoir résidait là, sur ce nouveau petit Etat dont ils ont entendu parler : le Kosovo...

Outre le caractère merveilleux avec lequel se présente la circulation des informations, et son cortège de fantasmagories, on reste songeur en se demandant jusqu’où peuvent se déformer les symétries.

Car on ne souhaite pas à Taïwan le destin du Kosovo...

Et le songe nous entraîne vers le coeur bouillant de l’Union Européenne...

On se demande comment les politiciens de là-bas réagiraient, s’ils apprenaient que ce qui se passe chez eux joue sur ce qui se passe ailleurs...


Et quel ailleurs...

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La solution au casse tête chinois qui ronge l’humanité à ses frontières, du Kosovo à la Palestine, en passant par le Soudan, le Tibet ou la Côte d’Ivoire, serait-elle à Taïwan...

L’auteur de ce journal de voyage à Taïwan en période d’élections présidentielles n’est pas un spécialiste en science politique, et il ne brille ni par son réalisme, ni par son pragmatisme.

C’est sans espoir non plus qu’il pose cette question dans le confort de ces pages hantées par le confort des livres, des paroles des gens, des objets et des images ramassés dans les villes par temps de paix. Dans un monde où les chateaux de cartes tremblent sous le bruit des guerres. Des haines. Des ambitions de conquête. Des realpolitiks en tous genres.

Ce qu’il a entendu au cours du voyage, ce qu’il a lu entre les lignes :

« Il y aura toujours des guerres, mais la forme des guerres n’aura pas toujours la même allure.

Ainsi en va-t-il des paix... »

« Une question se pose : quel est le poids de la souffrance en face de l’avenir ? »

C’est le calcul que font certains.

De l’ordre de la comptabilité...